La gare d’Arenc voit son horizon se rétrécir

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Julien Vinzent_
5 Oct 2018 2

Ouverte il y a 4 ans au coeur du quartier d’affaires d’Euroméditerranée, la halte ferroviaire d’Arenc va voir sa desserte réduite. Pour l’aéroport, Salon ou encore Avignon, il faudra prendre une correspondance à l’Estaque, au grand dam des usagers.

Les deux gratte-ciel n’en sont que plus imposants depuis cette gare vide, encaissée dans un goulet. Au pied des tours CMA-CGM et La Marseillaise, la “skyline” d’Euroméditerranée, les quais d’Arenc s’étirent sur près de 200 mètres, comme pour accueillir un bataillon de pendulaires. Alors que l’heure du 17 h 55 approche, des silhouettes se profilent. Loin de la cohue de la Défense, une quinzaine de voyageurs prendra ce train vers Miramas. Mais à Rognac, Salon, ou même l’Isle-sur-la-Sorgue, beaucoup de salariés tiennent depuis 2014 un moyen de dire adieu aux embouteillages.

La déception n’en est que plus criante, sur la pétition en ligne, qui recueille environ 400 signatures et 132 commentaires. “Nous allons tous reprendre la voiture !“, s’exclame un usager anonyme. “J’utilise cette ligne pour aller à la CMA-CGM. Les autoroutes sont saturées de monde et impossible de se garer sans se prendre une contravention dans le quartier”, commente Aurélie, de Velaux.

Capture d’écran des commentaires de la pétition.

À partir de décembre, le conseil régional et la SNCF comptent supprimer une partie des arrêts pour ne conserver que ceux de la ligne de la Côte Bleue, qui relie Marseille à Miramas en passant par Martigues. Concrètement, le nombre de trains quotidiens à Arenc va chuter de 17 à 13. Surtout, il ne sera plus possible de rejoindre directement Avignon et les 14 autres gares situées sur le trajet. “C’est la première année que je suis abonnée et on ne m’a rien dit au guichet !”, peste Françoise, qui vit à Salon et a appris la nouvelle par une affiche invitant à signer la pétition.

Euroméditerranée perd son lien avec l’aéroport

Au téléphone, elle nous raconte sa quête d’une confirmation officielle – qu’a fini par nous apporter la SNCF. « C’est exact » lui a indiqué avec aplomb un certain Didier sur le forum de la compagnie. En l’absence de logo sur son profil, Françoise a tenté de se faire confirmer l’information. « La Région n’a pas répondu à mes courriers. Je voulais écrire à Euroméditerranée, mais je ne sais pas à qui… Sur un quartier comme celui-là, où l’on construit des tours, cela pose question. »

Panneau de présentation par Euroméditerranée des programmes immobiliers autour de la halte.

D’autant plus que parmi les gares impactées figure Vitrolles aéroport Marseille-Provence, qui était à une vingtaine de minutes du quartier d’affaires. Contacté, Euroméditerranée n’a pas réagi à cette réduction de la desserte de la zone. “La liaison TER Aéroport/Arenc est un facteur clé de réussite des programmes tertiaires alentour”, estimait pourtant en 2011 Franck Geiling, directeur général adjoint de l’établissement public d’aménagement.

“Aujourd’hui, on constate de nombreux retards (…) les trains du soir vers Vitrolles sont particulièrement touchés”, avance la Région, dans une réponse écrite. Pour la SNCF, l’idée est de s’attaquer au “point noir” de l’Estaque. “Une des raisons principales de cette mauvaise régularité est le croisement de trains à l’Estaque, justifie-t-on à la direction de la communication de la SNCF. Les installations de la gare ne sont pas équipées pour l’assurer.” L’Estaque est en effet à la jonction de deux boucles, qui donnent quatre possibilités de trajet. L’idée est de séparer les deux boucles : les trains de la Côte bleue passeront à Arenc et plus ceux qui arrivent de Salon ou Miramas via Rognac. Chacun son couloir.

Extrait du réseau de TER autour de la halte d’Arenc, que nous avons entourée en rouge.

Moins de 50 voyageurs en moyenne par jour

“Il en résultera plus de fiabilité et de lisibilité pour l’usager avec des arrêts à Arenc uniquement sur la ligne de la Côte Bleue”, complète la Région. La mesure a déjà été présentée à la CMA-CGM, “pour leur expliquer et présenter les possibilités de report”, indique la SNCF. À savoir 11 trains par jour à attraper en gare de l’Estaque moyennant “8 à 10 minutes de temps de correspondance” et donc d’allongement du trajet. À supposer qu’elle soit assurée, persifle-t-on à l’association d’usagers NosterPACA, où l’on conteste vigoureusement l’argument technique des “croisements”.

La SNCF ne cache cependant pas avoir suivi une “logique de masse”, car “93 % des voyageurs de la ligne Miramas via Rognac sont à destination de Saint-Charles”. Quatre ans après son inauguration, Arenc est loin de faire le plein : elle a accueilli 16 000 voyageurs en 2016, moins de 50 par jour, loin derrière les gares marseillaises de l’Estaque (59 000) ou la Blancarde (351 000) ! Lors de la concertation publique, la compagnie tablait, euphorique, sur “3000 voyageurs par jour à l’ouverture”, deux fois plus que la gare d’Aix… “La locomotive, c’était la CMA. La tour La Marseillaise vient d’être livrée et on sait qu’Euroméditerranée est loin d’être achevé. La halte peut qu’être amenée à se développer”, nuance la SNCF.

Il faut dire aussi qu’on y annonçait à l’origine entre 20 et 23 TER chaque jour, suivant le sens. En 2018, l’offre est réduite à 17, en 2019 ce sera 13. “On nous a bassiné de ce discours “moins de trains pour mieux de trains. On a moins de trains et on continue à avoir des suppressions, critique Gilles Marcel, président de NosterPACA, pas étonné de la fréquentation limitée. Avec une logique de train de banlieue, une desserte forte, vous auriez du monde dès demain. S’ajoute à cela la difficulté d’un service qui n’est pas fiable. On se mord la queue, on n’a pas d’ambition et le public est dissuadé.”

La Région rappelle qu’un chantier est programmé en 2020 pour doubler la voie entre Saint-Charles et Arenc, “ce qui permettra de passer de 2 à 4 TER par heure et par sens”. Sur le quai, à 17 h 50, une abonnée aux trajets Arenc-Fos blague en espérant que son train arrive bien : “S’il y avait des trains, ce serait quand même pratique cette gare !”

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