« Il faut aboutir à une vraie co-construction de l’action municipale »

Interview
le 16 Jan 2020
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Alors que nous organisons ce jeudi 16 janvier un débat pré-municipales "Marseillais en 2020 : clients, électeurs ou acteurs ?", entretien avec Laurent Lhardit, président du think tank Le Mouvement qui propose aux candidats une série de mesures visant une plus grande transparence de l'action municipale.

Atelier de concertation du projet "Quartiers libres" en novembre 2014.

Atelier de concertation du projet "Quartiers libres" en novembre 2014.

Ils ont rencontré la liste Debout Marseille ! (soutenue par EELV notamment), le Printemps marseillais, Christophe Madrolle et sont invités par Yvon Berland. Les membres du think tank aux « valeurs social-démocrates » Le Mouvement entendent initier « une gouvernance éthique » à la mairie de Marseille (voir leur note ici). Cela passe notamment selon eux par réserver une plus grande part à la participation citoyenne.

Alors que Marsactu consacre un débat à ce sujet ce jeudi 16 janvier au Théâtre de l’Œuvre, interview de Laurent Lhardit, président du Mouvement et conseiller des 4e et 5e arrondissements (apparenté PS).

Vous faites des recommandations aux candidats notamment en terme de transparence de l’action municipale. Vous considérez qu’il y a un déficit d’information publique aujourd’hui ?

Il y a deux dimensions : d’abord la transparence qui est un élément important du dispositif et la seconde, c’est l’information. Aujourd’hui dans une municipalité, on a besoin de délivrer au citoyen une information exhaustive sur la vie municipale, de lui dire qui prend les décisions et comment elles sont prises. C’est déjà une obligation légale. Nous on veut aller plus loin avec des informations pédagogiques en plus des données brutes. Il s’agit de simplifier le langage de la décision publique, rôle d’une direction de l’information publique, distincte de ce qui existe jusqu’à présent et notamment du marketing territorial. Il faut que ce soit un service à part entière avec des agents recrutés dans un objectif d’information et de communication. 

Beaucoup de vos propositions tendent à faire rentrer les citoyens dans les commissions municipales, c’est la solution à tout ?

Les y faire rentrer, ce n’est pas suffisant. Il faut qu’ils soient formés pour comprendre ce qu’il se passe et comment ça marche. On propose de prendre toutes les commissions de consultation, les conseils de quartiers, les conseils de développement et d’y former les gens. Il faut aboutir à une vraie co-construction de l’action municipale. Dans les missions d’observation, il ne suffit pas de filer des jumelles à quelqu’un, il faut aussi lui expliquer ce qu’il doit observer.

C’est une pierre d’un dispositif qui doit aussi comprendre le déontologue, l’inspection générale des services renforcée, la direction de l’information publique et les citoyens.

Vous plaidez pour la création d’une commission municipale de l’environnement.

Cette commission composée d’élus municipaux aurait deux missions principales. D’abord, elle se saisirait de toute délibération soumise au conseil municipal qui pourrait avoir un impact environnemental pour évaluer celui-ci. Elle aurait des moyens et elle pourrait aussi faire appel à des organismes extérieurs spécialisés.

En parallèle, s’y rattacherait une organisation qu’on appellerait le conseil de l’information environnementale. Il regrouperait des élus, des citoyens, des experts (techniciens ou représentants associatifs). Ils décideraient d’études que la municipalité financerait dans le domaine environnemental. Aujourd’hui, ce serait par exemple de mener une étude épidémiologique sur l’impact des rejets des bateaux de croisière, ce dont on ne dispose pas pour l’heure.

Inspiré par l’institut écocitoyen de Fos-sur-Mer par exemple ?

Tout à fait. Il faut pas seulement intégrer les citoyens, il faut aussi qu’ils soient utiles. Et on voit bien que les gens amènent des sujets. À Fos, ce ne sont pas des structures publiques qui ont amené la prise de conscience au départ.

Pour le logement, objets de beaucoup de questions, les associations de locataires sont déjà représentées. Peut-on aller plus loin ?

On voudrait des assos représentatives de locataires et des citoyens. Le plus simple c’est d’abord de se baser sur des citoyens volontaires dans un premier temps. Il faudra aller sur le terrain et les motiver.

Comment réagissent à ces propositions les politiques que vous rencontrez ?

Nous l’avons dit, ces propositions sont entre les mains de tout le monde dans la sphère républicaine. Je dirais qu’ils le prennent aujourd’hui bien parce qu’ils sont d’accord pour dire qu’il faut faire quelque chose. Ils sentent qu’il y a une nécessité. Mais il ne suffira pas de dire « je les prends ». Ces mesures, c’est ce qu’on en fait. Aujourd’hui, le déontologue existe à la mairie de Marseille mais que fait-il ? Qui le connaît ?

Plus généralement la réponse politique que j’ai souvent eue, c’est que c’est compliqué. On doit rentrer dans des habitudes de travail qui sont tout simplement différentes. Et ça fonctionne dans plein d’endroits !

La municipalité a déjà innové avec des représentants d’associations familiales pour les places en crèche.

Il faut sortir de la posture de consommateur pour aller vers celle de co-construction. C’est pas seulement distribuer les places en crèche mais aussi discuter de la politique de recrutement, par exemple. La compréhension augmentera et peut-être que la confiance entre politiques et citoyens, qui a été tuée par les politiques eux-mêmes, augmentera elle aussi.

De manière plus générale, cela est aussi une manière d’éviter les passe-droit, le clientélisme.

Pour faire le clientélisme il faut être deux. Il y a celui qui distribue et celui qui accepte. Avant c’était simple, ça se faisait à coups d’emploi et de logement. Aujourd’hui il y a raréfaction de l’offre : il n’y a plus rien à distribuer. Ce système est acculé mais il perdure, et désormais, c’est menace contre silence. Les acteurs associatifs par exemple ont peur de se faire couper les vivres. On en sortira seulement par des principes de gouvernance éthique. Et on dira aux futurs élus : on va vous former, vous aurez des codes de conduite. Il y aura toujours la responsabilité politique personnelle qui rentrera en jeu. Rien de ce qu’on aura dit ne fonctionnera sans une volonté politique validée par les citoyens lors d’un vote. C’est pour ça que nous soumettons nos propositions en amont et que nous demandons aux candidats de se prononcer.

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Commentaires

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  1. Laurent Lhardit Laurent Lhardit

    Précision additionnelle, depuis l’interview. En dehors des 4 listes déjà rencontrées à Marseille, au moins une supplémentaire est en train d’étudier le dispositif que nous proposons. Par ailleurs, des listes municipales de communes des Bouches du Rhône ont aussi décidé d’intégrer ces propositions, à Aix, Istres, Salon…
    Nous n’avons pas vocation comme le fait par exemple anticor, à faire signer un engagement, simplement les listes qui adoptent le dispositif en feront état dans leurs projets municipaux.

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