Jean-Marc Ayrault promet une pluie de millions sur Marseille

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Benoît Gilles
8 Nov 2013 16

« Il y a six ans quand je suis venu… Pardon, il y a un an, c’était le 6, je suis venu à Marseille… » Jean-Marc Ayrault débute son discours par un joli lapsus : six ans comme la durée du mandat de maire. Mais juré, craché, promis, si Jean-Marc Ayrault est en visite ce vendredi à Marseille ce n’est pas pour donner de la consistance sonnante et trébuchante aux promesses du candidat socialiste aux municipales, Patrick Mennucci. Sous les ors de la préfecture, c’était « le retour de la République » que le ministre est venu célébrer, rappelant l’effort déjà entrepris, notamment sur le plan sécuritaire et celui qui reste à produire. « Cette action a été engagée avec vigueur, et elle s’intensifiera encore dans les mois qui viennent, car la France a besoin de Marseille », a-t-il une nouvelle fois lancé.

Bien entendu, Jean-Marc Ayrault a commencé par louer le travail effectué sur le plan de la sécurité qui avait été le déclencheur du comité interministériel d’octobre 2012. C’était ce même thème qui l’avait obligé à anticiper sa visite en venant en août, lancer un pacte national pour la sécurité et la cohésion sociale qui se superpose en partie sur les annonces de cet automne.

Pour lui accorder les moyens d’une « ambition nationale et internationale » et devenir la « porte du sud » formule qu’on lui accole depuis la visite d’Albert Londres au début du siècle dernier, elle doit commencer par se connecter à son immédiate proximité et devenir une métropole. Transports, rénovation urbaine, tout avancerait plus vite sans ces « blocages institutionnels qui entravent l’action publique et ralentissent ses projets ».

Face à cela, le gouvernement a trouvé la solution : il s’agit de la métropole en cours d’adoption au parlement. Or, les élus du territoire sont vent debout contre la loi et ses implications. Après avoir reçu l’union des maires des Bouches-du-Rhône, mercredi, il a continué la calinothérapie en rappelant son long passé de maire de Nantes avant de lancer : « Rien ne se fera sans les maires »« Le temps du dialogue n’est pas un temps perdu, a-t-il ensuite martelé. Il permet à chacun de mieux s’approprier les enjeux communs. A mes yeux, c’est une condition de réussite ».

Les maires ont bien entendu cet appel au dialogue. Devant la préfecture, à l’issue de son discours, le micro passe de maire à maire. Ils rappellent le sens de leur combat, avec Jean-Noël Guérini au premier plan en soutien à leur cause. « Nous sommes toujours là, les 109 maires opposés à la métropole », constate Robert Dargonne, le maire (Nouveau centre) d’Eguilles. La sénatrice aixoise Sophie Joissains acquiesce. « L’Etat a besoin des maires pour construire un projet sur le territoire, poursuit Jean-Marc Charrier, maire communiste de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Cela ne se fera pas contre Marseille mais avec Marseille, en construisant une métropole qui reconnaît les spécificités et en révisant dans le fond et la forme le texte de loi en cours d’examen ».

Le premier ministre a bien entrouvert la voie du dialogue en réaffirmant sa volonté de faire entrer des « représentants des maires » dans le conseil des élus qui doit construire durant les deux ans de préfiguration. Il a également annoncé la création d’un « conseil territorial de projet, composé de manière paritaire entre les maires et les représentants de l’Etat ». En revanche, il n’a pas mentionné d’amendement possible de la loi sur la métropole désormais bouclée. La négociation devra donc se faire sur la répartition des compétences et les projets portés plutôt que sur l’institution qui devra les porter.

Côté projets justement, Jean-Marc Ayrault est arrivé les mains pleines en faisant pleuvoir les lignes budgétaires sur l’agglomération. Les plus gros lots concernent le dossier des transports, priorité n°1 de la métropole en construction. Si l’effort se chiffre en milliards, il porte sur une période bien plus longue que les 15 ans « échelle d’une agglomération et même d’une vie humaine », qu’il a pris en mètre étalon. Il en va ainsi de la transformation de Saint-Charles en gare souterraine et traversante d’ici 2030 ou encore du métro prolongé jusqu’à l’hôpital Nord ou Saint Loup. Il a pris l’engagement que l’Etat participe aux études préalables de ce projet comme de celui « du transport automatique entre la gare de Vitrolles et l’aéroport de Marignane ».

Il en va de même pour les 1,5 milliards du plan d’investissements d’avenir dont il s’est bien gardé de dire qu’elle était la nature et le calendrier de décaissement. Au final, la vraie nouveauté de cette ondée financière tient au 37 millions du plan d’urgence. On y trouve 5 millions pour les équipements publics, 2 millions pour l’agence nationale de cohésion sociale, 3,5 millions supplémentaires pour l’accès à la santé, ou encore 3,8 millions de Caisse national d’allocations familiales pour créer 1000 places en crèche ou 500 modules Bafa.

Cette pluie de mesures, la plupart attendues pour 2014, tombe à point nommé pour le candidat socialiste aux élections municipales. Patrick Mennucci a pris bien soin de ne point trop tirer la couverture à lui et être ainsi la cible des critiques. En revanche, son ancienne adversaire des primaires, Samia Ghali n’a pas eu la même pudeur en prenant la parole devant les maires opposés à la métropole. « C’est trop facile de dire que vous êtes des anti-métropoles. Je sais combien vous êtes des élus responsables. Comme vous, je voulais une métropole pleine grâce au soutien de l’Etat. Aujourd’hui, Marseille et les Marseillais ont gagné l’aide de l’Etat, c’est un juste retour des choses ».

De son côté, le maire de Marseille a réuni la presse dans son bureau pendant que Jean-Marc Ayrault rencontrait les patrons du département à la Chambre de commerce. Avec gourmandise, il a rappelé le temps nécessaire à la réalisation des projets en glissant que ce ne serait sans doute pas ce gouvernement qui viendrait couper les rubans tricolores. Il est ensuite revenu sur ces couplets préférés : le soutien à la SNCM, non évoqué par Jean-Marc Ayrault, la participation au financement du Vélodrome, du bataillon des marins-pompiers ou de l’opéra.

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