Habitat indigne : la métropole veut traiter 150 immeubles supplémentaires

Actualité
Benoît Gilles
1 Mar 2019 7

Le conseil métropolitain du 28 février a voté un nouveau paquet de mesures destinées à accélérer la lutte contre l'habitat indigne. 147 immeubles dégradés ou indignes doivent être traités en priorité, notamment à Noailles. Le permis de louer doit y être expérimenté dès octobre.

Conseil métropolitain, février 2019.

Conseil métropolitain, février 2019.

Comme un symbole, le conseil métropolitain a élu ce jeudi, un nouveau vice-président. Le maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône, Mathias Alvarez prend la place de Bernard Jacquier, dont la nouvelle présidente avait accepté la démission après la révélation par la Marseillaise de son statut de bailleur d’un logement signalé insalubre. Mais cette démission ne concerne que les fonctions exécutives de l’élu comme c’est le cas pour Xavier Cachard à la région et Thierry Santelli, à la Ville et au département. Les trois hommes restent élus de ces assemblées, à moins qu’eux-mêmes ne décident de démissionner de leurs mandats.

Bernard Jacquier avait prévu de s’exprimer pour la première fois en public. Mais la présidente ne lui en a pas laissé le loisir. En revanche, l’élue socialiste Marie-Arlette Carlotti a une nouvelle fois demandé la démission « de nos collègues indélicats ». « Même si je suis consciente qu’il y a la présomption d’innocence, nous nous devons d’être exemplaire et de ne pas profiter de la détresse de nos concitoyens », ajoute-t-elle encore. Martine Vassal ne commente pas cette demande et ne laisse pas Bernard Jacquier lui répondre. Celui-ci se lève donc et descend dans l’hémicycle pour s’entretenir avec l’ancienne ministre socialiste.

Tourner la page

« Il m’a dit qu’il n’était pas un marchand de sommeil et qu’il avait souhaité s’exprimer sur sa situation sans pouvoir le faire, raconte Marie-Arlette Carlotti. Il se dit harcelé par les collectifs et meurtri. » L’avocat et compagnon de route de longue date de Jean-Claude Gaudin remet le texte de son intervention à l’élue socialiste et quitte l’hémicycle. Joint par Marsactu, il confirme n’avoir pas pu s’exprimer et dit « réfléchir à une forme propre d’expression ». Sans mettre en jeu sa démission. La métropole pilotée par Martine Vassal entend tourner la page et le faire vite.

La jeune institution doit offrir un bilan à sa nouvelle présidente, notamment sur cette question de l’habitat indigne, devenue une priorité de court terme. Pas le temps donc de tirer des bilans publics, de distribuer les bons et mauvais points. Même si Martine Vassal n’omet pas de pointer la responsabilité de la Caisse d’allocations familiales ou de l’agence régionale de santé quand il est question de la lutte contre l’insalubrité. En revanche, pas un mot sur le service communal d’hygiène et de santé pourtant sur la sellette (lire notre article). La feuille de route de Martine Vassal est là : accélérer pour avoir des résultats tout en ménageant les élus de sa majorité et le maire de Marseille.

147 immeubles de plus dans le viseur

Le conseil de ce 28 février ajoute donc un nouvel étage à la fusée que Martine Vassal veut mettre sur orbite depuis novembre 2018, avec un total qui était alors chiffré de manière vague à 600 millions d’euros, participation de l’État comprise. Dans les délibérations comme dans l’hémicycle, pas un mot n’est dit en bilan des deux opérations d’éradication de l’habitat indigne confiées à Marseille Habitat et Urbanis que la métropole propose à la fois de prolonger dans la durée de 2019 à 2021 et d’intensifier dans le nombre d’immeubles traités.

Les deux opérateurs devaient traiter chacun 75 immeubles « soit par démolition, restructuration ou réhabilitation durable en vue de la remise sur le marché de logements » à échéance 2019. La métropole augmente de cinquante leur objectif et met 15 millions supplémentaires par concession pour financer cet effort. 281 immeubles sont listés comme cibles potentielles de cette politique.

En parallèle, la Soleam, bras armé immobilier de la Ville et la métropole, se voit confier une liste de 47 immeubles à acquérir et rénover pour un total estimé à 32 millions d’euros.

En juin 2017, bien avant la rue d’Aubagne, la métropole avait déjà prolongé les concessions confiées à ces opérateurs. Avec une esquisse de bilan, bien difficile à mettre en cohérence. 362 immeubles auraient ainsi fait l’objet « d’une intervention » mais à l’échéance du 31 décembre 2015, seuls 208 d’entre eux avaient fait l’objet de travaux. À regarder de près les nouvelles concessions confiées aux deux opérateurs et à la Soleam, on retrouve bon nombre d’immeubles mis en péril ces derniers mois, comme le 37, rue Thubaneau (lire notre article), le 22, rue des Feuillants (lire notre article) et une grande partie des rues Jean-Roque et d’Aubagne.

Le retour du logement social en centre-ville

Pour le Parti communiste, Marc Poggiale souligne que cette accélération est « la reconnaissance implicite que pas grand chose n’avait été fait auparavant ». Et même si les élus de son bord participeront à l’unanimité des suffrages sur ces rapports, il s’interroge : « Il y a aujourd’hui, plus de 2000 personnes délogées depuis novembre, nous espérons qu’ils seront prioritaires et que les immeubles préemptés permettront de faire du logement social. »

Là encore, le refrain d’hier n’est pas la chanson d’aujourd’hui. Les élus municipaux  serinaient en novembre qu’il n’était pas possible de faire du logement social en centre-ville de Marseille, au titre des quartiers prioritaires de la politique de la ville (lire notre article). Désormais, tous les immeubles traités doivent être vendus à des opérateurs publics pour y faire du logement social. 13 habitat, le bailleur social du département doit ainsi acquérir 100 logements dans le centre-ville pour y faire ces HLM réputés impossibles à produire.

« Notre propos politique est de construire beaucoup plus de logements sociaux, souligne son président Lionel Royer-Perreaut (LR). Mais ne nous voilons pas la face. Nous sommes dans une ville populaire, une ville pauvre où entre 150 et 200 000 personnes vivent avec les 484 euros du RSA. Pour certains, ils ne sont pas éligibles aux logements sociaux. Il nous faudra donc proposer des dispositifs d’hébergement adaptés à ces publics ». Pour l’heure, cette suggestion récurrente n’est traduite dans aucune délibération ni au département, ni à la Ville, ni à la métropole.

Elle sera peut-être reprise lors des assises de l’habitat prévus pour le 23 mars prochain et dont les conclusions doivent permettre d’amender le programme local de l’habitat (PLH), le document qui fixe pour six ans la stratégie de la métropole sur ce sujet. « Pourtant vous le soumettez au vote quelques jours plus tard », s’étonne Christian Pellicani, pour le PCF. Qu’importe, le PLH comme le plan local d’urbanisme intercommunal en enquête publique jusqu’à lundi sont censés évoluer avec les conclusions de ces assises.

390 logements par an visés par le permis de louer

Enfin, dernier morceau de choix de la séance, la mise en place à titre expérimental d’un permis de louer sur le quartier Noailles. Marseille n’avait auparavant pas souhaité mettre en place ce dispositif optionnel prévu par la loi ALUR de 2014. Il conditionne la remise en location d’un logement en location à l’obtention d’un permis de louer, délivré en fonction de l’état du logis. « Mais attention, en 2016, Arlette Fructus disait ne pas avoir les moyens de le mettre en place, souligne Marie-Arlette Carlotti, ex ministre déléguée à la lutte contre l’exclusion. Si vous ne mettez pas les moyens humains, les propriétaires sans réponse verront leur logement recevoir un permis sans même avoir été visités. Il faut savoir aussi combien de logements vacants sont susceptibles d’être mis en location dès aujourd’hui. »

« Il sera opérationnel au troisième trimestre 2019, rassure Martine Vassal. La zone concernés compte 1588 logements locatifs privés. 25 % sont mis en location chaque année, ce qui représente 390 logements par an. Pour l’heure, deux personnes sont censées travailler sur ce nouveau dispositif. Le but de l’expérimentation est justement de le faire évoluer et, pourquoi pas, de l’étendre à d’autres centres anciens mais aussi aux grandes copropriétés dégradées ».

Vertueux sur le papier, le dispositif peut également avoir un effet centrifuge en renvoyant loin du centre les familles les plus fragiles, louant les logements les plus dégradés, parfois sans bail officiel. « Il faut être prudent, prévient Xavier Méry, l’élu membre de l’exécutif de la métropole qui doit suivre la mise en œuvre. Nous devons d’abord vérifier quel est l’effet du dispositif sur le marché immobilier pour ajuster nos actions. Il n’est pas question que ce dispositif chasse les plus fragiles vers les copropriétés en nourrissant ainsi un marché noir du logement. »

C’est là toute la difficulté du sujet de l’habitat dégradé. L’objectif est un oxymore : l’urgence commande d’agir partout en même temps, tout en fixant des priorités.

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