Hué au meeting de Vassal (LR), le macroniste Agresti admet « une difficulté à rassembler »

Interview
le 6 Août 2019
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Macroniste sans être marcheur, le doyen de la faculté de droit Jean-Philippe Agresti a accepté d'intervenir lors du dernier meeting de Martine Vassal (LR). Sifflé par les soutiens de la présidente du département, il confie à Marsactu qu'il espère toujours un projet rassemblant allant du centre-gauche au centre-droit.

Le doyen de la faculté de droit et macroniste, Jean-Philippe Agresti. Photo: Emilio Guzman

Le doyen de la faculté de droit et macroniste, Jean-Philippe Agresti. Photo: Emilio Guzman

Il avait choisi la campagne souterraine, celle des dîners en ville et des échanges bien placés avec ceux qui comptent, à Marseille avec Jean-Claude Gaudin, comme à Paris avec le président de la République. Mais le directeur de la faculté de droit Jean-Philippe Agresti a choisi d’un coup de se lancer dans la lumière, au Silo le 4 juillet devant plus de 1500 personnes. Lors de ce meeting de Martine Vassal, présidente de la métropole et du département attendue dans la course à la mairie dont il assurait la première partie, il a été hué. Une douche froide pour le projet d’union LR-LREM. Et une dure première pour lui, fruit d’une initiative individuelle – il n’est pas adhérent LREM – que le doyen commente pour la première fois pour Marsactu. Il assure ne rouler pour personne, pas même pour lui-même… Tout en préparant un projet pour la rentrée.

Marsactu : C’est la première fois que vous vous exprimez après les huées lors de votre intervention lors du meeting de Martine Vassal. Comment les avez-vous reçues ?

Jean-Philippe Agresti : Je n’ai pas ressenti cela comme une attaque personnelle mais comme une difficulté à rassembler, plutôt qu’à diviser. Or, c’est là que je pense servir car Marseille a besoin d’une union des forces républicaines et démocratiques alors qu’elle est à un tournant de son histoire qui rend nécessaire un changement de politique. C’est ce message que j’étais venu porter devant ce public comme je le fais régulièrement en plus petit comité. J’ai envie d’agir pour ma ville et d’unir les forces républicaines et démocratiques. Agir, c’est ce que je fais déjà dans mon métier, dans les villes où j’exerce, Aix et Marseille.

Ce n’était donc pas un soutien à la candidature de Martine Vassal ?

Non. Ma démarche n’est au service d’aucune équipe, d’aucun parti. La seule fois où je me suis engagé, c’est en 2016, au service de la candidature d’Emmanuel Macron, c’est ce que j’étais venu dire ce soir-là. Si des gens comme moi, qui n’ont pas de passé politique, qui viennent de ce qu’on appelle la société civile, ne prennent pas de risques alors c’est qu’ils n’ont pas compris la hauteur des enjeux, la nécessité de changer de méthode. Comme je l’ai fait pour Martine Vassal, je pourrais le faire pour Samia Ghali ou d’autres situés au centre-droit comme au centre-gauche, pour porter ce message d’union face aux extrêmes.

Sur les réseaux sociaux, vous avez montré votre soutien à la tribune rendue publique par la députée Claire Pitollat. Sans vous nommer, elle vous cite dans ce texte et dit son inquiétude de vous voir sifflé. Entendez-vous cette inquiétude alors que vous dites que l’union est nécessaire ?

Je souscris à une bonne part de ce que Claire Pitollat a écrit dans cette tribune. Après, ce sont ses mots. Là où elle ressent de l’inquiétude, je vois une difficulté. Pour moi, cela veut dire qu’elle peut être surmontée. Mais, pour cela, il faut changer de méthode et construire ensemble un projet. Depuis plusieurs mois, on entend de toute part la nécessité d’un engagement de la société civile. C’est ce que dit Martine Vassal, ce que dit Samia Ghali, ce qu’est venu dire le président Macron lors de sa visite à Marseille. C’est ce que je suis venu dire à cette réunion publique.

Mais est-ce qu’en faisant cela, vous ne vous êtes pas « grillé » dans la course à l’investiture en marche ?

« Grillé ». Le mot même relève de l’ancienne méthode. Ce serait le cas, si j’avais fait cela au service d’une démarche personnelle. Avant d’être, ce qui importe, c’est de faire. De construire un projet de rassemblement. Partout en Europe, les partis d’extrême-droite ont brisé le plafond de verre. Il est complément fou de croire que les Bouches-du-Rhône seraient le seul endroit où ça ne serait pas possible. Pour cela, il faut s’entendre autour d’un projet. Or, savoir ce qu’on ne veut pas, ce que l’on combat est nécessaire mais ce n’est pas suffisant. Pour que cela devienne suffisant, il faut s’entendre sur des fondamentaux. C’est ce à quoi je travaille depuis plusieurs mois, sur le terrain, construire ce projet dont la ville a besoin. Par exemple, quel est notre projet pour les quartiers Nord qui forment le centre de la métropole ? L’éducation est au centre, bien entendu, mais aussi la question de l’alimentation, de l’accès à la mer, de l’emploi… Je réfléchis à tous les grands sujets et souhaite mettre cette réflexion au service d’un projet collectif.

Les candidats à l’investiture d’En marche ont déjà dévoilé les grandes lignes de leurs priorités. Yvon Berland présentait dans son projet les mêmes thématiques que Claire Pitollat dans sa tribune, quasiment dans le même ordre…

Effectivement, les têtes de chapitre sont connues. La question est de savoir comment on les nourrit de l’intérieur. Qu’on sache dès le lundi matin, au lendemain de l’élection que les choses vont changer. Pour certains sujets, nous avons besoin d’une vision à 20 ans, sur d’autres, il faut agir immédiatement.

Mais vous croyez vraiment qu’une union est possible avec la droite ?

Je ne veux pas perdre cette fraîcheur de croire qu’une union est possible face à un danger ou une menace. J’assume cette part d’utopie. Je ne vois pas pourquoi Marseille n’en serait pas capable. Il y a un vrai risque vis-à-vis des citoyens d’arriver à l’élection avec une liste de gauche, une de centre-gauche, une ou deux listes de droite et une liste de la République en marche. Or, cette division de l’électorat républicain, du centre-gauche au centre-droit, fera que dans de nombreux secteurs, ces listes arriveront derrière le Rassemblement national, devant à 30 %, suivi par plusieurs listes entre 10 et 15 %. Or, ce n’est pas à ce moment-là que nous pourrons nous entendre sur un projet. C’est maintenant en août 2019.

Pourtant, le calendrier ne vous est pas favorable, avec une décision de la commission nationale d’investiture de La République en marche attendue pour septembre. Êtes vous toujours candidat à l’investiture ?

Ce qui m’importe, c’est le projet. J’espère pouvoir le présenter en septembre. Peut-être en même temps que ma candidature. Mais ce n’est pas important. Ce qui m’importe, c’est rassembler, donner un morceau de mon existence à cette ville qui m’a vu grandir, du Racati, au marché du Prado jusqu’à la faculté de droit. La question de la personne passe après comme celle du calendrier. Si cela doit être en novembre ou en octobre, cela sera à ce moment-là. L’essentiel est que cela ne soit pas au lendemain du second tour.

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