La majorité municipale « tétanisée », les opposants affinent leurs attaques contre Gaudin

Actualité
Jean-Marie Leforestier
9 Nov 2018 8

Les députés La République en marche envisagent la mise sous tutelle du service habitat de la Ville de Marseillle. La gauche critique l'indifférence au problème de l'habitat indigne de la municipalité. Progressivement, la bataille politique se dessine.

Pour l’instant, la majorité municipale tient d’un bloc. Le silence pour les uns, la ligne de front pour d’autres, autour du maire de Marseille. La majorité municipale a d’abord dû gérer l’urgence autour des marins-pompiers sur site, de la mairie de secteur pour l’accompagnement des sinistrés. Ensuite, vient la réponse politique : « J’en appelle à l’État », a lancé Jean-Claude Gaudin. Le refrain, habituel, n’en garde pas moins un fond de vérité mais il paraît bien court.

Derrière cette position de façade, les mines sont déconfites face au drame et à ce qui constitue « la séquence la plus noire des quatre mandats Gaudin », qualifie-t-on dans les couloirs même de l’hôtel de ville. La conférence de presse, jugée peu convaincante, n’a pas aidé. Un cadre de la majorité municipale glisse : « il ne nous entraîne pas dans la chute en tirant les manettes et en étant un peu fourbe comme il sait le faire. Là c’est inconsciemment qu’il nous amène dans la tombe. Et tout le monde est tétanisé ».

Les « marcheurs » imaginent une tutelle

Face à elle, la municipalité trouve plusieurs blocs qui tous la pointent du doigt. Les députés La République en marche ont affiché le spectre qui fâche, la tutelle. « À l’heure où nous écrivons cette lettre, des pompiers risquent leurs vies à cause de l’incurie municipale, commentent Saïd Ahamada, Cathy Racon-Bouzon, Alexandra Louis et Claire Pitollat. Ce sont des milliers de personnes qui mettent en jeu leur santé, leur sécurité, parfois leur vie dans des logements indignes, au bénéfice des marchands de sommeil. Nous attendons du premier magistrat de la ville qu’il les protège et qu’il agisse. À défaut, il faudra que soit envisagé le retrait de votre compétence en matière d’habitat. »

Agiter la perspective de la tutelle résonne fortement à Marseille. En 1938, l’incendie des Nouvelles galeries avait entraîné la prise en main de l’État sur la ville entière. Édouard Daladier, président du conseil lâchait alors sa célèbre phrase : « Qui commande ici ? Il n’y a-t-il donc pas de chef, pas un homme pour diriger ? C’est lamentable ! » L’épisode, quelques mois avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale, a durablement marqué l’imaginaire politique de la ville. Le convoquer revient à agiter les puissants ressorts d’une ville présentée comme intrinsèquement ingouvernable.

La gauche dénonce « l’indifférence »

Pour l’heure, l’État n’a annoncé qu’un audit, trois ans après que le ministère du logement a diligenté le rapport Nicol. Le seul chantier lancé ne concerne que les grandes copropriétés dégradées mais la métropole est encore à la phase des études. Cette option de la tutelle n’est pour le moment pas relayée par le gouvernement ou d’autres composantes politiques. À l’extrême-droite, Stéphane Ravier (Rassemblement national), candidat déclaré à la mairie, dénonce « une politique irresponsable » sur les plateaux télé.

À gauche, Jean-Luc Mélenchon (France insoumise – FI), l’ancienne ministre déléguée à la lutte contre l’exclusion Marie-Arlette Carlotti, le président du groupe d’opposition municipal Benoît Payan ou encore la sénatrice Samia Ghali (PS) relaient tous le même constat d’une action insuffisante de la mairie connue de longue date. « L’indifférence aux pauvres est la cause de l’incurie des autorités de toutes sortes qui ont rendu possible le drame », estime le député FI du centre ville. La plupart demandent la mise en place du « permis de louer » sur les quartiers où se concentre l’habitat indigne.

Au PCF, Marc Poggiale est l’un des rares à porter le débat vers la métropole, dont il appelle à « refonder » le programme local de l’habitat. « Des dizaines de milliers de personnes n’habiteraient pas en situation d’insalubrité et de danger potentiel, si l’offre de logements locatifs sociaux était suffisante et convenablement répartie sur tous les arrondissements de Marseille », avance-t-il.

Son homologue au conseil municipal Jean-Marc Coppola ajoute la demande d’un conseil municipal extraordinaire pour démontrer que « les moyens publics existent pour un plan d’éradication de l’habitat indigne ». Avant de détailler prochainement des propositions concrètes et réalisables, il en appelle à la mobilisation de toutes les collectivités et de l’État, citant l’exemple parisien comme preuve de réussite.

Sur la sécurité, sur l’emploi, Jean-Claude Gaudin avait accepté une de ces réunions exceptionnelles qui se tiennent à huis-clos. Chacune naissait d’un constat partagé. Sur l’habitat indigne, comme il y a deux ans sur l’état des écoles, c’est pour l’heure loin d’être le cas. Et la bataille politique qui viendra nécessairement sera plus rude. Vendredi après-midi déjà, devant la préfecture où le maire s’exprimait face à la presse, les premiers « Gaudin démission ! » résonnaient.

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