La réhabilitation de la piscine Nord au point mort

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Zalera
23 Oct 2014 17

En 2013, c'était un des symboles de l'effort gouvernemental pour Marseille. Certes, la réhabilitation de la piscine Nord n'a jamais figuré en toutes lettres dans le relevé de décisions du plan concocté par le gouvernement Ayrault pour Marseille. Mais la maire des 15e et 16e arrondissements Samia Ghali (PS) avait arraché des fonds auprès du premier ministre lui-même. Ville et Conseil général devaient compléter son financement.

Cela avait même été un feuilleton de l'été 2013. Candidate à la primaire socialiste, Samia Ghali s'était insurgée contre la décision de la ville de procéder à la démolition de la piscine, fermée depuis 2010 en attendant des travaux de remise aux normes. En juin 2013, le conseil municipal doit acter sa disparition par voie de délibération en juin 2013. Aussitôt, le comité d'intérêt de quartier de la Calade monte au front, soutenu par les élus de secteur, Samia Ghali et Henri Jibrayel. La sénatrice part alors "à la pêche aux financements"

Des fonds pour la piscine

Certainement aidée par son très bon score lors de la primaire socialiste du mois d'octobre et la volonté commune de calmer sa colère, la maire de secteur obtient un rendez-vous à Matignon le 5 novembre pour présenter à Jean-Marc Ayrault ses mesures pour la ville. Lors d'une visite de quartier le lendemain avec le candidat socialiste Patrick Mennucci, elle assure avoir obtenu "300 000 euros pour la piscine Nord"L'époque est à la grande réconciliation entre les anciens adversaires de la primaire et les financements de l'Etat doivent contribuer à l'entente cordiale.

Deux jours plus tard, le premier ministre vient en personne et en grande pompe annoncer un vaste plan d'investissement de trois milliards pour Marseille. Parmi les 37 millions d'euros débloqués en urgence, Jean-Marc Ayrault annonce que 1,4 million doivent être injectés dans les équipements sportifs "comme [les] piscines, notamment des quartiers Nord". Suivez son regard…

Dans la foulée, Samia Ghali organise une visite sur place avec Jean-Noël Guérini. Le conseil général qu'il préside participe activement au plan Ayrault. A la Calade, il promet un financement à hauteur de 50% des travaux à venir. Portée par ces victoires, Samia Ghali obtient du maire de Marseille l'annulation de la démolition de la piscine. En décembre 2013, le conseil municipal unanime revient sur la décision de démolir et vote la reprise des études. 

Compte tenu de la problématique et des enjeux de l'offre aquatique de ce secteur il est proposé de lancer des études plus approfondies pour vérifier les conditions techniques, de coût et fonctionnelles qui permettraient de remettre en activité cet équipement dans les meilleurs délais possibles.

Une bien jolie histoire jusqu'ici. Et depuis, plus rien. Le dossier semble au point mort. "On n'a aucune nouvelle de la mairie centrale, se désole Denis Palacin, le président du CIQ de la Calade. Personne ne veut mettre son nez dedans". Effectivement, il semble que tout le monde ait décidé de se renvoyer la balle sur ce dossier. Du côté de la mairie d'abord. Après avoir lui-même soumis au vote la délibération de décembre 2013, l'adjoint aux sports, Richard Miron, ne semble plus trop pressé : "On attend les millions d'Ayrault qui n'arriveront pas. Je n'ai jamais dit que la piscine Nord était une priorité. Elle ne faisait pas partie du plan piscine. Samia Ghali en a fait une priorité municipale. Mais cette piscine est très peu fréquentée. Les quartiers nord de Marseille bénéficient déjà de nombreux bassins." Et de conclure : "Les études n'ont pas commencé. Ça viendra quand ça viendra".

La piscine absente du plan Ayrault

Cette version de l'argent de l'Etat qui n'arrive pas est évidemment contestée par Samia Ghali : "C'est de l'hypocrisie, du mensonge ! Il faut que la mairie réclame les fonds pour les obtenir". Elle concède que le financement de la réhabilitation n'était pas inscrit dans le cadre du plan d'investissements pour Marseille. Mais, selon elle, il y a bien eu un "engagement de l'Etat entre 500 et 600 000 euros". Soit bien plus que les 300 000 euros initialement annoncés… Cette somme n'est pas arrêtée tant que le ministère des sports n'est pas informé par la Ville du montant global des travaux. Elle affirme encore : "La mairie a annulé la démolition. Mais Miron était contre. Cette affaire, je la traite directement avec le maire de Marseille".

Mais sur cette question, le maire ne se manifeste guère. Sollicité par nos soins, le cabinet du ministre Patrick Kanner est bien en peine de retrouver trace d'une promesse écrite. En revanche, le ministère trouve bien trace du 1,4 million d'euros dédiés aux sports dans le plan Ayrault. Ceux-là même que Richard Miron attendait toujours. A Paris, on a même le détail des équipements cofinancés : le gymnase Sinoncelli, le plateau sportif Bellevue, le stade Weygand et le parc ludico-sportif de Sormiou.

Mais toujours pas de trace de la piscine Nord. "Ce sont de gros menteurs, s'emporte Richard Miron, rappelé par la suite. Mais ça ne m'étonne pas, les gauchistes sont tous des menteurs. S'ils reflèchent des crédits ANRU déjà fléchés, ils peuvent nous donner 200 millions à ce rythme là !" Finalement, il admet que ces financements ont pu être injectés dans les projets du gymnase et du plateau sportif, dans la mesure où les travaux n'ont pas encore commencé. Après vérification dans les délibérations du conseil municipal, trois projets ont bien reçu des financements de la part du Centre national pour le développement du sport (CNDS). D'ailleurs, dans son propre programme, le candidat Gaudin affirmait que "le programme de modernisation des équipements sportifs" seraient accélérés par "les financements des institutions partenaires et du CNDS".

Aucun projet au ministère

L'argent promis par le gouvernement est – au moins en partie – bien arrivé. Restent donc celui promis par Jean-Marc Ayrault au cours de son entretien avec Samia Ghali, il y a un an tout juste. Encore aujourd'hui, la maire des 15e et 16e arrondissements et son adjoint aux sports confirment l'engagement réel de l'ancien premier ministre. Personne n'en a jamais vu la moindre trace écrite. Après vérification auprès du ministère, aucun dossier de subvention n'existe, ni de demande d'ailleurs. Malgré nos tentatives réitérées, nous ne sommes jamais parvenus à avoir le député Ayrault à ce sujet.

Pour le député socialiste, Henri Jibrayel qui – comme chacun le sait – ne porte pas sa collègue sénatrice dans son coeur, cette promesse n'a jamais existé. Il affirme même en avoir parlé il y a quelques semaines à l'ancien premier ministre sur les bancs de l'assemblée. Ce dernier lui aurait dit ne jamais avoir promis quelque somme que ce soit pour la piscine Nord. "Il n'a jamais fait le marchand de saucisson en distribuant les tranches", se risque-t-il même dans une métaphore charcutière. "Ce que je souhaite, c'est que ceux qui sont en responsabilité disent si oui ou non ils souhaitent la réouverture de la piscine nord." En attendant, les baigneurs de la Calade peuvent toujours suivre les conseils de Richard Miron. En juin 2013, il indique dans sa lettre au président du CIQ de la Calade que la piscine de la Martine est située "à six kilomètres pour un temps de parcours estimé à 12 minutes". S'ils trouvent ça trop long, ils peuvent toujours aller se baigner à Corbière. L'eau est un peu fraîche mais on s'habitue.

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