Têtes d'affiche

Jean Batista, le candidat aixois qui aime beaucoup Maryse Joissains

Échappée
le 15 Fév 2020
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Ancien employé municipal, cette figure d’Encagnane a plusieurs fois mené campagne pour d’anciens maires d’Aix, de droite comme de gauche. Cette fois, il se présente aux élections municipales sous son nom… tout en ne cachant pas son attachement à la sortante.

La pièce sent bon le feu de bois. Une belle flambée crépite dans le poêle et des bûches sont
entreposées contre le mur. Sur la table, où l’on doit régulièrement taper le carton, des feuilles s’amoncellent. Des listings de noms que Jean Batista couve d’un œil gourmand. « On boucle la liste », glisse-t-il, voix rauque et accent roucoulant. C’est là, dans le local du Cercle bouliste d’Encagnane, que le sexagénaire peaufine sa candidature. Punaisée au mur, une affiche le montre sur fond de Sainte-Victoire, sérieux comme un pape, à côté du slogan laconique : « Sans étiquette pour Aix. »

Jean Bastita se lève pour fumer une cigarette. Debout près de l’âtre – chapeau de feutre sur la tête, pardessus gris et gilet de costume bien boutonné sur une chemise bleue ciel – l’homme résume d’une phrase l’essentiel de son ambition pour le scrutin des 15 et 22 mars prochains : « Je veux représenter les gens d’ici. Les gens des cités oubliées. » Et « les ouvriers », ajoute comme un écho, Gilles, son fils qui l’aide à organiser sa campagne.

De toutes les campagnes

On sait bien qu’on sera jamais à la mairie, mais on veut s’exprimer ! Parce que les politiques, on les voit un mois avant les élections, et après, ils disparaissent.

Jean Batista

Retraité désormais, cet ancien employé municipal à la Ville d’Aix a été tour à tour balayeur, éboueur, gardien de gymnase… « J’ai fini dans un bureau », dit-il. « Et moi, quand il est parti, j’ai pris la place », prolonge mine de rien son fils. Dans le local que borde un vaste terrain de boule, les colistiers passent une tête. Chacun y va de son petit mot sur les visées de la liste : « On sait bien qu’on sera jamais à la mairie, mais on veut s’exprimer ! Parce que les politiques, on les voit un mois avant les élections, et après, ils disparaissent. » Les grandes lignes du programme sont « simples » convient Jean Batista. Plus de sécurité dans le quartier, des logements décents, la gratuité des transports, de nouveaux équipements, des espaces verts. « Parce qu’Encagnane, c’est un peu un ghetto. »

Un homme en doudoune sombre se marre : « Jean dans sa vie, il a collé pour plein de gens. Là, il a pris du grade, il fait coller pour lui ! » Jean Batista est devenu agent municipal dans les années 1970, alors que Félix Ciccolini était encore maire. « Un socialiste et un bon petit bonhomme », pose le néo-candidat qui reconnaît sans détour avoir mené les campagnes de plusieurs prétendants au poste de maire ces 40 dernières années. Il égrène : Pich (pour Jean-François Picheral), Alain Joissains, Medvé (comprendre Alexandre Medvedowsky), Maryse. Pourquoi ? « Parce qu’à la ZUP (Encagnane), la ZAC (le Jas de Bouffan) et Beisson, tout le monde connaît l’homme au chapeau ! », assène le fils.

« Maryse ? C’est un vrai homme ! »

Entre un claquement de bises et deux tapes dans le dos, Jean Batista reçoit comme chez lui, dans ce local communal mis à disposition par la Ville d’Aix-en-Provence depuis plusieurs années. Ici, tout le monde l’appelle « Beau ». À 68 ans, l’homme a de l’allure. Dans sa veste polaire bleu marine, son fils sourit : « Mon père, c’était un playboy ! » Issu de la communauté gitane sédentaire, le patriarche aux racines catalanes est né à Nice et vit depuis 40 ans à Aix. Des enfants, des petits-enfants ? « Un camion ! », répond-il tout sourire, avant d’égrener : douze enfants, une cinquantaine de petits-enfants et déjà une dizaine d’arrière-petits-enfants. Comme lui, nombre de colistiers sont issus de la communauté gitane. Pour autant Jean Batista se défend de porter « une liste communautaire. » De toute façon, commente un membre de l’équipe, « les gens, ils votent l’homme. » Et Beau, il en connaît du monde, ici. « Parce qu’il a aidé des paquets de gens, notamment à entrer à la mairie. »

Entre ces murs peints de jaune et de gris, ils sont plusieurs employés municipaux aixois. L’un souffle sans détour : « Maryse, elle m’a tout donné. Le travail, le logement… » Autour de la table, cette demi-douzaine d’hommes livre une analyse similaire du travail mené par leur « adversaire » sortante. Loin d’étriller sa politique, ils la louent. « Elle a bien mené sa barque. Elle s’est bien occupé des quartiers et de la ville en général », lancent-ils en chœur. Dans le local du Cercle de boules, Maryse a bonne presse : « Entière », « de parole », « un vrai homme »… Les éloges pleuvent. On en finit par se demander pourquoi Jean Batista mène un projet concurrent.

Une liste sous-marin ?

La liste d’habitants d’Encagnane serait-elle un sous-marin de celle de la majorité sortante, pour grappiller des voix sur sa gauche ? « Ah, non, non, non… pas du tout ! Moi, je ne suis avec personne mais contre personne », se récrie le patriarche, sur l’air du ni droite, ni gauche. « D’ailleurs, je souhaite bonne chance à tout le monde dans ces élections. » Et les affaires qui pèsent sur la candidate investie par Les Républicains ? Sa condamnation par la cour d’appel de Montpellier à six mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité pour détournement de fonds publics et prise illégale d’intérêts (dont la peine sera examinée par la cour de Cassation lors de l’audience du 19 février) ? « Bah ! Dites-nous une ville où ça se passe pas ?, peste un homme dans sa doudoune sans manche. Et puis nous, on n’est pas juges, pas avocats. »

Le téléphone du fils retentit. Tiens, dit-il en se marrant et en tendant le smartphone pour que l’on identifie le nom de son interlocuteur, c’est justement Sylvain Dijon qui appelle. Mais que veut donc le directeur de campagne de Maryse Joissains au pivot de la campagne de Jean Batista ? « Je l’ai appelé pour parler du Cercle de bouliste puisqu’il va subir des travaux dans le cadre de la rénovation urbaine », répond l’élu de la majorité sortante. Quant à la liste du patriarche gitan, il en tempère la portée : « Jean Batista est une figure locale et sa famille est très implantée. Mais sa liste ne peut pas prétendre représenter toutes les communautés des quartiers populaires. » Il n’empêche que les Bastita père et fils figureront en bonne place parmi les invités de Maryse Joissains, lors d’une réunion prochaine qu’elle organisera à Encagnane. Un rassemblement, inscrit dans le cadre de sa campagne précise Sylvain Dijon, pour (enfin) détailler la réhabilitation du quartier – via une vaste opération de l’ANRU – aux habitants.

À lire aussi : la série « Encagnane, parcours ZUP », par les étudiants en journalisme de Sciences po Aix – EJCAM

Au QG des boulistes, la matinée tire sur sa fin. Un homme assis au bar décapsule une bière. Autour de la table, les proches de Beau recueillent les derniers noms de colistiers. Francisco Marques, enfant de la cité Beisson aux racines portugaises, ambitionnait lui aussi de faire rayonner « la voix des gens des quartiers ». Son mouvement Libert’Aix vient de rallier la liste Batista dans l’espoir « d’améliorer le mieux vivre ensemble », dit-il. Dans l’odeur du feu de bois on devise allégrement de l’échéance électorale à venir. Alors, qui pour emporter la ville ? Maryse, évidemment. A côté de Jean Batista qui ne perd jamais son sourire patelin, un homme interroge, presque vexé : « Ben, franchement, vous voyez qui d’autre ? »

Précision le 17 février : Thierry Grebot, colistier de Jean Batista, tient à préciser que « la liste sans étiquette Pour Aix est indépendante et non un sous-marin de la liste Joissains ». « Notre objectif est d’avoir des représentants au sein du futur conseil municipal afin de faire entendre la voix des gens des cités », assure le responsable de la campagne, tout en précisant que, pour l’heure, aucune stratégie n’est officiellement arrêtée pour le second tour.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Le fils qui a « pris la place » de son père, le père qui a « aidé des tas de gens à entrer à la mairie ». Est-ce que je ne sens pas une vague puanteur de clientélisme décomplexé ?

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  2. Manipulite Manipulite

    Une partie du « système Joissains » est là : clientélisme, népotisme. Sans oublier le non remboursement des salaires indument perçus (jugement du Conseil d’Etat) par Alain Joissains directeur de cabinet.
    Une saga à relent vomitif.

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