La métropole va faire payer à Emmaüs son “recyclage solidaire”

Actualité
par Julien Vinzent & Violette Artaud
le 14 Oct 2020
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La métropole Aix-Marseille Provence a voté le principe de faire payer à l'association Emmaüs les déchets qu'elle ne parvient pas à revaloriser. Une décision contestée par l'opposition mais aussi par l'association, qui estime rendre service à la collectivité.

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L'entrée de la communauté Emmaüs Pointe Rouge. Source : capture d'écran google street view.

L'entrée de la communauté Emmaüs Pointe Rouge. Source : capture d'écran google street view.

“C’est de mauvaise foi ! Hallucinant !”, s’étonne Christine Juste, conseillère métropolitaine siégeant dans l’opposition (EELV). Ce mardi, le conseil de territoire Marseille-Provence – sous-division de la métropole – a voté une délibération concernant la “définition des conditions de prise en charge par la métropole des déchets de l’association Emmaüs” qui concerne les structures marseillaises de la Pointe-rouge et Saint-Marcel. Concrètement, cela équivaut à pousser l’association, d’ici à 2022, à se lancer dans le défi du zéro déchet. Autant dire une mission quasi impossible pour une structure associative qui fait justement… du recyclage. Tout ce qu’elle n’arrivera pas à revendre ou revaloriser et qu’elle déposera dans une déchèterie métropolitaine sera donc taxé.

“Si tous les apports quotidiens qu’ils récupèrent se retrouvaient dans l’espace public, la présidente de la métropole aurait un volume de déchet à collecter qui coûterait bien plus cher”, poursuit l’élue EELV rejointe par un collègue du Parti socialiste. “Ils collectent déjà des choses usées et ils n’ont pas les moyens. S’ils ne les acceptent plus ces choses vont se retrouver dans les poubelles publiques”, abonde Joël Canicave. La majorité ne voit pas du même œil la menace de cette taxe. “Je vous invite à aller sur place, il y a du linge en ballotin. Il y en a des centaines de tonnes et cela nous coûte très cher. Emmaüs doit refuser ce linge”, répond Jean-Yves Sayag, vice-président aux déchèteries.

“Nous faisons des efforts mais on ne peut pas tout faire”

“Le textile, il suffit de le donner aux relais qui le récupèrent gratuitement”, complète son collègue Roland Mouren, conseiller délégué à la stratégie de réduction et de traitement des déchets. Car là est bien l’enjeu de la métropole : pousser Emmaüs à s’organiser avec d’autres associations si elle ne parvient pas à écouler tous ses stocks. “Ils peuvent passer par plein d’associations qui peuvent le faire pour eux. D’autres associations font aussi de la revalorisation. Eux en ont des tonnes et tonnes. On ne leur met pas le couteau sous la gorge, mais ils vont devoir se mettre en conformité”, complète-t-on au service communication de la métropole.

Un poids que l’association trouve lourd à encaisser. “Nous voulons bien que la métropole nous aide à trouver des solutions, réagit Kamel Fassatoui, responsable de la communauté Emmaüs Pointe-Rouge. Nous faisons un effort sur la filière de l’ameublement, nous essayons de trouver des solutions pour le plastique. Pour le textile, nous avons 20 % d’écrémage, nous essayons de vendre des vêtements de qualité. Nous faisons des efforts mais il reste des résidus et on ne peut pas tout faire.”

Si elle suscite la polémique aujourd’hui, l’idée remonte à 2018, avec une première délibération qui fixait un plafond à 600 tonnes par an pour les deux communautés de Marseille. “À l’époque c’est tombé comme ça. On nous disait que les personnes morales devaient payer leur déchets. Emmaüs est considéré comme n’importe quelle entreprise”, commente Fathi Bouaroua, ancien co-président de l’association. Abaissé à 550 en 2019, l’échéancier se durcit donc pour les années à venir : 250 tonnes de déchets en 2020-2021, 126 en 2021-2022 et zéro ensuite. Pendant la campagne municipale, Emmaüs Pointe-Rouge avait déjà alerté sur le coût que ferait peser une telle mesure : 40 000 euros par an, pour environ 300 tonnes.

S’il faut payer, Emmaüs pourrait refuser de prendre des objets

Avec un budget annuel dépassant le million d’euros, une telle somme pourrait être réunie sans trop de difficultés. Mais “on préfère les destiner à la solidarité”, assume Kamel Fassatoui. “C’est un an et demi de petits déjeuners servis aux SDF en haut de la Canebière”, image-t-il, remonté contre ce qu’il considère comme “une injustice”. “On permet de vivre à 71 compagnes et compagnons, qui sans ça seraient à la rue”, rappelle Olivier Giraud, co-président de la structure. Avec la fermeture des boutiques pendant le confinement, Emmaüs Pointe-Rouge a perdu 390 000 euros et a dû faire appel à un prêt garanti par l’État.

Les représentants de l’association ont écrit à Martine Vassal, présidente LR de la métropole, avant la séance pour pointer l’incohérence du rapport qui les concerne*. “Il est clair que vos services, ceux d’Allô Mairie, au mieux vont être surchargés de demandes d’enlèvement d’objets refusés qui, au pire, seront directement placés dans le circuit d’enlèvement des ordures ménagères”, alertent-ils.

Face à ce changement des règles du jeu, l’association n’exclut pas de devenir plus sélective dans les objets qu’elle accepte de récupérer. “On n’est pas producteurs de déchets, on accomplit une mission de service public, maintient Olivier Giraud. Mais à partir du moment où on nous les fait payer, je ne vois pas pourquoi on irait ramasser pour le compte de la collectivité. Chaque fois que l’on va vouloir nous faire un don, on va avoir peur du déchet parce qu’il nous coûte cher.”

Kamel Fassatoui, quant à lui, n’arrive tout simplement pas à imaginer que cette taxe devienne effective. “On est là depuis 1957 et ils se réveillent maintenant ? On veut bien être partenaires, on est prêts à étudier beaucoup de choses mais pas payer une taxe qui n’est pas juste.” Une place au dialogue laissée par Roland Giberti, président du conseil de territoire. “De toute façon ils ne payent rien pour le moment. Ils ne paieront pas avant 2021, on en reparle à ce moment-là.”

*Modification apportée le 14/10/2020 : les représentants d’Emmaüs n’ont pas demandé le retrait du rapport comme nous l’avions écrit. Cela aurait en effet eu pour conséquence la poursuite de l’application de la délibération de 2019, qui acte le paiement des déchets à compter de ce mois d’octobre.

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Julien Vinzent
Journaliste.
Violette Artaud

Commentaires

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  1. Jean Pierre RAMONDOU Jean Pierre RAMONDOU

    ” linge en ballotin”
    C’est quoi ?

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      C’est une faute de français du vice-président. Cf Larousse: Ballot, paquet de marchandises ou de vêtements. Ballotin, emballage en carton pour les confiseries.

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  2. zamzam zamzam

    Et Costa croisières, Total, Alteo, ils payent quoi ?!

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  3. Freddo69 Freddo69

    Encore un pas de plus dans l’ignominie…

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  4. Richard Mouren Richard Mouren

    Si on compare le gain escompté au budget métropolitain des déchets (350 millions d’euros?), le rapport est vraiment dérisoire. Ce qui justifie peut-être cette décision, c’est le caractère “caché” de cette exonération qui ferait mieux dans le décor si elle était remplacée par une subvention dont on peut s’enorgueillir et que l’on peut sucrer à volonté.

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  5. BRASILIA8 BRASILIA8

    si Emmaüs refuse de prendre certains objets ces derniers finiront au mieux à l’incinérateur au pire dans la décharge sauvage au bord de l’Huveaune
    encore une grande réussite de Mme Vassal

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  6. Jean Luc Jean Luc

    Il est difficile de ne pas voir de lien entre cette menace de taxation d’Emmaüs et les différents conflits majorité LR-Emmaus, ces dernières années. Les communautés Emmaüs font un travail admirable depuis si longtemps: « On permet de vivre à 71 compagnes et compagnons, qui sans ça seraient à la rue », réduction des déchets générés par notre mode de vie super consumériste, possibilité donnée à des personnes à faible revenus de “s’équiper” en vêtements, ameublements, etc…Bref, une véritable mission de service public…et citoyenne!
    Mais, victime de leur notoriété et de leurs faibles moyens, les communautés semblent submergées par les dons dont seule une petite partie est revalorisée.
    L’angle d’approche du Conseil de Territoire (taxation) est, à minima, maladroit. Faire payer à Emmaus notre mode vie consumériste est d’une rare obscénité. Ne serait ce pas le rôle de la collectivité de mettre, d’abord, autour de la table les différentes structures associatives qui travaillent sur le sujet du réemploi, de la réparation, du recyclage sur Marseille, afin d’étudier ce qu’il est possible de faire collectivement?
    Cela serait faire de la “vraie” politique, mais là est le talon d’Achille de bien de nos élus marseillais.
    Que pensent les autres structures du réemploi, recyclage, etc de cette menace de taxation?

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    • Bibliothécaire Bibliothécaire

      Vous voulez dire une réflexion globale, cohérente et sensée plutôt qu’une éructation populiste (cf les comm sur article La Provence)

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  7. Jacques89 Jacques89

    A l’heure où la plupart des déchetteries acceptent les déchets d’activités sans facturer le service aux professionnels (qui pour certains n’hésitent pas à le facturer à leurs clients) cette disposition m’a tout l’air de relever d’une guéguerre qui n’en finit pas contre les associations qui œuvrent dans le social.

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  8. Alceste. Alceste.

    Et pourtant VASSAL avait compris lors de sa découverte, que dis je de sa vision , que dis je de sa révélation lors de son COVID , ce qu’était la précarité dans ce bas monde.
    “Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant les chiffres.”
    Tiens Martine tu te l’encadrera celle là , elle vient de l’Abbé PIERRE, tu sais le type qui a crée “EMMAUS”.

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  9. MarsKaa MarsKaa

    Et si des voisins au bras long en avaient assez d’avoir leur balcon sur Emmaus ?
    Cest peut-être une autre piste…
    Volonté de couler l’association qui derange, politiquement, et socialement…
    Cachez ces pauvres que l’on ne saurait voir. (“Cette faune” ai-je deja entendu).
    Il faudrait leur repasser en boucle les discours de l’abbé Pierre.

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  10. ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

    La bassesse de Vassal et ses sbires sont sans limites.
    La précédente municipalité avait infligé une amende (annulée) d’environ 4500€ pour “affichage illégal” de l’appel aux Etats généraux de Marseille en juin 19. Souci : Emmaüs n’en était pas l’organisateur, mais c’est quand même à eux que la mairie s’est adressée.
    C’est Emmaüs Pointe-Rouge qui a fait occuper le squat St Just (avec la bénédiction du diocèse) et a menacé de porter plainte contre le département.

    Pourtant une association caritative fondée par un abbé ça aurait du lui plaire à Martine…

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      La bassesse (…) EST. Désolé.

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  11. Court-Jus Court-Jus

    « De toute façon ils ne payent rien pour le moment. Ils ne paieront pas avant 2021, on en reparle à ce moment-là. »
    Drôle de manière de voir les choses. Il s’agit donc d’instaurer un rapport de force et rien d’autre.

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  12. LN LN

    Pourtant lors des ventes caritatives, les “jambons” s’y pressent pour faire la bonne affaire, si top, si vintage, si tellement tellement cool !

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  13. LOU GABIAN LOU GABIAN

    salaud de pauvres

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  14. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    L ‘archevêque de Marseille , s’est-il imprégné de la dernière encyclique pontificale. ?On espère qu’il va monter au créneau, même si cela doit déplaire aux nanas BCBG du triangle PPP : Perrier., Prado Paradis, qui exposent leurs dernière fringues et empestent avec leur parfum ,à la messe de minuit à la Bonne Mère ?

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  15. reuze reuze

    Moi, je veux bien que Roland Mouren m’indique où je peux déposer mes vêtements usagés. Les bornes de dépôt des relais ont toutes été enlevées il y a plusieurs mois, pendant le confinement je crois, et n’ont jamais été réinstallées.

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  16. dpdp13 dpdp13

    y’a des coups de pieds qui se perdent

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  17. Jean Peuplus Jean Peuplus

    “De toute façon ils ne payent rien pour le moment. Ils ne paieront pas avant 2021, on en reparle à ce moment-là”Ce commentaire du président du conseil de territoire laisse apparaitre toute la dimension de l’homme politique et sa vision sur le long terme de la prise en charge du volet social. Martine Vassal en le portant à cette fonction n’aurait pas pu trouver meilleur représentant.

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  18. petitvelo petitvelo

    Le bâton est là, mais on voit moins bien la carotte : quelle est la commission qui va aider les associations à mieux recycler entre elles ? Quelle part du risque de l’entreprise sont-ils prêts à assumer ?

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  19. claquette claquette

    Effectivement…qu’est ce que ça cache? Qui aurait intérêt à désinguer Emmaüs? Ça me rappelle quand progressivement les associations d’éducation populaire gérant les centres-sociaux marseillais, se sont vu retirer leur baux, leur subventions…pour finir par être remplacés par l’IFAC sur l’ensemble de la ville…
    Ou alors ça ne cache rien mais révèle un mépris, même un dégoût de la solidarité.
    Dans les deux cas c’est à vomir…

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  20. Mistral Mistral

    La Martine est revancharde, Emmaüs a participé aux Etats Généraux, son ancien président a été un des portes paroles du Pacte Démocratique, aujourd’hui elle utilise la Métropole qu’elle préside pour leur apporter la note.
    Mais elle oublie que si elle est présidente de la Métropole pour 6 ans, il ne lui reste pas beaucoup de temps à la présidence du Département, les électeurs pourraient l’année prochaine lui faire payer ces basses maneuvres politiques indignes.

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