Mourepiano

La commission d’enquête publique fait dérailler le terminal de Mourepiane

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Clémentine Vaysse
18 Déc 2015 30

Le commissaire enquêteur vient de rendre son avis sur le futur terminal à conteneurs de Mourepiane. Son avis est défavorable et sans appel, pour "éviter que ce projet n'entre dans la catégorie des grands projets inutiles".

En 17 pages, le rapport d’enquête publique déboulonne le terminal combiné de Mourepiane. C’est une victoire pour les opposants au projet qui avait manifesté leurs craintes lors de l’enquête publique qui s’est déroulée du 5 octobre au 6 novembre. Ils l’avaient déjà fait lors de la concertation préalable en début d’année.

Si l’ancien préfet Michel Cadot s’était battu pour voir sortir des cartons le terminal combiné de Mourepiane, les vraies difficultés semblent réservées au préfet actuel Stéphane Bouillon. Le commissaire enquêteur se prononce clairement pour que le projet soit enterré et qu’une autre solution soit trouvée pour les conteneurs.

Les craintes des riverains entendues

“J’ai commencé mon enquête avec un a priori : il est souhaitable de faire transiter les marchandises par train plutôt que par camion”. C’est par cette confession que le commissaire enquêteur Jean Reynaud introduit ses conclusions et son avis sur le terminal de Mourepiane. Situé dans l’enceinte du port, il est destiné à favoriser le report modal, c’est-à-dire faire en sorte que les conteneurs de marchandise partent ou arrivent dans le port en train plutôt qu’en camion.

Un terrain lui est réservé à proximité de l’Estaque, près de la route du Littoral. Problème : pour mettre en service ce terminal qui permet le transfert de la mer au chemin de fer, il convient de rouvrir une boucle de raccordement au réseau ferré, lequel passe au milieu des habitations. Et à peine la concertation commencée, les riverains ont fait savoir leurs craintes quant au volume sonore et à la pollution des locomotives à essence qui pourraient être employées. S’y ajoutent les allers-retours des camions qui continueront à desservir le terminal avec toutes les nuisances qui leur sont propres. La sénatrice et maire des 15e et 16e arrondissements Samia Ghali s’est très vite saisie de l’affaire en se faisant le relais des habitants. La Ville de Marseille a elle aussi émis des réserves.

L’indépendance du bureau d’études mise en cause

Ces nuisances étaient très rapidement évacuées dans les études fournies par le futur exploitant en vu de l’enquête publique. Or le commissaire émet de sérieux doutes sur celles-ci. “L’étude d’impact esquive la plupart des problèmes”, souligne le commissaire enquêteur, qui met en cause directement l’impartialité du bureau d’études EGIS qui en a eu la charge. Selon lui, ce dernier “s’est vraiment ingénié à édulcorer au maximum les problèmes. […] L’étude de dangers présente quelques insuffisantes graves qui ne permettent pas de la valider”.

Il illustre le propos par une série de critiques : les erreurs de cartographie, l’absence de prise en compte des émissions des bateaux de croisière ou de l’installation classée (et donc dangereuse) Médiaco vrac à proximité… Jean Reynaud les met en regard des nombreuses remarques et relevés fournis par les habitants. Il valide ainsi l’expertise citoyenne des riverains du lieu.

Pour une réhabilitation de la gare du Canet

Dans son avis est même évoquée explicitement la problématique de la libération du foncier de la gare logistique du Canet où arrivent actuellement des trains et des camions de marchandise. Euroméditerranée souhaite à tout prix récupérer le foncier qui appartient à la SNCF, pour pouvoir y construire un grand parc et des logements. Le commissaire enquêteur explique avoir rencontré le directeur de l’opération d’intérêt national le 1er décembre. Ce dernier lui a rappelé l’importance de l’arrêt de la gare du Canet pour la réussite du second périmètre d’Euromed.

Mais les entreprises présentes au Canet n‘ont toujours pas l’intention de quitter leur site actuel. D’autant plus qu’elles font du trafic camion-train et n’ont donc a priori rien à faire dans un port où les contraintes de contrôle de la marchandise sont beaucoup plus lourdes et les prix plus élevés. Il cite à l’appui des échanges avec les responsables de deux entreprises, ainsi que les difficultés du terminal combiné du Havre, équipement similaire et dont le gestionnaire a déposé le bilan depuis. Ainsi le commissaire enquêteur préconise de “conserver et améliorer la gare du Canet et de faire passer par Fos le fret de transit maritime”. Si un terminal combiné est bien prévu à Fos, il est encore moins avancé que celui des bassins Est. Surtout il n’est pas financé.

Pour Mourepiane, malgré un financement de plus de 60 millions d’euros bouclé (dont 75% d’argent public) la situation, déjà délicate, se complique. “L’impression générale qui ressort de cette enquête est plutôt désagréable : le dossier présenté a été perçu comme une formalité, obligatoire, pour régulariser une situation existante”, écrit le commissaire enquêteur. Reste à savoir comment le préfet va accueillir cet avis.

La loi prévoit en effet qu’en cas d’avis défavorable, le projet doit faire “l’objet d’une délibération motivée réitérant la demande d’autorisation ou de déclaration d’utilité publique de l’organe délibérant de la collectivité ou de l’établissement de coopération concerné”. Avec des acteurs qui se font la malle, l’intérêt de ce projet va commencer à être très dur à justifier.

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