La Casa d’Italia ou l’histoire méconnue d’une petite enclave mussolinienne à Marseille

Interview
le 1 Mar 2025
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Inaugurée en 1935, la Casa d'Italia — aujourd'hui siège du consulat et de l'Institut culturel italien à Marseille — a été pensée comme un outil de propagande par le régime de Mussolini. Un ouvrage passionnant en retrace l'histoire. Entretien avec son auteur, Stéphane Mourlane.

Cérémonie dans la cour de la Casa d’Italia, 22 mai 1938, (© Archivio storico diplomatico, Rome)
Cérémonie dans la cour de la Casa d’Italia, 22 mai 1938, (© Archivio storico diplomatico, Rome)

Cérémonie dans la cour de la Casa d’Italia, 22 mai 1938, (© Archivio storico diplomatico, Rome)

Le vaste bâtiment se déploie en deux imposantes ailes. Rue d'Alger, dans le 6e arrondissement de Marseille, l'actuel siège du consulat général d'Italie et de l'Institut culturel italien est un lieu singulier. Intrigant par son architecture massive, passionnant par son histoire méconnue. Avec l'ouvrage Fascisme et Italiens de Marseille. La Casa d'Italia, Stéphane Mourlane, maitre de conférence à Aix-Marseille université et historien de l’Italie contemporaine, pousse les portes de cet édifice "exceptionnel", comme il le décrit. Cette maison, inaugurée en 1935, répond alors à l'ambition du régime de Mussolini de faire rayonner "le génie italien" hors de la péninsule autant qu'elle donne corps au "fascisme de pierre" dont elle est la seule représentante du genre en France. Un site atypique où convergent, au milieu des années 30, chemises noires, joueurs de billard, mais aussi population italienne locale désargentée.

 

Comment avez-vous été amené à travailler sur ce lieu dont l'histoire est méconnue de bien des Marseillais ?

Stéphane Mourlane : Je m'intéresse à la question des migrations et particulièrement les migrations italiennes. Or, on dit souvent que Marseille est une ville italienne. Avant la Première Guerre mondiale, elle compte 100 000 Italiens, soit 1/5e de sa population. C'est la plus grande concentration d'Italiens hors d'Italie, après New York. C'est le travail de recherche d'une étudiante qui a attiré mon attention sur l'histoire de cet édifice, car effectivement, elle reste méconnue.

Et puis ce lieu pose la question de l'italianité : c'est quoi être italien en migration ? Quatorze millions d'Italiens ont quitté leur pays avant la Première Guerre. Pour une partie des autorités italiennes, c'est une hémorragie qui affaiblit. D'autres considèrent qu'il faut au contraire y voir le signe de l'expansion de l'Italie. Ils parlent de "colonies" italiennes à l'étranger. Le régime fasciste est aussi un régime nationaliste. Et Mussolini, après avoir tenté de juguler l'hémorragie, va favoriser une politique de défense de l'italianité idéologique.

On peut résumer . . .

Coralie Bonnefoy

Commentaires

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3 commentaires


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  1. MarsKaa

    Merci beaucoup, c’est passionnant !

    Juste en passant, une remarque un brin hors-sujet : le duce Mussolini prônait l’italianité et le communautarisme, voilà qui devrait quelque peu perturber les quelques descendants français de ces « Italiens à l’étranger » qui votent à l’extrême droite « parce qu’il faut lutter contre le communautarisme » …

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    • Charles Albert

      C’est une constante de l’histoire de Marseille, que le fils ou petit- fils issu de l’immigration s’indigne de l’arrivée d’étrangers au motif de l’impossibilité d’intégration vu les différences culturelles. Par exemple au début du XXeme siècle il se disait que les italiens ne pouvaient pas s’intégrer en raison de leur pratique de leur foi catholique.
      Lire aussi l’histoire des migrations à Marseille parue chez Tellene je crois, en 4 tomes.

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  2. Richard Mouren

    Merci pour ces éclairages sur l’édification strate par strate de la population marseillaise dont la culture et la langue ont été enrichis par tous ces apports. Comme Charles-Albert, je m’étonne toujours de ces marseillais d’immigration plus ou moins récente qui fustigent l’immigration actuelle.

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