La France insoumise veut imprimer sa marque dans les quartiers Nord

Reportage
Marsactu et Mediapart
29 Oct 2018 5

Dans la ville où est élu Jean-Luc Mélenchon, les Insoumis veulent être le fer de lance d’un renouveau militant capable de mobiliser les quartiers populaires. Chantier de peinture d’une école, blocage de route… Une façon d’aider les habitants à se réapproprier la chose publique mais aussi, de préparer les municipales de 2020. Deuxième épisode d'une série de reportages réalisés en partenariat avec les journalistes de Mediapart.

Parents d'élèves et militants s'activent pour la rénovation de l'école La Viste Bousquet ©AM
Parents d'élèves et militants s'activent pour la rénovation de l'école La Viste Bousquet ©AM

Parents d'élèves et militants s'activent pour la rénovation de l'école La Viste Bousquet ©AM

L’endroit n’est pas franchement riant. Un local dédié aux locataires dans une des cités les plus dégradées du nord de Marseille, la mal nommée « Maison Blanche ». Dans cette pièce éclairée aux néons où pour tout mobilier s’entassent des chaises et tables pliables, le débat est vif. Le collectif d’habitants rassemblé ce lundi soir doit trancher : faut-il ou non se rendre à une réunion dans la mairie des 13e et 14e arrondissements, tenue par le Rassemblement National ? « Nos interlocuteurs, on n’y peut rien, c’est le FN, ils ont été élus. C’est un parti raciste et ça ne nous fait pas plaisir bien sûr », déplore Paulette, habitante du quartier depuis plus de soixante ans. « Mais à gauche, qu’est-ce qu’ils ont fait quand ils étaient à la mairie ?, rétorque la volcanique Delphine. On est en train d’accabler quelqu’un qui est là depuis quelques années [la frontiste Sandrine d’Angio a récemment pris la suite pour cause de cumul des mandats de Stéphane Ravier élu maire de secteur en 2014, ndlr], mais les autres, ils ont fait quoi ? » 

Malmenés, délaissés, les quartiers Nord de Marseille sont traversés par d’intenses tensions politiques. Depuis plusieurs semaines, un petit groupe d’habitants de Maison Blanche mène un bras de fer avec la métropole pour sécuriser les abords de la cité et faire valoir leur droit à vivre dans un lieu sûr. En plus d’être dans un état de détérioration avancée, la copropriété est postée à la croisée de deux avenues très passantes. Elle voit régulièrement ses habitants – dont des enfants – renversés par des voitures filant à toute allure vers les voies rapides qui s’entrelacent non loin de là. Depuis des décennies, nul feu tricolore ou ralentisseur n’est jamais venu contrarier le flot permanent de véhicules, et les minces trottoirs n’offrent guère de refuge pour s’en protéger. En juillet dernier, après un nouvel accident, le collectif a bloqué la route pendant plusieurs jours pour être enfin entendu.

Une mobilisation où des militants politiques ont montré le bout de leur nez. « J’ai appelé Sébastien Delogu de la France insoumise, se souvient Nair Abdallah, 29 ans, à la tête du collectif. Je lui ai demandé de venir bloquer avec nous pour faire la sécurité. Dans les 10 ou 15 minutes il était là. Et quand les policiers sont arrivés et qu’ils ont vu qu’on avait avec nous l’équipe de Mélenchon et des familles, ils n’ont rien fait contre nous. Au contraire ils nous ont protégés. »

Déclinaison de la « révolution citoyenne »

À Maison Blanche, mais aussi dans la lutte du McDonald’s voisin ou quand un squat de migrants est évacué à l’aube, la singulière silhouette de Sébastien Delogu (qui tutoie les deux mètres de haut) est devenue familière. Cet « insoumis » n’est pas tout à fait un militant comme les autres : il est le chauffeur régulier de Jean-Luc Mélenchon quand celui-ci se rend à Marseille, son fief depuis qu’il y a été élu député, en juin 2017. En quelques mois, Sébastien Delogu, ancien communiste devenu le porte-parole de la grève des taxis marseillais contre Uber, s’est imposé comme la figure de proue du militantisme local et un interlocuteur pour la presse. On parle même de lui pour conduire une liste FI dans un secteur aux prochaines municipales, en 2020. En attendant, il laboure le terrain sans ménager ni son temps ni son énergie.

Avec les groupes d’action de la FI (il y en existe une petite quinzaine à Marseille, selon la plateforme du mouvement), il est de toutes les luttes dans les quartiers populaires, où il tente de réinventer l’action politique : présence forte sur le terrain même en dehors des élections, rencontres avec les habitants via du porte-à-porte ou par le truchement des « caravanes insoumises », soutien d’interventions de toutes sortes par les moyens humains et les outils de communication du mouvement. 

Une déclinaison de la « révolution citoyenne » portée par la France insoumise pendant la présidentielle, et dont Marseille ambitionne de devenir le laboratoire : « Jean-Luc Mélenchon nous a dit dès le départ “utilisez-moi !” c’est ce que nous faisons », expliquait à Marsactu, en août dernier, Sophie Camard, la suppléante de Mélenchon, venue d’EELV, aux législatives

Dans l’espoir de mobiliser l’électorat populaire, et alors que le mouvement organise, le 18 novembre, ses premières « Rencontre nationales des quartiers populaires » à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), l’expérimentation marseillaise n’a rien de fortuit. En plus d’avoir eu le plus grand nombres de voix à l’échelle de la ville, Jean-Luc Mélenchon a réalisé de très beaux scores lors du premier tour de l’élection présidentielle dans les quartiers Nord : il y a atteint, dans plusieurs bureaux, presque 50 % des voix. Et jusqu’à 59 % dans le bureau de la cité très paupérisée de la Castellane (16e). Mais il y a encore du pain sur la planche pour conjurer l’abstention endémique dans ces quartiers. Elle a dépassé 47 % à la Castellane à la présidentielle. Et on ne parle même pas des législatives où les habitants ont boudé les isoloirs – au point que dans sa propre circonscription, Jean-Luc Mélenchon a perdu 7 500 électeurs sur 16 000 entre la présidentielle et le premier tour des législatives.

L’action à Maison Blanche s’inscrit dans cette logique de reconquête des électeurs perdus dans la perspective des élections européennes. Même si elle ne fait pas l’unanimité chez les habitants de la cité, certains lui reconnaissent une vraie fraîcheur et de la sincérité. « Les Insoumis sont plus faciles d’accès que les autres politiques. On a trouvé que leur soutien n’était pas uniquement médiatique – même si on leur a demandé de médiatiser – contrairement aux autres qui sont juste venus prendre des photos », juge Nair Abdallah, qui s’est rapproché du mouvement à titre personnel, tout en souhaitant que le collectif reste politiquement neutre.

Présente à la réunion du collectif, Marion Honde-Amiar, élue communiste du secteur, fait la moue : « Nous aussi on a bloqué la route dès le début avec eux, moi-même je viens du quartier, glisse-t-elle un brin agacée, rappelant que le PCF est implanté de longue date à Maison Blanche. Avec la France insoumise, il faudrait essayer de travailler ensemble, mais là, c’est compliqué. » Delphine, qui ne vote plus, n’est pas prête de mettre un bulletin FI dans l’urne : « Je me suis retirée quand ces gens sont arrivés, confie-t-elle. On ne peut pas nier qu’ils nous ont aidés, mais à mon avis, les politiques, ce sont tous les mêmes. »

Des différences de « méthode »

Comment prouver que, non, la FI n’est pas « comme les autres » ? Faire sa place dans les quartiers Nord implique de faire place nette vis-à-vis des autres forces de gauche. D’où la stratégie mise en place aux législatives d’attaque frontale du parti socialiste, dans cette ville marquée par les affaires et le clientélisme. Comme un symbole qu’il voulait « remplacer » le PS, Jean-Luc Mélenchon s’est présenté, dans le centre-ville, contre le socialiste sortant, Patrick Mennucci. Par ailleurs, le mouvement n’a passé aucun accord avec le PCF, pourtant l’ancien partenaire du Front de gauche, sur la 7e circonscription – l’une des deux du nord de la ville. Si la division a certainement coûté un poste de député supplémentaire, au moins la FI a-t-elle pu montrer qu’elle pouvait incarner une nouvelle offre politique. « Mélenchon est venu à Marseille pour tuer le parti communiste », grince un cadre du PCF local. Depuis, les militants se croisent sur les mêmes lieux de luttes, mais le dialogue est rompu, et les tensions entre les deux mouvements au niveau national s’illustrent ici comme par un miroir grossissant.

Une stratégie que regrette Jean-Marc Coppola, candidat malheureux aux législatives et ancien secrétaire départemental des Bouches-du-Rhône, même s’il reconnaît que les militants de la FI sont « sincères et se donnent sans compter ». Sébastien Delogu ou l’autre figure montante, Mohamed Bensaada, sont d’ailleurs d’anciens camarades du PCF, se targue-t-il. Pour le reste, il tance la méthode « coup de poing » de la FI. Il se souvient s’être rendu avec le député de Martigues Pierre Dharréville à la cité d’Air Bel (11e), où la population vit dans l’angoisse depuis que la présence de légionelle a été détectée dans les canalisations vétustes. « Par respect pour eux on s’est dit « on ne va pas y aller avec les caméras ». Quinze jours après, Mélenchon s’y rendait avec tambours et trompettes… Ce n’est pas ma conception de la politique », lâche l’élu municipal… avec un brin de jalousie ?

À Air Bel, au McDonald’s ou à Maison blanche, les actions de la France insoumise sont relayées massivement sur les réseaux sociaux, via des live vidéos ou même sur la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon, leur donnant un écho sans commune mesure avec celles du Parti communiste local.

Le coup de peinture

Mais le coup de maître médiatique de la FI marseillaise, régulièrement cité en exemple par l’ex candidat à la présidentielle, reste l’opération menée à l’école de la Viste, en juillet dernier : dans cette maternelle où les murs gris et usés portaient la trace de décennies sans un coup de peinture, des militants et des parents d’élèves, lassés d’attendre l’intervention de la municipalité, ont relevé leurs manches et décidé de repeindre eux-mêmes le bâtiment avec l’aide d’une cagnotte participative

Parmi eux, il y a Ouali Brinis, ancien candidat aux législatives pour la FI dans la 7e circonscription – celle où se présentait aussi  le communiste Jean-Marc Coppola. Mais aussi sa suppléante de l’époque, Armelle Chevassus-Rioualen, conseillère municipale des 15e et 16e arrondissements. Sur la longue place rectangulaire, cours d’Estienne d’Orves, ils prennent un verre au soleil en compagnie de Bernard Borgialli, candidat aux européennes (à une place éligible) sur la liste de la FI. En pleine tempête entre Mediapart et Jean-Luc Mélenchon sur fond d’enquêtes sur les comptes de campagne présidentielle, ils ont d’abord hésité à répondre à Marsactu et Mediapart (lire notre « Boîte noire »). Puis ils ont finalement accepté de nous rencontrer, cédant au désir de donner du militantisme de la FI à Marseille un visage exemplaire.

« Si on réussit à Marseille, où il y a tant de problèmes sociaux depuis si longtemps, ce sera un vrai gage de réussite pour le reste du mouvement », affirme Bernard Borgialli, syndicaliste et conducteur de TER dans la région. Armelle Chevassus-Rioualen y croit de toutes ses forces. Cette prof de français dans le quartier de Saint-Antoine (15e), ancienne militante de la LCR passée à la FI avec armes et bagages (lire son blog), a déménagé dans le nord de la ville il y a trois ans. Elle raconte les difficultés des mères célibataires des quartiers, les enfants de 8 ans qui traînent, la clef de chez eux autour du cou, en bas des tours, l’emprise de la drogue sur les quartiers, les lignes de bus qui ne passent pas, ou si peu, par les quartiers Nord…  Mais aussi la honte ressentie d’habiter les ghettos, l’impression d’être un « pestiféré », la culpabilité de ces femmes, sommées de choisir entre le marteau – s’occuper de leurs enfants – et l’enclume – un travail à horaires décalés. « Ce n’est pas la vie, c’est la survie », résume-t-elle, soulignant combien trouver une oreille attentive peut être important pour ces familles délaissées par la République. « Contrairement à ce qu’on peut croire de l’extérieur, les gens des classes populaires peuvent se mobiliser, il y a une vraie conscience politique, veut croire Ouali Brinis. Après, il faut juste les aider à s’organiser. » Et c’est précisément ce qu’il s’est passé à l’école de La Viste.

« L’esprit de 1936 »

Une fois encore, tout a commencé avec le fameux Sébastien Delogu, parent d’un des élèves de l’école. Prudent, il a d’abord touché deux mots à Jean-Luc Mélenchon de son idée de faire faire par « les gens » eux-mêmes les travaux du chantier. Au départ, le très légaliste député n’était pas fan : passer au dessus des pouvoirs publics… Puis il s’est laissé convaincre.

Résultat, 150 personnes mobilisées (dont une vingtaine de la France insoumise), 4 900 euros collectés sur le site de crowdfunding Leetchi, et deux jours de travail en autodiscipline – et dans la bonne humeur. Certes, les policiers sont venus roder. « Mais ils ont été épatés, sourit Armelle Chevassus-Rioualen. A la fin, ils nous ont même proposé de repeindre le commissariat ! », s’exclame celle qui a vu « l’esprit de 1936 » flotter au-dessus de ces deux journées intenses. « Les gens se sont réappropriés les lieux, les jeunes ont arrêté de tagguer à tout-va », s’enthousiasme Ouali Brinis. 

Côté municipalité, les réactions ont été fortes : d’abord, la Ville a mis en demeure Jean-Luc Mélenchon. Puis elle a fini par avancer les travaux qui étaient prévus quelques mois plus tard. « La mairie a eu peur de l’effet boule de neige », observe Ouali Brinis. « On fait la guerre à la municipalité, on montre à la population qu’on est à son écoute et qu’on est capable de porter des solutions », résumait, de son côté, Sébastien Delogu auprès de Marsactu quelques semaines après l’action. « Notre objectif c’est de prendre le pouvoir. On n’est pas là pour dire à la droite “faites votre travail”, mais pour prendre leur place », martèle Bernard Borgialli. Pour la France insoumise, l’initiative s’est avérée, selon les participants, 100 % gagnante. « Elle a donné à voir que les partis politiques, ça peut être utile ! », dit Bernard Borgialli qui, avec ses camarades, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Nouveau cheval de bataille, même quartier : sensibiliser sur la recrudescence des maladies pulmonaires contractées du fait des particules polluantes rejetées par les bateaux de croisières.

Vu du tissu associatif et citoyen déjà en place et très ancré dans le secteur, les actions insoumises peuvent agacer : invisibilisation du travail déjà accompli, petite tendance à réinventer la roue… « Les associations sont démoralisées, et démobilisées avec toutes les coupes budgétaires et la fin des emplois aidés », se défend Ouali Brinis. « On ne dénigre pas du tout les associations, loin de là, complète Armelle Chevassus-Rioualen. Mais ils ont tellement été obligés de manger dans la main du politique que ça laisse des traces. » Le fantôme de la députée PS Sylvie Andrieux, continue de flotter sur la ville. Cette élue de longue date des quartiers marseillais a été condamnée pour complicité de détournement de fonds publics à quatre ans de prison (dont un ferme), 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité. La justice a jugé qu’elle était complice d’un système de fausses associations qui détournait les subventions du conseil régional dont elle était vice-présidente.

Cap sur la mairie

Un passage par l’autoroute, direction les Flamants (14e). Dans ce quartier visé par un projet de rénovation urbaine en plein réaménagement, de beaux immeubles viennent de sortir de terre. Ce mercredi matin ensoleillé, la cité HLM, qui connaît la pauvreté, le chômage et les trafics de drogue, montre un visage chaleureux.

« Moi, ce que je voudrais, c’est voir tous ces gens qui se disent de gauche en dehors des élections »

Sur le banc d’un petit parc pour enfants, juste devant le local de l’association des locataires qu’elle a créé en 2006, on retrouve Fatima Mostefaoui. Cette habitante de toujours des Flamants est, de coups de gueule en coups de gueule, devenue l’un des personnages clefs des quartiers Nord de Marseille. Un « électron libre » qui ne rechigne jamais à donner son avis, surtout quand il s’agit de politique.

Et de ce côté, cette quinquagénaire vibrionnante a eu son lot de déceptions. Pour celle qui apparaissait sur la liste « anti-partis » (mais classée à gauche) de l’ancien président de l’Olympique de Marseille, Pape Diouf, aux municipales de 2014, l’expérience a eu raison de ses maigres illusions. Aujourd’hui, elle n’a pas de mots assez durs : « paternalisme », « clientélisme », « post-colonialisme », « électoralisme »

À gauche, pas un pour rattraper l’autre, estime-t-elle, levant les yeux au ciel. Ils n’ont d’ailleurs « même pas été capables » de s’unir pour barrer la route à Stéphane Ravier, élu FN aux dernières municipales dans le 7e secteur. « Moi, ce que je voudrais, c’est voir tous ces gens qui se disent de gauche en dehors des élections. Qu’ils mettent leurs enfants dans la même école que les nôtres. Pas qu’ils viennent nous dire ce qu’il faut penser ou qu’il faut qu’on s’inscrive sur les listes électorales : on n’a pas besoin d’eux pour le savoir », s’agace Fatima Mostefaoui.

On lui parle des actions de la France insoumise, mais rien n’y fait : « C’est un coup de pub en vue des municipales », balaie-t-elle d’un sourire navré. Au moment où l’école était repeinte par les Insoumis, elle assure avoir reçu des appels de parents d’élèves surpris de découvrir l’initiative à laquelle ils n’avaient pas été associés. « Nous, ça fait trente ans qu’on se bat pour nos écoles, on n’a jamais vu le Front de gauche ou les Insoumis nous aider. Quand Jean-Luc Mélenchon débarque alors là, oui, on voit les médias. Mais ensuite, il n’y a plus personne. » Bref, il en faudra, des heures et des heures de discussions, pour convaincre Fatima Mostefaoui que la FI n’est pas là uniquement pour « récupérer » des voix pour les municipales.

Vue depuis la cité des Flamants. (Image LC)

Surtout que le mouvement de Mélenchon n’est pas le seul à vouloir prendre Marseille par son versant nord. La sénatrice socialiste Samia Ghali, longtemps maire de secteur dans les 15e et 16e arrondissements, et elle-même issue de ces quartiers, compte bien se mettre en travers du chemin. Récemment, on l’a aussi vue s’investir personnellement dans la lutte des salariés du McDonald’s.

Pour l’instant, elle s’emploie à trouver des alliés pour appuyer sa candidature, lorgne surtout du côté des marcheurs, et nourrit même une « amitié » avec le président de région LR Renaud Muselier. Pressentie comme tête de liste socialiste aux prochaines municipales, elle jouit d’un indéniable point fort : une aura médiatique certaine au niveau national. Mais aussi d’un gros point faible : une enquête du parquet national financier.

Son entourage n’a en tout cas pas manqué de dénoncer les « coups de com' » de la France insoumise tandis que la sénatrice s’est déclarée « offusquée » par la cagnotte mise en place pour les travaux de l’école de la Viste. Les habitants des quartiers Nord « n’ont pas l’habitude de faire l’aumône », a-t-elle lâché dans la presse.

Qui réveillera, au final, les dizaines de milliers d’abstentionnistes qui sommeillent au Nord de Marseille ? L’histoire électorale montre que l’entreprise est ardue… Et pas forcément rentable. Les deux maires historiques, Gaston Defferre et Jean-Claude Gaudin, ont triomphé grâce à la bourgeoisie locale et aux quartiers Sud de la ville. Du reste, le scrutin par secteurs obligera chaque camp à penser une stratégie à l’échelle de la ville, où les adversaires politiques ne se résument pas au reste de la gauche, mais aussi bien souvent à une droite parfois dure, et au Rassemblement national. « Ni la France insoumise, ni le PCF ne parviendront, séparément, à prendre la ville, analyse Mohamed Itrisso, militant PCF dans les quartiers Nord. À un moment donné, il va falloir trouver un moyen de travailler ensemble pour faire en sorte que le Front national ne reprenne pas la main ».

Et pendant que ses militants labourent le terrain, le mystère reste entier quant à la stratégie municipale que choisira la France insoumise à Marseille. Avec ou sans Jean-Luc Mélenchon en tête de liste ? Le leader insoumis s’est jusqu’ici bien gardé de se prononcer.

Pauline Graulle et Lisa Castelly


Boite noire :

Suite à la diffusion par Mediapart d’un article dévoilant la nature des relations entre Jean-Luc Mélenchon et Sophia Chikirou, Sophie Camard, Sebastien Delogu et Mohamed Bensaada ont refusé de rencontrer les journalistes de Mediapart et de Marsactu. Nous le regrettons.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE SPECIALE – 2 MOIS pour 2€

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.


A la une

La plateforme de prise de rendez-vous Doctolib s’impose à l’AP-HM
En quelques clics, il est maintenant possible de réserver son rendez-vous médical avec plus de 100 praticiens de l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille...
[Ô mon bateau] Faute de casse, des vieilles coques à l’abandon
Au large de la rade marseillaise, les plongeurs s'en donnent à cœur joie. À une quinzaine de mètres de profondeur, ils peuvent nager le...
À Marseille, McDo achète un faux témoignage 25 000 euros pour écarter un syndicaliste
"Je suis fatigué de ces négociations. J'ai besoin de mes sous. J'ai l'impression que c'est du chantage. Je demande mon dû. On avait négocié...
[Municipales, le tuto] Comment élit-on le maire de Marseille ?
Le saviez-vous ? Vous n’élirez pas le successeur de Jean-Claude Gaudin. Il y a même sept chances sur huit que vous ne puissiez pas...
La discrète vente de la villa de René Egger, l’architecte du Marseille d’après-guerre
Hissées sur les hauteurs du Roucas-Blanc, les luxueuses villas du Parc Talabot s'étendent dans l'enceinte fermée de la résidence. Parmi elles, une villa sur...
Le port suspend son projet de réaménagement du quai de la Lave pour « concerter » à nouveau
Le port a décidé de remettre l'ouvrage sur le métier. Un an et demi après avoir lancé un appel à manifestation d'intérêts pour le...

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire