La bombe de Marseille désamorcée : et les poissons dans tout ça ?

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Érika Riberi
18 Jan 2012 4

La bombe marseillaise a quitté le J4 ce matin, direction la mer. Elle a été acheminée à 30 kilomètres des côtes pour y être détruite. En fin d’après-midi, la préfecture maritime communiquait : opération réussie pour les plongeurs démineurs de la Marine nationale. La bombe n’existe plus. Si elle a été immergée à 15 mètres par 250 mètres de fond et que « des mesures d’effarouchement » des poissons et mammifères ont été mises en place pour limiter l’impact sur la faune et la flore, l’intervention n’aura certainement pas été exempte de toute conséquence. Sandrine Ruitton, maître de conférence à Aix-Marseille Université et membre du laboratoire Marseille Institut Océanographique (MIO) de l’Institut Méditerranéen d’océanographie, nous éclaire sur la question.

Quelles conséquences un déminage de ce genre peut-il avoir sur la faune et la flore maritimes ?

Des ravages, cette bombe en provoquera certainement. Au niveau de la faune, les fonds seront essentiellement des substrats meubles (sable, etc.), donc il n’y aura pas de grosses conséquences à ce niveau-là. Les ondes produites par l’explosion vont en fait surtout toucher à la fois les organismes présents dans les fonds et en pleine eau. 30 kilomètres, cela commence en effet à être loin, mais c’est encore le plateau continental, il n’y a donc pas une très grande profondeur.

Quelles sont les espèces qui ont du être les plus touchées ?

Les cétacés, les êtres vivants comme les tortues qui peuvent être présentes dans la zone à ce moment-là, et les poissons vont être le plus touchés par ce pétardage. Ces derniers possèdent en effet des organes qui leur permettent de percevoir très sensiblement les variations de leur environnement. La ligne latérale, par exemple, qui désigne les capteurs sensoriels présents sur la peau du poisson, ou encore la vessie natatoire, qui leur permet de réguler leur flottabilité et via laquelle ils perçoivent les ondes qui se déplacent dans leur milieu. Dès qu’un phénomène assez violent se produit, les poissons le ressentent donc. S’ils sont proches, cela peut aller jusqu’à les tuer, car ils sont très sensibles aux détonations. C’est d’ailleurs pour cela que la pêche explosive était tant pratiquée il y a quelques années.

Des petites charges acoustiques ont été préalablement envoyées pour faire fuir les mammifères marins et les poissons, le tout sous contrôle visuel. Cela est-il suffisant ?

La mortalité sera effectivement limitée dans la proximité du pétardage, mais ils vont quand même percevoir dans une certaine mesure les ondes. Ils ont du être effrayés et stressés, ce qui n’est, de toute manière, jamais très bon pour eux. De plus, ce n’est pas parce qu’ils entendent une petite explosion et qu’ils ont peur qu’ils vont s’enfuir. Tous n’auront pas quitté la zone franche de l’explosion. Il y a donc du bien sûr y avoir aussi un peu de mortalité, notamment au niveau des cétacés et des poissons pélagiques, c’est-à-dire les poissons comme le thon ou les sardines qui vivent en pleine eau, éloignés des côtes.

Un lien Le récit de la folle journée de déminage par La Marseillaise (inspiré des communiqués de presse de la Préfecture maritime)

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Érika Riberi
Elle prépare une thèse en littérature comparée à l'université Aix-Marseille. Un peu papillon dans l’âme, elle s’échappe chaque mois de la fac pour partager sa passion des livres.


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