La gauche marseillaise cherche le chemin de l’unité pour les municipales

Actualité
Lisa Castelly
3 Mai 2019 32

À dix mois des élections municipales, la volonté de partir en rang serré agite la gauche marseillaise. Des collectifs citoyens s'activent pour mettre tout le monde autour de la table, et en coulisse, les partis ne chôment pas non plus. Reste à se mettre d'accord sur les contours de cette gauche locale, et... à rester unis jusqu'au bout. 

Cortège insoumis lors de la manifestation du 1er mai 2019. (Image LC)

Cortège insoumis lors de la manifestation du 1er mai 2019. (Image LC)

Cette fois-ci, c’est la bonne. Du moins, c’est ce que tout le monde au sein de la gauche marseillaise se répète façon méthode Coué. À dix mois des élections, toutes les énergies sont à l’œuvre en coulisses pour tracer des chemins vers l’unité, seule méthode pour parvenir à mettre fin à un quart de siècle de droite municipale, répète-t-on à l’envi.

Le 25 avril dernier, Jean-Luc Mélenchon donnait dans Libération son assentiment à cette dynamique. « Je veux faire émerger à Marseille une nouvelle catégorie de représentants du peuple », y estimait le député de Marseille avant de déclarer : « tous ceux qui veulent se mettre au service de cette fédération du peuple marseillais sont les bienvenus ». Quelques heures plus tard, le Parti communiste des Bouches-du-Rhône lui emboîtait le pas, dans un appel au rassemblement. « Nous avons la conviction que les forces de gauche, syndicales, associatives et citoyennes réunies peuvent gagner pour conduire Marseille vers le progrès social et partagé », appuyait le communiqué, précisant tout de même souhaiter une démarche « sans hégémonie ni figure tutélaire ». Des signaux forts qui ont fait leur effet au sein de la gauche marseillaise.

Parmi les militants politiques, le mot d’ordre est partagé. « Le signal qu’on veut donner c’est : cette fois-ci on ne vas pas faire les imbéciles, on va partir ensemble », résume l’ancien communiste et socialiste Daniel Bœuf, militant au sein de Gauche républicaine et socialiste (parti politique mené par les anciens socialistes Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann) qui travaille au dialogue entre les différents partis marseillais. Le militant des quartiers Nord encarté chez les insoumis Mohamed Bensaada ne dit pas autre chose : « C’est un enjeu majeur, on est à la croisée des chemins. Tout le monde est de bonne volonté. Marseille ne basculera pas sans l’union ».

Pressentie pour conduire une liste, la sénatrice Samia Ghali trace déjà sa route de son côté. Celle qui est aussi conseillère municipale oscille entre son parti historique et la majorité présidentielle, et a lancé, sur son seul nom un micro-parti « Marseille avant tout » (avec une plateforme éponyme), sans pour le moment se déclarer candidate. Dans Made in Marseille, Samia Ghali a souligné les limites d’une alliance y voyant le risque de « retomber dans les mêmes travers politiques ».

Des collectifs pour porter l’union

Même si l’union n’est pas acquise, la dynamique d’union est lancée au-delà des partis de gauche. Plusieurs collectifs citoyens œuvrent depuis des mois et préparent un appel commun en vue des élections. Parmi eux, l’inattendu Mad Mars, né il y a quelques mois, s’est lancé le défi de tisser des fils entre les différents acteurs politiques et citoyens. À sa tête, Olivia Fortin, novice en politique et venue du monde de l’événementiel, porte un objectif : « permettre qu’en 2020, face au FN dont on ne veut pas et aux sortants dont on ne veut plus, il y ait l’union et un projet moderne et sexy ». Et tant pis si Samia Ghali, qu’elle a rencontré, « semble avoir la volonté d’y aller seule ».

Cette union se ferait, imagine-t-elle, entre « des politiques éclairés et des citoyens avec une appétence pour rassembler la ville ». C’est suite à une rencontre avec le socialiste Benoît Payan qu’Olivia Fortin a décidé, encouragée par ce dernier, de mobiliser une énergie citoyenne nouvelle. Depuis, elle « le tient au courant comme les autres » des avancées de Mad Mars. Sans ancrage idéologique autre que « défendre le développement économique, écologique et lutter contre les inégalités », le groupe animé au quotidien par un noyau d’une vingtaine de personnes a déjà lancé des soirées de débat, et invité plusieurs personnalités politiques à partager des repas conviviaux.

« Sur le diagnostic on va tous être d’accord, mais… »

Mad Mars prépare actuellement avec d’autres collectifs à un appel commun à l’unité pour 2020. « On travaille autour d’une dizaine de mesures « basculantes » pour la ville », précise Sébastien Barles, pour le collectif Marseille en commun, qui partage cet objectif. Ces groupes citoyens se proposent d’être le lieu de gestation d’un rassemblement où les étiquettes passeraient après le projet. « Sur le diagnostic on va tous être d’accord, mais il faut aussi l’être sur un processus qui laisse la place à une émergence citoyenne, pas seulement aux appareils politiques », pose Sébastien Barles qui avait suscité la candidature Pape Diouf en 2014, sans grand succès. Une nouvelle rencontre de travail entre les collectifs est prévue ce vendredi.

Les alliances qui coincent

Si ces initiatives sont regardées avec beaucoup d’attention par les acteurs politiques, elles soulèvent déjà le problème inévitable des alliances, et de la largeur du spectre politique à rassembler. Quand la pugnace Olivia Fortin défend « une logique d’inclusion, pas de barrière, des piliers » et explique parler « avec tout le monde, de la FI à LREM » le positionnement fait grincer bien des dents. « Il faut raison garder », souffle Daniel Boeuf, pour qui la politique nationale de LREM, notamment sur les questions de logement est rédhibitoire à tout rapprochement local. « Dans la 2e ville de France, les gens ne comprendraient pas que la FI s’allie avec LREM, pour des raisons évidentes », renchérit Mohamed Bensaada.

Chez les écologistes marseillais, dont plusieurs représentants animent le collectif Marseille en commun, ces première réticences agacent. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas de refonder la gauche, mais de gagner la ville !, tance Christine Juste, porte-parole locale pour Europe-écologie-les Verts. Je ne crois pas que la seule gauche puisse gagner la ville, si c’était le cas je serais ravie ! Mais personne ne peut dire : « moi seul je gagne la ville »« . Comme son camarade Sébastien Barles, elle propose l’idée d’une liste qui ne soit pas « une brochette de logos », une liste portée par « des personnalités » plutôt que par des partis.

Côté LREM où la stratégie à tenir à Marseille en 2020 reste floue, des voix s’élèvent déjà pour fermer la route à une grande union de circonstance. Sur Twitter, la député de la 2e circonscription des Bouches-du-Rhône Claire Pitollat a jugé  « impossible » une alliance avec la FI, suscitant l’ire du conseiller municipal EELV Hervé Menchon, qu’il l’a interpellée : « il y a un combat collectif à mener suite à 24 ans d’incurie. Merci de ne pas confondre compétences municipales et calculs nationaux ».

« Si à Marseille nous annonçons une alliance avec le PS, nous devons nous attendre à une grande déconvenue »

Autre cas litigieux, la place du Parti socialiste. Principal opposant à Jean-Claude Gaudin lors du dernier scrutin et moteur d’une large alliance autour de Jean-Noël Guerini en 2008, il devra trouver sa place dans cet échiquier remanié. Il y pèse bien moins qu’avant, beaucoup des personnalités locales ayant soutenu ou même rejoint LREM quand les militants locaux choisissaient la gauche du parti dans les élections internes. Il conserve une difficulté de se faire accepter, principalement par la FI. « Si à Marseille nous annonçons une alliance avec le PS, nous devons nous attendre à une grande déconvenue », a glissé Jean-Luc Mélenchon mercredi en marge du rassemblement du 1er mai, insistant sur le fait qu’à Marseille, le Parti socialiste a « déçu, berné » les électeurs. Une position développée par son soutien Mohamed Bensaada : « discuter avec des militants c’est sans problème. Mais que ces personnes se posent la question de l’héritage socialiste à Marseille ». 

Avec ou sans étiquette

« Se dépasser les uns les autres, c’est à cette condition que les citoyens voudront s’engager », pose pour sa part le président du groupe socialiste au conseil municipal Benoît Payan. Jugeant qu’il encore « beaucoup trop tôt » pour les questions d’alliance, il relativise les réticences des insoumis et de leur leader : « S’il dit qu’il faut dépasser les partis, il a raison. Et si c’est les communistes sans étiquette, les insoumis sans étiquette, les socialistes sans étiquette : pourquoi pas ? ». 

Moins à gauche de l’échiquier, la tentation d’une liste « centrale » qui allierait centre-droit et centre-gauche pourrait aussi séduire. Saïd Ahamada, le député LREM qui se verrait bien candidat à la mairie, rappelle volontiers son ancrage à gauche et son rejet de la droite locale. Autre soutien du président de la République, Christophe Madrolle (Union des écologistes) a de longue date annoncé sa candidature. Quant à Samia Ghali, elle a multiplié les apparitions aux côtés de Renaud Muselier, son successeur à la mairie de secteur Roger Ruzé imaginant explicitement dans La Provence une alliance avec « le centre-droit ».

Placée haut dans les derniers sondages en date, la sénatrice sait qu’elle pèsera, de même que pèsera la parole de Jean-Luc Mélenchon. Le député du centre-ville a raflé 24,82% des voix dans la ville lors de la présidentielle de 2017. Si ce dernier n’a jamais exprimé la volonté de convoiter le siège de maire, il reste très attentif à la dynamique marseillaise. Même si personne ne l’imagine encore en tête de liste. « Il n’est pas providentiel, mais c’est quand même un sacré atout dans notre manche, sourit Mohamed Bensaada. Il faut qu’il joue un rôle, avec ou sans lui, ce n’est pas pareil. Ce serait bête de s’en priver ». 

L’écologiste Sébastien Barles n’est pas loin de le rejoindre sur ce point : « C’est une vraie personnalité, le seul qui existe vraiment à Marseille, mais il faut que la question de la tête de liste soit secondaire. » Si Mohamed Bensaada jure que « La FI n’est pas du tout dans une volonté d’hégémonie », des sources internes indiquent pourtant que les militants marseillais se répartissent déjà les têtes de listes par secteur. Au cas où…

« Besoin de démocratie »

Par dessus tout, la gauche marseillaise, dans toutes ses nuances, espère parvenir à entrer en résonance avec les mobilisations citoyennes des dernières mois, processus délicat. « Les citoyens qui ont de la colère ne se reconnaîtront que dans une démarche différente », estime Benoît Payan, dont les vidéos pour dénoncer la politique municipale sur les écoles ou l’urbanisme rencontrent un franc succès sur les réseaux sociaux. « Il y a un besoin de démocratie, abonde Mohamed Bensaada. Ce que je vois dans les collectifs citoyens, c’est d’abord une grande maturité politique, et un besoin de démocratie. Il ne faut pas une union des cartels mais d’abord une union populaire« . Jusque dans la constitution des listes, « on ne pourra pas saupoudrer avec quelques candidats citoyens » insiste-t-il, rappelant le travail de terrain mené par les insoumis.

Un processus long qui devra tout de même rentrer dans les contraintes d’une campagne approchant à grands pas. Au lendemain des élections européennes, le mois de juin pourrait être celui où tout va s’accélérer. Chacun, collectifs comme partis, pensent pouvoir se mettre autour de la table à cette période. Les instances nationales de chaque parti devraient aussi dévoiler davantage leurs stratégies. À la fin de ce même mois, le 23 juin, les collectifs et comités de quartier, notamment les signataires du Manifeste pour un Marseille populaire et vivant comme le collectif du 5 novembre organisent des « états généraux de Marseille ». L’occasion de prendre un peu plus le pouls de la ville avant de se lancer pour de bon dans la bataille.

Avec Jean-Marie Leforestier

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

La station de métro Gèze n’ouvrira pas en septembre
Martine Vassal avait raison de se refuser à avancer la moindre date. Mais son vice-président délégué aux transports Roland Blum n'a pas eu cette...
Bus secret de la RTM : on l’appelait « la clandestine »
"Je te conseille plus de prudence quant aux dates de mise en service que tu annonces." La réponse émane d'Eugène Caselli, ancien président socialiste...
Un chantier ferroviaire lyonnais éloigne le port de Marseille de ses clients
Aller vite et être fiable. Voici pour résumer le credo des ports européens pour devenir le point d'entrée des marchandises venues d'autres continents. Un...
Renvoyé en correctionnelle, le militant Kevin Vacher dénonce une décision « politique »
Épuisé mais soulagé. Le militant du collectif du 5 novembre, Kévin Vacher est sorti du palais de justice après plus de 28 heures de...
Marseille, bonne élève de la lutte contre les trafics de stupéfiants ? Pas si sûr
Mardi, trois ministres et un secrétaire d'État "descendaient" à Marseille, annoncés à la dernière minute, pour présenter le nouveau plan national de lutte contre...
La relance accélérée du PPP des écoles paraît mal engagée
En février dernier, le tribunal administratif décidait d'annuler la délibération actant le recours au PPP, partenariat public privé à un milliard d'euros, pour la...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire