Hayat Atia, l’électron libre de la droite stigmatisée par son propre camp
Après le conseil municipal d'octobre, des membres du groupe d'opposition de droite Une volonté pour Marseille se sont agacés des prises de positions de la conseillère municipale Hayat Atia en séance. Certains lui reprochent un rapprochement "idéologique et communautariste" avec la gauche. L'élue s'en est ouverte à la présidente Vassal, qui a rappelé ses troupes à l'ordre.
Hayat Atia et Marion Bareille. (Photo : Marie Lagache)
“Si je suis un problème, qu’on me vire !” Avec son tempérament bien trempé et son verbe haut, Hayat Atia, conseillère municipale d’opposition (sans étiquette) élue dans la majorité des 13e et 14e arrondissements de Marion Bareille (Les Républicains), n’est pas du genre à s’embarrasser de fioritures. Ce jeudi 12 décembre, en marge du conseil municipal de Marseille, l’élue ne mâche pas ses mots : “Je suis différente de certains logiciels. Et pour des élus de mon camp, ce n’est pas acceptable. Je ne fais pas partie de la droite dure et c’est cela, je crois, qu’on me reproche.” Elle assume, dit-elle, de prôner “une droite sociale et non sectaire”. Ce qui a fait, ces jours derniers, grincer quelques dents et s’exprimer plusieurs voix au sein du groupe Une Volonté pour Marseille. Ce petit coup de grisou en interne a été l’objet d’un recadrage par Martine Vassal elle-même, le lundi 9 décembre, lors de la réunion de groupe préparatoire au conseil municipal.
Pour comprendre le déroulé des faits, il faut remonter au conseil du 18 octobre. La séance est marquée par plusieurs interventions d’Hayat Atia. Elle fait part de “son rêve” de voir une maison de la culture éclore dans les quartiers Nord, qui recèlent “des talents cachés“. Ou bien s’associe à la démarche de la majorité de Benoît Payan de créer un prix Ibrahim Ali dans les écoles de la ville. “Heureusement qu’il y a des sujets qui peuvent transcender les courants partisans, des choses où droite et gauche peuvent être d’accord ! Sur les questions mémorielles ou quand il s’agit d’envisager les Marseillais dans toute leur diversité, par exemple, nous avons de points de convergence avec elle”, note-t-on à gauche. Et lorsqu’Hayat Atia compare le sénateur d’extrême droite Stéphane Ravier à un “charognard avec [de] grandes plumes défraîchies”, l’élue de droite est applaudie par la majorité municipale. Mais pas par son camp.
“Ses positions n’engagent qu’elle”
Au sortir de ce conseil-là, plusieurs élus de la droite locale masquent mal leur irritation. Un membre du groupe lâche sans détours : “Avec Hayat, on a un sujet, là.” Joint quelques jours plus tard, un élu de droite abonde : “On était tous très agacés. On s’est dit : non mais qu’est-ce qu’il se passe, là ?” En cause, des prises de position jugées trop personnelles et trop proches du Printemps marseillais : “Au conseil [d’octobre], elle a joué la partition de la gauche, il fallait voir la tête de [Valérie] Boyer assise à côté d’elle ! Avec Hayat, ce sont toujours des séquences d’opportunité. Dès qu’elle le peut, elle saisit l’occasion pour s’exprimer. Elle ne se coordonne pas avec le reste du groupe et ses positions n’engagent qu’elle.”
Mais, à entendre cette source, plus que la forme, ce qui hérisse l’aile la plus à droite des rangs d’Une volonté pour Marseille, c’est surtout le fond que défend l’élue des 13/14. “Ces moments où elle rappelle son passé, lié aux règlements de compte [Hayat Atia a perdu plusieurs proches dans des narchomicides, NDLR], ou lorsqu’elle évoque Gaza, évidemment, chez nous, c’est clivant, ça crispe…”, dit-il. Un interlocuteur voit même dans ses prises de position “du communautarisme”. Un autre évoque “un rapprochement idéologique et communautariste exacerbé avec une partie de la gauche”. Le même élu précise : “Ses interventions ne sont que sur ce sujet-là ! Elle n’a une réflexion que sur ça !” Puis il reprend un argument maintes fois déployé par le Rassemblement national en séance : “Quand on parle sur Ibrahim Ali, on peut aussi intervenir sur les deux jeunes filles mortes à la gare Saint-Charles [décédées dans un attentat islamiste, NDLR]…”
À chaque fois que quelqu’un de l’extrême droite ouvre la bouche, elle en fait un combat personnel, pour afficher ses racines.
Un élu de droite
Ce qui passe mal, également, ce sont ces piques incessantes qu’elle lance au RN. “À chaque fois que quelqu’un de l’extrême droite ouvre la bouche, elle en fait un combat personnel, pour afficher ses racines…” Or, une partie de la droite ne sait clairement pas encore sur quel pied danser à l’égard du RN en vue des municipales. Pour un cadre du groupe Une volonté pour Marseille, “la trajectoire d’Hayat n’est pas lisible”. Il ajoute : “Le 13/14 est un secteur où, politiquement, on se pose pas mal de questions. La droite peut gagner en 2026, comme la gauche ou le RN… Est-ce qu’elle se cherche un point de chute là ?” À ses yeux, en tout cas, “ce n’est pas constructif” de sans cesse renvoyer l’extrême droite dans ses buts.
Free Palestine
Interrogée, en début de semaine dernière, sur ces différents points, l’élue revendique ses prises de position. “Quand la gauche fait quelque chose de bien, j’applaudis. Et quand c’est l’inverse, je vote contre”, affirme-t-elle, pour écarter toute compatibilité supposée avec la majorité actuelle. “Et j’assume de m’engager dans la défense de tous les civils, dans tous les pays. J’ai clairement dénoncé les actes terroristes du Hamas du 7 octobre. Et je dénonce le fait qu’à Gaza, des enfants meurent dans un silence assourdissant. C’est un massacre. Et si vous voulez que je le dise : Free Palestine, c’est tout.”
Qu’est-ce qu’on me reproche, en filigrane ? D’être ce que je suis ? Je suis Hayat, fille de Khalifa et fière de l’être !
Hayat Atia
Quant au procès en “communautarisme”, Hayat Atia interroge : “Mais sur quels actes ? Sur quels propos peut-on dire ça ? Qu’est-ce qu’on me reproche, en filigrane ? D’être ce que je suis ? Je suis Hayat, fille de Khalifa et fière de l’être !” Elle rappelle qu’elle est née, de parents originaires d’Algérie, à la Belle de Mai — “difficile de faire plus marseillais!” — et fustige ceux qui s’expriment anonymement : “Ils n’ont pas le courage de venir me dire tout cela en face. Ils sont sales de lâcheté.”
“on s’enrichit de nos différences“
À l’annonce, par Marsactu, des propos tenus par des membres de son camp, la conseillère municipale a, précise-t-elle, “exprimé [son] mécontentement” et informé Martine Vassal. Laquelle a recadré l’ensemble de son groupe lundi 9 décembre. Le message ? “Basta ! On arrête de déconner sur ça, parce que c’est intolérable”, indique un cadre de la droite marseillaise. “Martine Vassal a pris la parole là-dessus et moi aussi”, confirme Denis Rossi, également conseiller municipal dans le 13/14. “J’ai dit que ce type de propos n’avaient pas leur place”, dit-il. “En retour, dégun a parlé. Personne n’a évoqué quoi que ce soit. J’ai juste récolté des hochements de tête.” Sollicitée par Marsactu en marge du conseil municipal, Martine Vassal insiste : “C’est une évidence qu’on s’enrichit de nos différences. Et moi, je ne supporte pas ceux qui vivent les uns contre les autres.”
Pour elle, comme pour l’entourage de Marion Bareille, la conseillère, qui “a une grande connaissance et un ancrage fort dans le secteur, ce qui n’est pas le cas d’autres élus”, est “une plus-value”. L’argument “communautaire” fait bondir à la mairie du 13/14 : “Je ne comprends pas pourquoi [ces élus] disent cela ! Si voter la construction d’une mosquée parce que les gens prient dans la rue, c’est être communautariste, eh bien, je dis non !” Quant à ses prises de positions pour Gaza, elles “épousent plutôt bien le secteur”.
L’épisode n’est pas dénué d’arrière-pensées politiques et souligne, si besoin était, certaines des lignes de fracture à droite. Car Hayat Atia est aussi la protégée politique de Nora Preziosi. Un autre “électron libre”, selon l’expression d’un cadre de la droite, qui promet de peser dans le combat municipal à venir, notamment dans le 13/14. “Nous qui prônons l’union, leur attitude à toutes deux est à la limite de l’acceptable”, affirme ce même conseiller municipal. “Mais grâce à Nora, on a battu le RN dans notre secteur. Je ne la lâcherai jamais. Je préfère mourir politiquement”, rétorque Hayat Atia. D’ici là, elle le dit dans un mince sourire, il faudra continuer à faire avec elle. Comme une épine dans le pied de la droite la plus conservatrice.
Commentaires
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Ces élus qui réfléchissent uniquement en “discipline de parti, soumission à la ligne, pas une tête qui dépasse”… et qui cachent très mal leur racisme… sont totalement accrochés à leur siège, et dépassés par la marche du monde, effrayés.
Je ne connais ni les qualités ni les défauts ni l’historique de cette jeune femme, Hayat Atia, mais être une femme libre, c’est important, surtout face aux cacochymes.
Se soucier du sort des habitants du Nord de la ville, quand on est élue dans ces quartiers, me semble logique !
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Moi aussi j’aurais aimé voir la tête de Valérie Boyer 🤭
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J’aurais tout de même bien aimé connaître ses positions “de droite”. Car quand on lit l’article, elle est plutôt à gauche, voire très.
Ça fait plutôt mal à la gauche qu’à la droite…
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si pour toi la gauche se résume à être antiraciste ou décolonial…
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Elle est du 13/14, l’arrondissement symbolique des magouilles de gauche du temps de gloire du PS13, avec Andrieux, Jibrayel père, Hovsepian et compagnie et le territoire “d’élection” de la famille Masse.
Certains sont passés par la case prison, beaucoup par le tribunal, et tous se sont retirés (officiellement) de la vie politique.
Comment une personne comme Hayat Atia peut s’identifier à eux ? A l’instar de Sami Benfers ou Djouda Boukrine, elle se fait convaincre par l’équipe de Vassal pour la rejoindre. Face à une gauche discréditée (je cause du secteur, pas au niveau de la ville) les sirènes rassurantes de Vassal et de ses missi dominici Galtier et Bareille ont fait leur effet.
Beaucoup en sont revenus, après avoir pris conscience qu’ils et elles étaient les arabes de service. Peut-être le tour d’Hayat Atia viendra, peut-être pas car elle est la “dauphine” de Nora Preziosi (mais bon un tel marrainage, mieux vaut parfois s’en affranchir)
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oui, c’est possible qu’hayat atia, réalise la mystification et reprenne ses esprits…à suivre !
petite précision : la famille masse a sévi dans son fief de chateau gombert, les 3 lucs (3e circo)….. il ne se sont pas trop approchés des 13, 14, 15, 16 arrdts. qui ont été le terrain de jeu de andrieux et jibrayel effectivement.
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@julijo Chateau-Gombert c’est bien le 13e, la liste Printemps Marseillais menée par Jérémy Bacchi dans le 13/14 avait Florence Masse en n•2, Christophe Masse a été conseiller départemental du canton n•6, soit quasiment tout le 13/14, conseiller général du canton des Olives soit tout l’est du 13e, député de l’ancienne 8e circonscription qui a l’épouse était centrée certes sur le 12e mais débordait largement sur le 13e jusqu’au Merlan.
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Je parlais des circos.
Un bout du 13, la lisière du 14
Masse a tenté la mairie des 11-12…..et la 1ere circo. Sans réussite.
Bref, c’est une telle pagaille entre les secteurs municipaux les circos et les cantons !!!
(Florence est la soeur de Christophe.
L’épouse ?????)
Mais le principe est le même, quel que soit le secteur d’ailleurs les magouilles en tout genre font flores. Ce qui est le plus concernant c’est que ça perdure…
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Je rejoins Hayat Atia, que je ne connais pas, sur un point au moins : l’extrême-droite, on ne débat pas avec elle, on la combat. Ce qu’une partie de la droite, dont les convictions sont solubles dans les échéances électorales, a oublié.
A part ça, free Palestine, évidemment.
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+1
les échéances électorales futures rendent les élus de la “droite et du centre” (appellation d’origine), tout aussi communautaristes …il s’agit de la grande communauté de la droite décomplexée !
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bravo à elle !
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C’est fou ce besoin qu’ont certains élus d’importer le conflit israélo-palestinien dans le débat politique en France. Dans quel but en fait?
Comme si le pays en avait besoin. Comme si cela concernait les affaires municipales.
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Le but : salir , dénigrer, accuser l’autre d’antisémitisme.
Les élus qui importent ce conflit sont issus de LR de renaissance de la droite en général.
Hayat Attia ne semble pas en faire état, mais juste répondre honnêtement quand on lui en parle et probablement pas ds son boulot d’elue.
C est suffisamment rare pour le
remarquer. C est aussi réconfortant pour le démocratie.
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Que signifie pour vous “ne pas importer le conflit israelo-palestinien” en France ? Vous pensez que la France n’est pas concernée ni impliquée dans l’historique de ce conflit ? Vous pensez que Marseille n’est pas concernée ni impliquée ? Combien de franco israeliens à Marseille ? Combien de franco palestiniens ? Combien d’associations de soutien à Israël, à la Palestine, à la Paix au Proche Orient ? Combien d’universitaires francais et “aixo-marseillais” qui travaillent sur ce conflit ? Combien d’entreprises qui travaillent avec Israël ? Etc… Ce conflit nous concerne, directement. A plus d’un titre.
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Je pense que les marseillais se sentiraient plus sereins si le budget de la ville était en excédent, si les impôts locaux diminuaient, si les écoles étaient rénovées, si la police municipale servait à quelque chose, si les immeubles arrêtaient de s’effondrer, s’il y avait plus de piscines et si les plages étaient propres.
Cette liste des compétences municipales est certes non exhaustive ; mais j’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé les guerres au proche orient dedans.
En revanche, toutes les raisons que vous évoquez concernent non pas la municipalité mais… les électeurs! Et elles sont parfaitement valides.
Donc merci d’avoir répondu à ma question initiale : certains élus importent le conflit israélo-palestinien dans le débat politique en France dans un but électoral. CQFD
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@julijo
Je suis ravi de constater que – tout comme moi sans doute – vous n’entendez plus les innombrables saillies hostiles à Israël, pays qui a l’air d’obséder certains élus LFI.
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SLM, une chance !! hayat atia n’est pas une élue LFI !
je partage et adhère au commentaire de MarsKaa.
je rajouterais simplement qu’il est aussi question d’humanité au sens large du terme.
la “position” sur ce sujet des élus municipaux et autres m’intéressera toujours et influencera mon écoute et mon soutien à leur égard.
évidemment, après une attaque terroriste et meurtrière (celle 7.10.23) israel avait parfaitement le droit de se défendre, mais pas en organisant un génocide et en espérant la disparition de la palestine.
je réserve mes propres saillies hostiles à netanyahou et ses sbires, et pas du tout au peuple israélien.
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Et oui, pour une fois que ça n’est pas LFI, cela mérite d’être souligné.
En tout cas, on n’entend pas beaucoup les élus marseillais sur le conflit au Haut-Karabagh et la centaine de milliers d’arméniens qui ont dû fuir le territoire. Pourtant la taille de communauté arménienne marseillaise n’est pas négligeable.
Pareil pour le conflit au Yémen.
Enfin, n’étant ni juge ni procureur en exercice sur le conflit israélo-palestinien, et encore moins un expert, je me garde bien d’affirmer qu’un génocide y est en cours.
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@SLM vous ne avez pas entendu d’élus marseillais sur le conflit en Artsakh (merci d’utiliser le nom arménien). Mais dans quel vissage de haute montagne recule de tout vivez-vous ? Si vous viviez à Marseille vous auriez pu assister aux rassemblements de la communauté arménienne organisés devant la préfecture ou sur le vieux port, les politiques présents n’étaient pas seulement Ohannessian ou Parakian.
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pour statuer sur génocide ou autre…pas de souci, on peut se passer de votre avis, beaucoup d’ ONG le font, amnesty international, la fidh également, l’Onu s’en approche de très près et condamne netanyahou et un dirigeant du hamas…..point besoin de vous, ni de juge, ni d’un procureur !!
merci à “ruedelapaixmarcelpaul” d’informer, j’ai participé à des rassemblements de soutiens organisés par les arméniens pour le haut karabagh.
je ne crois pas avoir d’humanité (toujours au sens large) à géométrie variable…quoique habitant st julien-beaumont….
à vous …
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Ah ah ah ! “A vous…” : ça me rappelle furieusement quelqu’un d’autre. D’ailleurs, on l’espère en bonne santé.
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Les chaises ” musicales” ça commence… la droite n’en veut plus alors virage à gauche et on appelle au secours Martine Vassal au lieu de démissionner puisqu’elle subit le racisme ? Et puis importer un conflit qui ne nous concerne pas ( je compatis) à des fins politiques c’est minable.
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