Informée de la pollution de l’école Oasis-Aygalades depuis 2011, la Ville n’a rien fait

Enquête
le 8 Juil 2020
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Tandis qu'une expertise vient de confirmer la présence de pollution dans les terres de l'école Oasis-Aygalades, plusieurs documents attestent que les pouvoirs publics avaient connaissance du problème depuis au moins 2011. Il aura fallu attendre 2017 pour que ces derniers agissent.

2011. Une enquête nationale établie un classement des établissements scolaires les plus pollués. Des notes sont alors attribuées aux écoles, de A à C. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, seuls deux établissements écopent de la plus mauvaise note. L’un d’eux se trouvent aux Aygalades (15e). “Les diagnostics ont montré la présence de pollutions qui nécessitent la mise en œuvre de mesures techniques de gestion, voire la mise en œuvre de mesures sanitaires”, écrit dans son rapport le BRGM, le bureau de recherches géologiques et minières, organisme public français de référence dans le domaine des risques du sol. Pourtant il aura fallu attendre 2017 pour que la Ville de Marseille, propriétaire des lieux, ne mette en place des mesures concrètes. Idem du côté de l’Agence régionale de santé.

“La superposition et la contiguïté d’anciennes activités industrielles ne permettent pas de conclure à l’absence d’influence sur la qualité de l’air”, peut-on lire dans la phase 1 de ce rapport du BRGM en ce qui concerne les écoles élémentaire et maternelle. Dans les deux bâtiments, le risque “d’ingestion des sols par les enfants” et celui de “fruits et légumes” cultivés dans les jardins pédagogiques sont pris au sérieux.

Lire aussi : Une expertise judiciaire confirme la pollution des sols de l’école des Aygalades-Oasis

Le groupe scolaire Oasis-Aygalades “doit faire l’objet d’une campagne de diagnostics”, concluent les experts dès 2011. Ils précisent que la Ville doit diligenter cette étude. L’ARS (Agence régionale de santé) est censée se baser sur celle-ci pour mettre en place des “mesures d’évaluation de santé publique et de protection “. Le tout, sous la supervision de la préfecture. Or, loin d’écarter les risques, ces études complémentaires dont la version finale date de 2014 confirment la nécessité d’agir sur ce groupe scolaire.

Pollution avérée

Les deux écoles Aygalades-Oasis 2 et l’école maternelle publique Oasis “ont été classées en catégorie A, ce qui signifie que les sols de l’établissement ne posent pas de problème”, indique l’Agence régionale de santé. Mais il n’en va pas de même pour l’école élémentaire.

Celle-ci conserve son étiquette C et le problème est ciblé : du plomb est présent dans les sols de l’école, sa teneur à proximité du gymnase et du logement de fonction est élevée et constitue une pollution avérée. Les experts du BRGM sont formels, “des mesures sanitaires doivent être mises en place pour supprimer tout contact” avec la terre polluée et l’ARS est chargé “des mesures d’évaluation de santé publique et de protection”. Or, ce n’est que trois ans plus tard que les pouvoirs publics passent à l’action.

Un reclassement huit ans plus tard

En 2017, la mairie engage donc des travaux pour sécuriser les lieux. Des clôtures sont installées aux abords des terrains de sport et gymnase, tout comme au niveau du “jardin d’agrément”, l’emplacement des arbres de la cours de récréation est recouvert, et le jardin de la conciergerie rendu inaccessible. “À la suite de travaux réalisés par la mairie en 2017-2018 et suite à sa demande, l’école Aygalades Oasis 1 a été reclassée en catégorie B (présence de pollution mais les aménagements et usages actuels permettent de protéger les personnes des expositions aux pollutions) par la Direction générale de la Prévention des risques et après étude du dossier par le BRGM en février 2019”, indiquent de concert la préfecture et l’ARS. Il aura donc fallu huit ans pour poser quelques grillages.

Tandis que la préfecture indique n’avoir “aucune compétence juridique” dans cette affaire, dans les couloirs de l’ARS, on indique n’avoir été saisi qu’en 2012, après la parution du rapport du BRGM, “mais c’était d’abord à la Ville d’agir car il s’agit d’un problème environnemental et pas de santé”. Du côté de la Ville, une source indique sous couvert d’anonymat que le dossier n’est arrivé sur la table du service concerné, celui de la santé, qu’en 2017. Sans que celui-ci soit tenu informé des actions entreprises par le service des espaces verts et celui des écoles. Contactées, les adjointes chargées de ces services, Monique Cordier et Danièle Casanova n’ont pas répondu à Marsactu.

“La Ville a attendu le recours de ma cliente pour bouger”

La Ville a attendu le recours de ma cliente pour bouger, estime pour sa part Pascal Luongo, avocat de Michèle Rosa Sentinella. Avant, elle a mis ses agents et les usagers du service public, dont des enfants qui ont ramassé des tomates dans ce jardin, dans une situation dangereuse alors qu’elle se doit de les protéger. Elle les a exposés à la pollution alors qu’elle était au courant depuis 2011 au moins.” Aux Aygalades, après des années d’attente et de questionnement sans réponse sur cette pollution (lire notre article sur ces anciens élèves atteints de cancer qui se questionnent sur les effets de la pollution), on craint toujours d’être oubliés, voire, trompés.

En 2017, lors d’une réunion avec des représentants des pouvoirs publics et des parents d’élèves, ces derniers ont été informés que l’école allait être détruite, et leurs enfants déplacés. L’école Oasis fait en effet partie des écoles dites GEEP, construites dans les années 1960 en charpente métallique, un dispositif qui s’est avéré par la suite peu résistant au feu. Elle devait donc être détruite puis reconstruite en 2020 dans le cadre du partenariat public-privé engagé par la mairie. Avant que celui-ci ne tombe à l’eau.

“Début juillet, ils nous ont dit qu’ils allaient gratter la terre et mettre nos enfants ailleurs”, croit savoir Warda, maman d’élève. Autrement dit procéder à un changement de terre, mais les parents d’élèves comme le personnel de l’école n’ont aucune information sur un éventuel calendrier. Quant aux mesures mises en place en 2017 et 2018 pour rompre le contact avec la terre polluée, beaucoup sont convaincus qu’elles sont inutiles.

“Ils ont mis un système de bâche en nous faisant croire que ça allait isoler les sols. Mais c’est juste du camouflage, rage Mourad, militant associatif du quartier. Les politiques ont enterré ça. Pourtant ils savent depuis longtemps.” Depuis 2011… au moins. En 1998, le site était déjà répertorié dans les fiches Basias, la base nationale des anciens sites industriels. Le document pointait le “dépôt de produits inflammables et l’utilisation d’hydrocarbures.” En 2002, les rédacteurs avaient même tentés de consulter la mairie. Sans que l’on sache quelle réponse leur a été faite à l’époque. Ou si on leur a même répondu.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Cet article résume les marqueurs de la précédente municipalité de Marseille : mépris pour les quartiers nord, méconnaissance des enjeux de santé publique, inaction et je-m’en-foutisme devant les pollutions.

    Il va falloir ouvrir tous les placards et inventorier tous les retards et tous les manquements accumulés depuis deux décennies. Et, quand c’est possible et justifié, demander aux (ir)responsables qui ont fait semblant de gérer cette ville d’aller s’expliquer devant un juge.

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    • PromeneurIndigné PromeneurIndigné

      Alors que surtout ils ont trouvé de l’argent ,pour des travaux qui n’étaient pas prioritaires Ainsi lorsqu’il s’est agi du stade de l’OM réhabilité 2 fois en 20 ans pour d’épisodiques matchs internationaux, de paver le Vieux-Port, de construire le tramway qui fait double emploi, avec le métro sur certaines portions de son itinéraire plutôt que de desservir les quartiers nord et sud. Les dernières en date furent la construction d’une piste cyclable éphémère sur le Prado pendant la période où la ville était confinée.

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  2. Pitxitxi Pitxitxi

    Après les 8 morts de la rue d’Aubagne, tous ces cancers qui vont ravager la vie de malheureux seront à mettre sur le compte de la municipalité sortante.

    En espérant que la justice fera son travail dans cette histoire, et dans toutes les autres.

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