Immersion à la maison des femmes, un cocon pour toutes les victimes de violences
Deux jours durant, Marsactu a suivi le quotidien de la maison des femmes. De celles qui y sont accueillies, comme de celles qui les accueillent. Une plongée, poignante, dans un lieu où les patientes sont soignées, orientées et accompagnées dans leur processus de résilience.
Maison des femmes, le bureau d'accueil. (Photo C.By.)
Dans le silence feutré de la pièce percée de deux fenêtres, les cris jaillissent soudain. Les huit femmes présentes, ceintes d'un kimono blanc, accompagnent un vif mouvement des poings d'un kiai retentissant. Cri puissant et libérateur qui cherche à unir les énergies du corps et de l'esprit dans la pratique des arts martiaux. Cette séance de karaté a lieu chaque jeudi. Non pas dans l'enceinte, classique, d'un dojo mais entre les murs de l'hôpital de la Conception, dans le cadre des ateliers proposés par la maison des femmes de Marseille.
Gestes millimétrés et sourire engageant, Christine Dib-Rombi l'anime depuis juin 2022. Cette juriste, 3e dan et professeure de karaté depuis 30 ans, est membre de l'association Fight for dignity - créée par la triple championne du monde de karaté, Laurence Fischer - dont les sessions s'adressent aux femmes engagées dans le parcours de soin de la Maison. Ceinture noire à la taille et pieds nus sur le tatami bleu, Christine accueille deux nouvelles participantes qui, comme les cinq autres femmes présentes ce jeudi après-midi, sont ou ont été victimes de violences. "L'objectif, ici, n'est pas d'apprendre à vous défendre. On ne travaille pas sur l'agressivité mais sur l'estime de soi, expose-t-elle en préambule. Il s'agit de retrouver le dialogue entre notre corps et notre esprit". Car, précise la juriste en aparté de la séance, "après avoir subi un traumatisme, la relation entre l'esprit et le corps est détériorée. Ce dialogue peut rester rompu des décennies durant, il faut alors le réparer."
Guichet unique
Réparer. Dans les locaux de la maison des femmes de Marseille, le mot revient souvent comme un mantra persistant. Cette "petite sœur" de la maison créée par Gada Hatem en 2017 à Saint-Denis, a officiellement ouvert ses portes le 3 janvier 2022, dans un espace provisoire au sous-sol de la Conception. "Ici, dans ce lieu adossé à l'hôpital, nous prenons en charge les femmes victimes de violences, de manière pluridisciplinaire et à travers un guichet unique", pose le docteur Sophie Tardieu, praticienne hospitalière à l'assistance publique hôpitaux de Marseille (AP-HM), une des cinq cofondatrices du lieu. "Il s'agit de permettre à chacune de retrouver une autonomie et de sortir du cycle de la violence."
Tant qu'on n'a pas entendu toute cette horreur, toute cette souffrance, on ne peut pas la comprendre. Et ici, c'est un endroit où je peux tout lâcher.
Béatrice, une victime
Aline (*) a de longs cheveux gris qu'elle retient en une queue-de-cheval. Elle est passée à la maison, le temps d'une consultation chez la psychiatre, avant le karaté. "Cet endroit, c'est un cadre global et sécurisé. Quand on a eu un cadre peu étayé, éclaté, pendant l'enfance, quand on s'est construite là-dessus, c'est cela qu'on cherche", témoigne cette femme qui a subi des abus sexuels pendant l'enfance. Béatrice (*), elle aussi victime de violences dans le cadre familial dès son plus jeune âge, fréquente les lieux depuis quelques semaines seulement. Elle prolonge : "Tant qu'on n'a pas entendu toute cette horreur, toute cette souffrance, on ne peut pas la comprendre. Et . . .
Bravo à Marsactu pour cet article….le lieu a le mérite d’exister et je suis fière de vivre dans une ville qui propose ce type d’ aide aux femmes , bravo à l’équipe de la Maison des femmes.
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J’en ai moi-même les larmes aux yeux. Magnifique article, bravo à vous Madame Bonnefoy pour avoir retranscrit avec tant de finesse l’âme de ce lieu.
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oui bravo pour cet éclairage.
bravo à la maison des femmes, d’exister, de recueillir, et de donner de l’espoir pour le futur.
un seul souci m’apparaît, le décalage des nombres, de personnes pouvant être accueillies, 320 a priori, au regard du nombre de femmes victimes de violences – 3000 en 2021 –
il faudrait plusieurs lieux de ce type.
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Bravo et merci, Coralie Bonnefoy, pour cet article si fouillé et si complet. C’est un grand reportage.
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Bravo Marsactu
et merci Coralie Bonnefoy pour cet article bouleversant
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