Parc Kallisté : des « sparadraps » et toujours pas de démolition

Actualité
le 12 Déc 2017
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Le parc Kallisté est un exemple de la grande difficulté des pouvoirs publics à trouver une solution durable à la situation des grandes copropriétés dégradées. Le 21 décembre prochain, métropole, Ville et État vont signer un protocole d'éradication de l'habitat indigne dont personne ne sait comment il sera financé.

Le bâtiment H du parc Kallisté.

Le bâtiment H du parc Kallisté.

Il y a quelques années, une délégation de l’agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) avait été conviée à visiter plusieurs sites marseillais, dont la copropriété du parc Kallisté. Depuis les hauteurs du parc, juste au-dessus du bâtiment H, en ce jour de grand beau temps, la délégation contemplait le panorama à couper le souffle. « C’est un site idéal pour faire de la valorisation foncière », glissait le délégué général de l’ANRU au directeur de Marseille rénovation urbaine, le groupement qui réunit l’État et les collectivités locales. Les terrains qui surplombent la copropriété dégradée ont vocation à accueillir un jour de nouvelles constructions au titre de la mixité sociale. C’est un des principes des programmes de rénovation urbaine que de tenter d’attirer les promoteurs privés en lisière de logements rénovés.

Six ou sept ans après, les collines sont toujours nues et, à l’aplomb des bâtiments, jonchées de déchets en tous genres. Aucune construction n’a poussé et aucune n’a été démolie. À lire la convention qui lie les collectivités locales à l’ANRU, le bâtiment B devait avoir disparu début 2014. Le H, fin 2015. Deux ans plus tard, les deux barres sont toujours debout. Et on parle de deux années supplémentaires en attendant de voir les collines libérées du béton.

Un grand plan métropolitain sans financement arrêté

La situation de parc Kallisté décrit la grande difficulté des pouvoirs publics à agir dans les grandes copropriétés dégradées alors que la Ville et l’État s’apprêtent à signer un protocole d’éradication de l’habitat insalubre, le 21 décembre prochain. Deux ans et demi après un rapport au vitriol remis au ministère du Logement. Ce protocole vise en premier lieu les grandes copropriétés marseillaises et l’habitat plus diffus du centre-ville. Un plan dont on ne connaît pas encore les grandes lignes de financement, ni la méthode pour agir plus vite et mieux que par le passé.

Élue en charge du logement et de la rénovation urbaine à la fois à la Ville et à la métropole, Arlette Fructus (UDI) met en avant la grande difficulté à agir dans du logement privé, « de manière volontariste » et face à des propriétaires qui font tout pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux. À Kallisté, à Corot, à Maison-Blanche, on retrouve le même mélange détonant de propriétaires occupants, piégés, de marchands de sommeil prêts à tout et de locataires, avec ou sans bail, qui subissent au quotidien les conséquences d’un habitat indigne. Avec toute la force de ce que mot souligne.

Notre dossier sur la rénovation urbaine à Marseille

Un projet et beaucoup d’incertitudes

Au parc Kallisté, le projet validé en 2011 consiste à encourager la rénovation des bâtiments les plus petits, destinés à rester propriété privée, une fois leurs comptes redressés. Ceux-ci doivent accueillir une partie des propriétaires occupants et des locataires issus des deux grands bâtiments H et B destinés à disparaître. Pour le B, c’est quasiment fait. Pour le H, la procédure judiciaire devrait durer encore un an. Pour le reste des bâtiments, le destin n’est pas tout à fait scellé. En attendant, il faut réussir à vider ceux qui doivent disparaître.

Image : Marseille Rénovation urbaine.

Arlette Fructus affirme que des propositions de relogement ont été faites à l’ensemble des locataires. « [Ces familles] vivent parfois à sept dans un T3 et veulent un T7 mais ça, ça n’existe pas. Surtout que beaucoup d’entre elles veulent rester à Kallisté. » Aux dires des habitants rencontrés au bâtiment H, plusieurs familles ont effectivement été relogées au bâtiment G.

Pendant longtemps, le réseau de la cité y avait un point de vente. Chassé par la police, il s’est installé aux B et H. Dans ce dernier bâtiment, les trafiquants ont renoncé du fait de la présence de migrants et des descentes de police régulière [Lire notre deuxième article à la une]. C’est donc le B qui concentre les va-et-vient de la clientèle, juste à côté de l’école du quartier.

La question sécuritaire

Ce jeu de vases communicants vaut aussi pour les appartements. Aussitôt vides, ils sont réinvestis par des occupants sans droit ni titre, qui cherchent un toit en toute urgence. « Honnêtement, cela nous dépasse, insiste Arlette Fructus. C’est à l’État de prendre ses responsabilités. Comment peut-on faire cohabiter des populations en grande difficulté avec l’activité des réseaux ? Moi, je ne sais pas faire. »

Du côté de l’État, on affirme avoir pris la mesure des enjeux et de la complexité de la réponse publique « sans baguette magique » pour accélérer son action. Or, entre la lenteur des procédures et les hésitations des acteurs, les habitants ont l’impression que rien ne change. Ainsi quand on évoque la démolition des barres insalubres, tout le monde soupire en mettant en doute qu’elles tombent un jour.

Logement social de fait

« Franchement, on nous mène en bateau, s’insurge Yahya Benbouziyane, le directeur du centre social Kallisté-Granière. Le premier plan de sauvegarde date des années 2000. Entre 2004 et 2009, on a refait tous les blocs du H, du 38 au 41 : peinture, ascenseur, électricité. Quand on est arrivés au dernier bâtiment, le premier ne fonctionnait déjà plus. On se contente de coller des sparadraps sur un bâtiment voué à la démolition et, en attendant, les problèmes des habitants ne sont pas réglés. » 

Un soupir qui s’approfondit quand on évoque ces appartements murés puis démurés, vidés et aussitôt remplis. « Les gens ici n’ont pas d’autre choix que de trouver un toit, explique une dame qui ne veut « surtout pas » être citée. Peu importe, le statut ou l’origine, les gens veulent être à l’abri. Et tant pis s’il y a des cafards, des rats ou de l’humidité, ce qui compte, c’est le toit. » Chacune des copropriétés joue ainsi ainsi le rôle de logement social de fait, faute d’autres solutions d’hébergement ou de logement plus durable. Ce sont donc les marchands de sommeil des grandes copropriétés et les ensembles plus petits du centre-ville qui, à Marseille, accueillent les plus pauvres, les plus fragiles.

Rectification le 12 décembre à 16 h 40 : contrairement à ce que nous écrivions, le directeur du centre social Kallisté-Granière Yahya Benbouziyane n’habite pas au parc Kallisté.

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