La maire RN Sandrine D’Angio reconnaît « des anomalies » dans la gestion des cartes carburant

Reportage
Jean-Marie Leforestier
21 Juin 2018 5

Alors que Marsactu révélait ce mercredi les étranges dépenses de carburant de la mairie des 13e et 14e arrondissements, la maire Sandrine D'Angio a mis en accusation les fonctionnaires et dédouané les élus. Sous les critiques de ses oppositions.

La question a été jugée suffisamment sérieuse pour s’inviter en ouverture du conseil des 13e et 14e arrondissements. Qui roule aux frais de la mairie du 13/14 ? La question que nous posions ce mercredi [Lire notre article] trouvait déjà quelques réponses dans les factures détaillées des cartes carburant obtenues par les anciens adjoints au maire Antoine Maggio et Marie Mustachia : vraisemblablement plus de monde que prévu. La maire d’arrondissements Sandrine D’Angio (Rassemblement national, ex FN) l’a elle-même reconnu d’emblée : « Les anomalies que vous avez constatées monsieur Maggio, je les ai constatées comme vous. » Son prédécesseur Stéphane Ravier ne pourra reconnaître ces erreurs : il est absent du conseil. Cela ne manque pas de faire sourire ses opposants mais il est en fait au Sénat pour défendre ses amendements dans le cadre de la loi « Asile et immigration ».

Si la maire qui a succédé à Stéphane Ravier en septembre 2017 les admet, c’est pour mieux se dégager de toute responsabilité quant à l’utilisation des cartes mises à disposition de fonctionnaires ou de membres de cabinet. « Tout a été mis sur la table, car je le dis haut et fort : nous n’avons rien à cacher et notre majorité n’a rien à se reprocher. Personne dans l’équipe fidèle à Stéphane Ravier n’a commis quelque chose d’illégal. Personne dans mon cabinet, personne dans mon entourage », assure-t-elle, dénonçant un biais « politique » qui lui ferait porter ces erreurs.

D’Angio vise « des fonctionnaires peu scrupuleux »

« Les documents qui m’étaient soumis ne mentionnaient qu’une somme globale qui, au vu du nombre de cartes et de l’utilisation qui pouvait être faite, n’était pas disproportionnée », poursuit-elle. Pour elle, c’est du côté des fonctionnaires qu’il faut regarder : « Ni moi, ni monsieur Ravier ni mon entourage n’ont été alertés sur la teneur des factures. À la lecture de ces factures, on a pu comprendre pourquoi ». Elle conclut sur ce point : « Chacun à un moment donné dans sa fonction d’élu peut être mis en danger sans le savoir par des fonctionnaires peu scrupuleux ou incompétents ou pire, quand ils cumulent les deux qualités. »

Ne pouvant désormais plus rien ignorer, elle annonce aussi qu’une enquête administrative : « J’ai demandé des explications à chacun et elles seront transmises à la direction générale des services à la mairie centrale, explique-t-elle. Concernant les anomalies de certaines cartes, celles-ci ont été reprises à leurs utilisateurs. Ils devront justifier de leur utilisation. J’ai demandé à ce que le système soit sécurisé et revu complètement. »

« Ça ressemble à un détournement de fonds public »

À sa droite, sur la petite table qui regroupe les anciens membre de la majorité RN, Antoine Maggio jubile : « Vous me donnez des explications aujourd’hui mais ça fait sept mois que je vous les demande », lance-t-il avant de demander : « Vous dissociez-vous de ce qui a été fait avant vous ? » « Non ! », répond illico Sandrine D’Angio. À l’exception de la droite emmenée par Richard Miron qui s’est tue, les autres opposants enfoncent toujours plus le clou. Stéphane Mari, ancien premier adjoint de secteur PS désormais membre de La République en marche : « Comme beaucoup de Marseillais en lisant Marsactu ce matin, j’ai été troublé. Je n’ai pas d’accusations à formuler, c’est à la justice d’en décider mais ça ressemble à du détournement de fonds publics. […] Je fais simplement une proposition : ça fait un moment qu’on demande de la transparence. Puisque vous n’avez rien à cacher à nos concitoyens, faites un conseil d’arrondissements spécial ! »

Samy Johsua, élu du groupe Front de gauche pousse l’édile dans ses retranchements : « Votre façon de vous défendre est assez classique dans notre République : responsable mais pas coupable. C’est peut-être vrai juridiquement. Ma question est simple : allez-vous engager une enquête pour savoir quels sont les responsables de cette affaire et est-ce que vous irez jusqu’à la plainte juridique ? »

Sandrine D’Angio a bien déclenché cette enquête tout en écartant déjà certaines possibilités. Selon elle, Stéphane Ravier n’utilisait jamais la carte carburant n°1 mais son chauffeur. Les fonctionnaires seront mis en première ligne et posés comme responsable. Il faudra aussi régler l’épineuse question de la directrice de cabinet dont les pleins successifs de diesel et de gazole étonnent. À l’arrivée, cela pourrait contribuer à une nouvelle déstabilisation d’une mairie qui connaît depuis 2014 de multiples défections, dans son équipe politique comme administrative. Une image qui oblige Sandrine D’Angio à convoquer les gestions municipales chaotiques du passé qu’elle voudrait oubliées : « Non, nous ne sommes pas en 1995 à Toulon, Vitrolles et Marignane. »

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