La métropole pas décidée à tourner la page de la pub dans les rues

Décryptage
le 10 Jan 2022
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Un nouveau règlement local de publicité est en cours de finalisation. Si sur certains aspects, la métropole se veut "innovante" pour restreindre la place de la pub en ville, elle fait face à une pression pour aller plus loin, en particulier sur le bord de mer et autour des monuments historiques.

Le "mur Zidane", à proximité immédiate du bord de mer, pourrait bien ne plus accueillir de publicité. (Photo : LC)

Le "mur Zidane", à proximité immédiate du bord de mer, pourrait bien ne plus accueillir de publicité. (Photo : LC)

Les publicités vont-elles être moins nombreuses à Marseille à l’avenir ? Ou à l’inverse, va-t-on voir se multiplier les écrans numériques ? Après plusieurs années de chantier, le nouveau règlement local de publicité intercommunal (RLPi) du territoire Marseille Provence est sur le point d’aboutir. L’automne dernier, les résultats de l’enquête publique organisée en place en octobre 2021 ont été diffusés en ligne. Charge désormais à la métropole de prendre en compte les critiques et réserves, avant une adoption d’ici à juillet 2022, date limite fixée par l’État.

À l’image de ce qui a déjà été fait pour l’urbanisme, ce projet harmonisera sur Marseille et dix-sept communes alentours les différents règlements existants. Il concerne principalement la publicité et les enseignes des commerces. Dans sa communication, la métropole revendique un RLPi qui fait partie “des plus innovants de France”. Interrogée par Marsactu, la métropole vante “un effort significatif de maîtrise et de réduction de la publicité sur un territoire très complexe avec des enjeux paysagers majeurs (proximité du littoral…)” qui permet de “concilier la protection du cadre de vie et des paysages avec la nécessaire lisibilité des acteurs économiques du territoire”. Et cela passerait plus concrètement par l’interdiction de certains dispositifs publicitaires, la réduction de leur densité et la prise en compte la qualité environnementale et paysagère des lieux.

Avec une limite nette : il n’a “pas vocation à répondre spécifiquement aux enjeux relatifs au changement climatique, ses préoccupations étant associées à la protection et à la valorisation des paysages”, ni à intervenir sur le contenu de la publicité. Une précision qui n’a pas échappé à Paysages de France (PdF), association de protection de l’environnement ayant participé à l’enquête publique. Dans son communiqué de presse du 7 janvier 2021, elle affirme voir dans ce projet “extrêmement difficile, voire impossible à décrypter”, un des “plus contraires à tout ce qu’il faut faire en la matière”. Elle dénonce ainsi “l’absence totale de prise en compte des enjeux sociétaux, environnementaux et même, s’agissant de l’exercice de la concurrence, économiques”. Alors, “innovant” le projet de PLRi ? Marsactu résume les principaux points de débat.

Extinction des feux à 23 h

Quel intérêt de la publicité dans des rues vides ? Réduire la publicité lumineuse est un des objectifs principaux revendiqués par le RLPi. Ainsi, pour l’ensemble des communes concernées, les publicités et pré-enseignes (les panneaux qui annoncent un magasin à proximité par exemple) seront éteintes entre 23 h et 7 h dans la majorité des zones, exception faite de l’aéroport. Pour les enseignes lumineuses situées au-dessus d’un commerce ou d’un bar, l’extinction aura lieu au plus tard une heure après la fermeture de l’établissement dans les zones peu fréquentées le soir, et de 1 h à 6 h pour les autres secteurs.

Extrait du RLPi de la métropole.

Une mesure qui va à l’encontre des volontés des professionnels de la publicité, qui ont exprimé lors de l’enquête publique leur souhait de maintenir les dispositifs existants et une réintroduction de la publicité lumineuse dans certaines zones. Mais le choix est maintenu par la métropole, au nom de la réduction de la pollution lumineuse.

La publicité numérique limitée, voire interdite

Qui n’a pas vu les écrans se multiplier autour de lui, que ce soit dans la vitrine d’un magasin, ou sur le mobilier urbain ? Particulièrement critiquée lors de l’enquête publique par les particuliers et les associations, jugée polluante et agressive, la publicité numérique va être limitée, voire interdite, dans 9 des 18 zones concernées, et limitée au mobilier urbain dans 5 autres zones, avec des dispositifs autorisés à 2 ou 4 mètres carrés, selon les quartiers.

Quant aux enseignes numériques, elles vont être interdites sur l’ensemble du territoire, à l’exception des zones commerciales d’envergures et de l’aéroport, où le format de 8 mètres carrés est autorisé. Dans son avis, la commission d’enquête recommande cependant une limitation uniforme des dispositifs à 2 mètres carrés entre les quartiers résidentiels de Marseille et des autres communes afin d’éviter tout traitement différencié.

La commission d’enquête veut une interdiction totale sur le littoral

Alors qu’elle a pu faire la fierté de nombreux Marseillais, la publicité rebaptisée le “mur Zidane” devrait être retirée du front de mer. Parmi les lieux concernés par le RLPi, le littoral, les espaces naturels et les monuments historiques sont particulièrement sensibles, en raison du conflit entre leur préservation et les enjeux économiques liés à leur fréquentation. La métropole parle d’une “restriction forte” de la publicité sur le littoral, notamment avec l’interdiction de la publicité au sol, une limitation de la publicité sur mobilier urbain à 2 mètres carrés et une interdiction de la publicité murale sur le front de mer, et limitée sur le côté opposé.

Des mesures insuffisantes pour la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, présidée par le préfet, qui recommande de retirer toute publicité le long du front de mer, quel que soit le type de dispositif et de zonage. La commission d’enquête publique lui emboîte le pas et fait de cette interdiction totale une de ses trois réserves. Si elle n’est pas entendue par la métropole, cela vaudra au projet un avis défavorable.

Une demande de protection plus large autour des monuments historiques

Le deuxième casus belli pour la commission, concerne les abords des monuments historiques. Elle note que le règlement proposé apparaît comme trop laxiste pour plusieurs acteurs. Même si une interdiction exceptionnelle de toute publicité dans un rayon de 500 m a été décidée pour trois monuments de Marseille (la Cité radieuse du Corbusier, le monument aux morts de l’armée d’Orient et le château Borély), les autres sont dépendants leurs situations individuelles, pour des espaces compris entre 100 et 500 m.

Des mesures jugées trop permissives par la Ville de Marseille qui défend un périmètre restrictif de 300 m, quand la préfecture appuient une interdiction publicitaire à 500 m des monuments. La commission d’enquête défend la version la plus large, en souhaitant voir appliquée la règle à l’ensemble des 26 monuments listés comme sensibles par l’architecte des bâtiments de France.

Réduction pour les plus gros formats

La question de la taille autorisée des panneaux est délicate. La métropole vante une disparition du classique 4 par 3 (12 mètres carrés) dans une majorité des espaces, au profit des formats allant entre 2 et 10,5 mètres carrés, hors aéroport et zones commerciales. Alors que les professionnels “regrettent les objectifs de diminution” de manière générale, particuliers et associations jugent les formats autorisés encore trop importants.

Le RLPi distingue différents espaces avec des règles associées différentes. Extrait du RLPi.

L’association Résistance à l’agression publicitaire (RAP), qui relève une réglementation à deux vitesses entre les petites communes et Marseille, est rejointe par la commission d’enquête, qui se demande “pourquoi les Marseillais devraient-ils subir des formats de 8 m2 dans leurs quartiers”, et avance que le format 4 mètres carrés pourrait être imposé dans tous les quartiers résidentiels du territoire.

Les affichages le long des axes routiers, ici le Jarret, vont faire l’objet d’une nouvelle réglementation. (Photo : Suzanne Leenhardt)

Réduction globale de la densité

En matière de publicité, il y a la taille, mais il y a aussi le nombre. Il suffit de penser à ces panneaux qui jalonnent nos trajets sur les grands axes routiers. Sur ce point, le RLPi va permettre une réduction notable, estime la commission d’enquête. En effet, d’après la métropole, l’application des règles de densité sur la publicité des grands axes routiers “va permettre de réduire d’environ 50 % le nombre de dispositifs”.

Pour l’association Paysages de France, le morcellement du projet en 18 zones, notamment avec les grands axes, les zones d’activités commerciales et l’aéroport, permet tout de même de créer des zones d’exceptions, “sacrifiées” à la publicité et “conduisant, notamment, à une déstructuration du territoire et à un accroissement des disparités entre ses différentes composantes”, au lieu de chercher à “réhabiliter ces lieux et de les intégrer dans l’urbanité”. On saura d’ici l’été si la métropole prend en compte ces inquiétudes.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Considérant l’affichage publicitaire en ville et à la campagne comme des pollutions visuelles, sociétales, morales, et comme des agressions continuelles dans nos libertés de citoyens, j’ai participé à l’enquête publique. Mais avec une énorme difficulté, le texte de cette enquête publique étant à dessein très très compliqué à lire et à comprendre ! Pour moi, dans cette affaire, la métropole agit ouvertement pour le lobby de l’affichage publicitaire. Le texte de l’enquête publique a été visiblement écrit ou soufflé par le monstre JCDecaux. Les politiques feraient bien de couper les liens incestueux qu’ils entretiennent ce groupe.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Une fois de plus , je ne vois pas pourquoi le maire de carry le rouet via la métropole décide de la pollution publicitaire de Marseille ou d’autres lieux.Si Marseille en veut moins ,elle doit pouvoir le faire .Mais il est vrai aussi que vu l’historique de la gaudinie avec Decaux, il y a là dessous des revois d’ascenseurs évidents.

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  3. Marc13016 Marc13016

    On pourrait inclure dans la réflexion le panneau “MARSEILLE” posé sur la colline à côté du Grand Littoral, qui “s’offre” à la vue des automobilistes arrivant à Marseille par le Nord. La rade est sublime, la vue est belle, mais ce “MARSEILLE”, qui donne une impression de délabré, de bric et de broc, sans style, ça casse l’ambiance je trouve. A quand une vrai œuvre d’art à la place, plutôt qu’un panneau érigé pour la série Netflix ?! Marseille mérite mieux comme symbole à son entrée non ? Cela relève peut être d’un règlement sur les Publicités, ça aussi. En tous cas, ça imprime une identité visuelle.

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    • Zumbi Zumbi

      Pas d’accord avec vous. Ce panneau est un clin d’oeil rigolo quand on arrive en ville de ce côté-là, que beaucoup ont plaisir à retrouver.
      C’est l’omniprésence de la pub dans le champ visuel quotidien qu’il faut combattre vigoureusement.
      Je remarque que l’article ne mentionne pas les publicités numériques dans les stations de métro, là ça tourne au harcèlement publicitaire permanent quand on attend sur le quai. À part en fermant les yeux impossible d’y échapper.

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  4. Patafanari Patafanari

    Si les tagueurs, graffeurs, graffiteurs pouvaient griffonner, ornementer, recouvrir les affiches publicitaires et les écrans envahissant plutôt que de s’attaquer à des vierges façades qui n’embêtent personne .

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  5. Marc13016 Marc13016

    Et pourquoi pas remettre Zidane sur le “mur Zidane” ?! ou tout autre image esthétique, expressive, authentique, artistique … Je verrais bien des concours de graff géant sur des endroits bien choisis, renouvelés tous les 6 mois. Aux entrées d’autoroutes, des voies ferrées, sur les axes de déplacement … Qu’on se régale un peu les yeux, c’est bon pour le moral, ça nous donnera envie de consommer. Mieux que les pub formatées parlant de “shopping” ! (et ça fera bosser les artistes, ils font partie de l’économie eux aussi après tout).

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