La saison 2 de la France insoumise à Marseille pour réveiller “le cratère”

Actualité
le 26 Août 2017
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La France insoumise organise ce week-end à la fac Saint-Charles sa rentrée politique avec "les Amfis d'été". Il s'agit là d'un nouvel acte de son implantation à Marseille autour du néo-député Jean-Luc Mélenchon et d'un siège dans le premier arrondissement.  

Jean-Luc Mélenchon prend la parole lors du rassemblement contre le chantier de la Corderie

Jean-Luc Mélenchon prend la parole lors du rassemblement contre le chantier de la Corderie

Jean-Luc Mélenchon traverse le groupe de manifestants accompagné de son habituel cortège de caméras, ce jeudi soir de mobilisation sur la Corderie (7e). Appelé au micro, il se fait désirer puis prend le mégaphone pour raconter aux opposants au projet immobilier de la Corderie sa rencontre avec la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Il en était ressorti satisfait devant l’annonce d’un classement du site avant d’être douché par le retour des pelleteuses de Vinci finalement contrecarrées par les habitants. “Je ne suis pas là pour récupérer la mobilisation mais je veux bien être récupéré”, lance celui qui est député de la circonscription voisine du centre-ville. Face à lui, plusieurs dizaines de militants de la France insoumise l’accompagnent moins modestement en scandant son slogan de ralliement “Résistance ! Résistance !”

Ces partisans viennent de toute la France et ont fait le déplacement pour les “Amfis d’été”, son rendez-vous de rentrée du mouvement : quatre jours de débats autour de thèmes aussi variés que “le matériau paille” l’état d’urgence ou le Venezuela. Le choix de Marseille ne doit évidemment rien au hasard. Il s’agit de concentrer les regards sur le nouveau terrain d’élection de l’ex-candidat à la présidentielle. Tout le week-end, une série d’événements hors les murs de la fac Saint-Charles est prévu avec comme apogée le discours de Jean-Luc Mélenchon place du refuge dimanche à 11 h 30.

Un siège loué aux Réformés

Une permanence a été trouvée aux Réformés, 26-28 allées Gambetta, un étage en location dans un premier temps (et pas 2000 mètres carrés achetés comme l’annonçait l’Obs). Elle fera office de siège régional, un des multiples lieux retenus par le mouvement pour essaimer dans le pays. “On a un étage et comme on a un balcon, on y mettra un drapeau pour qu’on nous voit”, s’est amusé face à la presse Jean-Luc Mélenchon en marge de la mobilisation sur le site de la Corderie. Le lieu se veut ouvert aux acteurs sociaux dans une ville qui manque de salles pour se rassembler : “C’est un espace de ralliement qui doit devenir une ruche ouverte où chacun peut organiser de belles réunions”, avance sa suppléante Sophie Camard.

Pour le représenter, en plus de quelques militants locaux, Jean-Luc Mélenchon pourra compter sur Lise Maillard, qui milite à ses côtés depuis 2012. Venu dans ses bagages pour sa campagne comme une poignée de militants chevronnés et fidèles, elle va devenir son assistante parlementaire locale. “On s’installe et on se montre : ça répond déjà aux premières critiques qui disaient qu’il serait parti une fois l’élection passée”, explique-t-elle.

“Se mettre au service de la société”

Tout ce dispositif vise à alimenter le “cratère” marseillais théorisé par le leader de FI. “Jean-Luc Mélenchon a salué les initiatives d’auto-organisation propres à Marseille, reprend Lise Maillard. L’idée pour la France insoumise, c’est de donner un coup de main. On essaye de se mettre au service de la société”. En ce sens, la mobilisation de la Corderie donne une bonne idée de la façon dont celui-ci imagine son rôle local, déclinaison – mais pas que – d’une vision nationale.  “On se rend utile à une cause d’intérêt général”, soulignait-il à la Corderie. “Ici, pour les “Amfis d’été”, les gens viennent de partout et tout le monde est au courant de ce qui se passe à la Corderie. Quand il relaie quelque chose, il parle à un million de personnes. S’il tient vraiment ses promesses et qu’il est vraiment présent, ça va changer les choses à Marseille”, s’enthousiasme Sophie Camard, sa suppléante, qui dévoile son nouveau credo : “un quartier, une problématique, une lutte”.

Le relais Mélenchon est sans égal en terme de notoriété mais peut se révéler encombrant pour ceux qui s’y associent. Le risque de vampirisation n’est jamais loin. A la Corderie, à mi-voix, certains acteurs de la mobilisation ne cachent pas leur crainte si ce n’est leur impression de voir l’élu et son mouvement occulter leur engagement. “Il ne faut pas que ce soit la France insoumise contre le reste du monde, avertit comme d’autres, Samy Joshua, militant expérimenté et élu des 13e et 14e arrondissements. Dans la perspective des municipales 2020, il faut pouvoir proposer un projet pour la ville largement ouvert et partagé par les citoyens, les forces associatives et syndicales”.

Des attentes militantes diverses

Il faudra pour cela convaincre leurs militants, largement représentés dans les groupes d’appui, les antennes locales et très autonomes du mouvement. Mouvement à visée électorale, la France insoumise réfléchit jusqu’à la fin de l’année à se structurer. Il devra jongler avec les attentes diverses et jamais contredites durant la campagne de ses troupes. Ainsi, deux membres rencontrés en chemin laissent déjà poindre quelques frustrations. “Je suis militante à la Cimade et je regrette qu’aucun atelier ne soit organisé sur la question des migrants”, pointe ainsi Hélène Goldet. Syndicaliste au sein du bailleur HLM 13 habitat, Fabrice Acunzo pointe lui un autre thème : “Si la France insoumise veut s’installer à Marseillle, il faut qu’elle parle de corruption et de clientélisme. Or, il n’y a pas un atelier sur le sujet !”

Autre enjeu, dans une ville fragmentée, maintenir une dynamique dans les quartiers populaires. Certains groupes d’appui ont vu leurs effectifs diminuer au lendemain de la présidentielle puis des législatives. “C’est pas évident, note Amélie Dessaux, une militante du 3e arrondissement reconvertie serveuse à la buvette des “Amfis”. Les gens connaissent Jean-Luc Mélenchon mais pas la France insoumise ou l’avenir en commun”. Symboliquement, le QG de campagne de Sarah Soilihi à La Rose a été pérennisé comme local permanent.

“Disparaître du jour au lendemain, c’est ce qui a fait chuter la droite et le PS. On reste sur le terrain après les élections”, promet l’ex candidate aux législatives dans la 3e circonscription. Son envie ? “Créer des agoras un peu partout où les gens pourraient venir exprimer leurs difficultés en tant que simple citoyen, mère au foyer, étudiant, acteur politique comme nous. Ensuite, cela permettrait de constituer un réseau de solidarité et aider ceux qui n’en avaient pas au préalable.” Son ancien directeur de campagne Samy Joshua abonde : “La façon dont ça a pu prendre pendant les dernières échéances, c’est du jamais vu. Si on arrive à résoudre dans les quartiers Nord de Marseille le problème de la mobilisation populaire, ce sera une indication formidable de comment s’y prendre en général car on n’est jamais vraiment parvenu à le faire”. C’est dire l’ampleur du défi. Premier test avec le combat contre les ordonnances de la loi travail. La France insoumise appelle à un unique rassemblement le 23 septembre, à Paris.

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Commentaires

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  1. LaPlaine _ LaPlaine _

    Les défenseurs de la Corderie ont bien raison de se méfier de la vampirisation par une machine politique qui risque bien d’atténuer la portée de leur combat au profit d’autres intérêts plus nationaux… JL Mélanchon utilise toutes les trompettes disponibles dans la fosse d’orchestre.
    Pour ce qui concerne les quartiers nord, il est fait état de “réussir la mobilisation”. Cette dernière ne peut être un but en soi mais le résultat d’un travail de reconquête de ces quartiers par l’éducation, la sécurité, et surtout l’emploi, ce qui n’est pas une mince affaire et demande de la cohérence et surtout de la volonté politique sur la durée. Il ne suffit pas de réunir des participants à débattre de tout et de rien quand les enjeux et les éventuelles solutions se trouvent bien au-delà. On ne peut refaire le monde dans le village d’Astérix face à une planète hurlante. Le temps des déclarations véhémentes, de la tribune et du discours (parfois brumeux) finit toujours par cesser (sauf dans certaines dictatures) et vient celui de la mise en œuvre de décisions en prise sur le réel qui presque par essence ne peuvent être faciles ni agréables pour “les gens”. Une chanson douce…

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  2. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    il n’y a pas un centre de rétention administrative à “visiter” pour un député d’une circonscription voisine ? Peut être la crainte d’être accusé de démagogie, à moins que ce soit pour garder des électeurs ………

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  3. michele42 michele42

    C’est bien la venue de Melanchon : il nous apprendra comment on fait les bulletins de salaire , c’est sa spécialité, non?

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    • Cabri Cabri

      Un sous-entendu qui appelle des précisions ou des excuses.A moins que ce soit de la sale diffamation ??

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      C’est à dire que c’est plutôt Mélanchon qui diffame quand il tente de tourner en ridicule le député Cédric Vilani sur sa soit disant méconnaissance de ce qu’est un contrat de travail alors que ce dernier a dirigé l’institut Poincaré. Politique de la trompette toujours…

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  4. Manipulite Manipulite

    Risque d’être le député attrape tout. Quant à la Corderie c’est la fausse bonne cause. Quelques riverains prennent prétexte patrimonial pour éviter un chantier et des logements dans leur quartier. NIMBY ( Not in my back yard)

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    • Cuitcuit594 Cuitcuit594

      Sur la Corderie et pour aller dans votre sens: serais-je aussi malveillant si je pense que le premier patrimoine sauvegardé sera celui des propriétaires environnants dont le patrimoine immobilier ne sera pas affecté par l’apparition d’une concurrence.
      L’opposition initiale des propriétaires riverains était parfaitement justifiable: la création de logements neufs (social ou standard, social aussi), réglementairement aux dernières normes (thermiques, phoniques, accessibilité, énergétiques, environnementales, stationnement réservé,…) dévalorise un peu ce patrimoine ancien. D’autant qu’une bonne proportion d’acquéreurs-bailleurs défiscaliseront, avec des loyers bloqués au moins 9 ans et qui me semblent inférieurs au marché (qui ici est compétent pour infirmer/confirmer?). Ce qui pourrait limiter l’augmentation des loyers sur le quartier, a minima par la simple offre locative de logements tout propre tout neuf.
      D’où peut-être l’opposition systématique à tout projet de logements, au point que le légitime se confonde avec le spéculatif et le “bouge rien”, que le militant sincère serve d’ “idiot utile” (à ne pas prendre comme une insulte, svp) à la spéculation foncière ???
      En plus, on découvre des vestiges (je n’ai pas entendu qualifier les archéos comme laxistes -euphémisme), bientôt on va observer dans un recoin une orchidée mordorée de Molvanie, un aigle de Bonelli va se poser sur un mur: tout sera bon.
      Et donc ce politique tout récemment apparu dans le système, fraichement débarqué, en fait son petit poney de bataille: il n’a rien trouvé de mieux pour Marseille? comme dit dans l’article, la corruption? le béton syndical? le clientélisme? un projet qui concernerait un peu plus que les militants et les assos de militants?

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  5. ALAIN B ALAIN B

    J’arrive de Crête, les grecs ont peut être des défauts mais ils défendent leurs patrimoines, ils respectent leurs vestiges
    La Corderie a la chance d’avoir se site, alors il faut le préserver, il faut arrêter d’accuser les destructeurs des vestiges en Syrie et l’accepter chez nous
    Que les riverains défendent ce site, c’est un réconfort parce qu’à Marseille c’est le tout béton et EUROMED en est un exemple
    C’est sûr qu’il ne faut pas que les militants chez les Insoumis soient persuadés que tout doit passer par eux, sinon dans quelques temps la droite de Gaudin reprendra le dessus, il ne faut pas la sous-estimer
    Il faut que les militants chez les Insoumis apprennent à travailler avec les autres forces associatives, politiques s’ils désirent réellement un changement de société et demain gérer la mairie de Marseille

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  6. Maltsec Maltsec

    Depuis quand un marseillais vibre pour son patrimoine antique. Le jardin des vestiges est un témoignage phénoménal à l’échelle européenne. Il est aussi peu fréquenté que le musée de la chambre de commerce. Les docks romains sont endormis. Les pseudo amoureux transis de ce chantier archéologique préparent un nouveau saccage pour cette documentation historique (bientôt livrée aux tags d’expression et aux papiers gras, autre patrimoine marseillais). Après la fouille d’étude on enterre pour préserver cette documentation archéologique pour de nouvelles études à l’avenir, le patrimoine c’est ce qu’on est en mesure de transmettre. On recouvre, on protège et on rétabli l’espace public qui existait à cet endroit. Marseillais, mobilisez-vous pour que la mairie cesse de vendre chaque parcelle publique aux promoteurs. C’est ça le vrai enjeu, pas la création d’un nouveau jardin de l’amnésie. Le patrimoine c’est aussi ce qu’on détient ensemble sans que quelques uns se l’approprient.

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    • Mars1 Mars1

      Si le jardin des vestiges était accessible en tant que jardin, il serait fréquenté par la population du quartier, comme c’était le cas avant que le musée d’histoire n’ en limite l’accès à ses visiteurs munis de billets.
      En l’occurrence, on a supprimé un espace public et momifié ce site en le rebaptisant “Port antique”, puis en fermant le portail d’entrée rue Henri Barbusse pour des raisons toujours pas éclaircies (voir les articles que Marsactu a consacrés au sujet il y a quelques années).
      Cette année on célèbre le 50e anniversaire des fouilles de la Bourse, et on nous promet une nouvelle mise en valeur du site, alors que des travaux avaient déjà été entrepris avec une signalisation explicative dans plusieurs langues, mais les panneaux ont disparu avec l’agrandissement du musée…
      Si la municipalité était capable d’assurer une politique culturelle cohérente et de mettre vraiment en valeur les vestiges de l’histoire de cette ville, ça se saurait : voir l’état du Mémorial de la Marseillaise, par exemple, et tous les sites laissés à l’abandon et qui finissent par tomber en ruine (sur l’agora de Marsactu, un billet de blog à ne pas manquer intitulé “une carte du patrimoine marseillais détruit ou en péril”).

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  7. corsaire vert corsaire vert

    Il est vrai que ceux qui ne font rien ne prêtent pas le flanc à la critique …
    Quand on parle papiers gras, canettes et cacas de chiens , c’est ce qu’était devenu le jardin des vestiges avant son accès limité .
    Deux solutions : un gardien et fermeture la nuit ou le statut actuel .
    Combien d’entre vous, les râleurs ci- dessus ,ont- ils visité le musée d’histoire ? si oui, difficile de dire que c’est nul ,et si c’est non …appuyez vos arguments sur du vécu .
    Alors, quand vous vous érigez en défenseurs du patrimoine il faut en examiner tous les aspects : un site historique comme le port antique n’est pas une poubelle .
    J’ai aussi cru sentir un rejet de construction de logements sociaux et, propriétaires bailleurs avec petits loyers pour les démunis dans ce quartier qui se la joue petit bourgeois .
    La mixité sociale c’est bien …. ailleurs … mais pas sous mes fenêtres .
    Pourquoi aussi ne pas aller jusqu’au boutisme en revendiquant la destruction de toutres les contructions

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  8. corsaire vert corsaire vert

    je poursuis … fausse manip
    … de toutes les constructions postérieures à l’antiquité dans le centre ville pour en faire un musée à ciel ouvert ?

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  9. Maltsec Maltsec

    Pour en revenir au sujet de l’article: la FI qui s’engouffre de manière opportuniste dans un débat mal engagé, dont les parties prenantes ne sont pas si claires : revendication d’un aménagement de site archéo dans une ville qui a déjà du mal à maintenir ceux existants, mobilisation NIMBY (voir plus haut) des propriétaires du quartiers, passion du marseillais pour l’opposition féroce y compris contre l’intérêt commun. Je reprends à mon compte la remarque sur le musée d’histoire, équipement de très grande qualité dont chaque marseillais peut être fier en le visitant et en y accompagnant la famille en visite. Le mémorial de la marseillaise n’a jamais été bien sérieux, aucun apport à la compréhension, une mise en scène vide comme un programme télé. Quant au Mémorial, ancien Lazaret de la Kriegsmarine, sont avenir est confié pars la mairie au musée d’histoire, sage décision il faut le reconnaître et s’attendre à du mieux.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Je ne suis pour ma part pas convaincu du tout par l’argument “NIMBY”. Marseille et les Marseillais ont manifestement un problème avec leur patrimoine historique, quasi invisible (parce que détruit) dans une ville qui met souvent en avant son passé de 26 siècles.

      A ce sujet, on peut lire cet article qui date de l’an 2000 mais n’a malheureusement pas vieilli : https://www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2000-3-page-90.htm

      Le site de la Corderie, quel que soit son intérêt réel, n’est finalement que le révélateur d’un malaise croissant provoqué par bien d’autres destructions ou abandons, nombreux comme le montre cette carte proposée dans l’agora de Marsactu : https://marsactu.fr/agora/une-carte-du-patrimoine-marseillais-detruit-ou-en-peril/

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  10. patrick patrick

    bienvenue à JLM en espérant que la FI se développe bien au delà de Marseille et que les pisse-vinaigre se taisent un peu ou argumentent sérieusement…

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