À Saint-Barthélémy, la grosse cheminée de la rocade L2 fait déjà tousser les habitants

Actualité
Benoît Gilles
5 Juil 2016 2

En terme technique, on l’appelle trémie aéraulique. Elle doit permettre d’évacuer l’air pollué d’un des tunnels du tronçon Nord de rocade L2 (dont la partie Est ouvre en juillet). Entre la Busserine et la Benausse, l’autoroute urbaine dessinera une muraille de plusieurs mètres de haut, avec cette cheminée sur la crête.

Capture d'écran de la rocade L2 au niveau de Sainte-Marthe (crédits : SRL2) La cheminée est visible entre les deux bâtiments en violet

Capture d'écran de la rocade L2 au niveau de Sainte-Marthe (crédits : SRL2) La cheminée est visible entre les deux bâtiments en violet

« Tu es au courant ? Quand la L2 sera finie, à la Benausse, vous ne pourrez pas ouvrir vos fenêtres plus de deux minutes en continu. » La scène se passe dans le local de l’amicale des locataires de la Busserine, dans le 14e arrondissement de Marseille. Militante associative, Karima Berriche veut faire réagir Samia, venue en voisine. Celle-ci habite le quartier voisin de la Benausse, deux tours qui surplombent le grand Saint-Barthélémy. Cet après-midi là, il est question de la conduite d’évacuation d’air qui doit bientôt être érigée entre les deux quartiers, sous les fenêtres de Samia. L’histoire des 2 minutes est la dernière rumeur qui circule.

Aujourd’hui, les deux cités de l’ancienne ZUP n°1 sont séparées par une voie rapide, l’avenue Salvador-Allende. Demain, à cet endroit, doit passer le tunnel de la future rocade L2, un demi-périphérique imaginé dans les années 30 et dont la partie Est est livrée aux voitures à la rentrée.

Le Nord n’est pas l’Est

Durant les années 1990, les riverains du tronçon Est se sont battus pour obtenir la couverture de la plus grande partie de cette autoroute urbaine, avec un vaste parc urbain sis dessus. En ce temps-là, l’État était seul maître d’ouvrage et forcément plus enclin à entendre la parole des habitants fortement relayée par les élus. Faute d’argent, le même État a fini par interrompre le chantier avant même de démarrer la partie Nord. En 2013, il a confié le tout à Bouygues par le biais d’un partenariat public-privé à plus de 700 millions d’euros pour finir la partie Est et réaliser le tronçon Nord qui doit être fini en 2018. 

Du coup, une grande partie des aménagements de surface de la partie Est ont été confiés à la société de réalisation de la rocade. Sur les dalles et le long des voies, la société doit réaliser une voie de cheminement doux, des jardins familiaux dont on ne trouve pas trace au Nord. En tout cas, pas sous son égide.

« Recoudre les quartiers »

Pourtant, avec l’arrivée de la rocade L2, les quartiers Nord traversés étaient censés faire peau neuve. La dalle construite au-dessus de la rocade doit permettre « de recoudre les quartiers entre eux », vantaient les services de la rénovation urbaine à l’époque. Mais les habitants vivent surtout dans la poussière et les nuées de camions. “Les gens sont submergés par les problèmes liés au chantier et les rénovations en cours, explique Sid Abadli qui préside l’amicale des locataires de la Busserine. Ils ont réussi à se mobiliser pour obtenir des avancées sur les rénovations. Mais ils ont du mal à se projeter dans l’après.”

La voisine de la Benausse, Samia n’a jamais entendu parler de cette évacuation d’air. “Mais pourquoi ils ne nous disent rien ? Finalement, le logeur refait les façades pour qu’elles soient noircies par la pollution.” En fait, les 2 minutes d’air pur sont une galéjade. Mais de l’air pollué sortira bien de ce qui ne s’appelle pas une cheminée.

70 mètres de trémie aéraulique

Il s’agit d’une « trémie aéraulique ». Un mot barbare pour définir une ouverture pratiquée dans le toit du tunnel et permettre l’évacuation de l’air. C’est une vaste ouverture de 70 mètres de long pour plusieurs mètres de large et au moins deux de haut. « Ce dispositif est obligatoire en cas de risque incendie, affirme Inouk Moncorgé, directeur de la SRL2. Nous maintenons une ouverture au niveau du tunnel du Merlan pour évacuer les flammes et cette ouverture pour permettre l’évacuation des fumées. » Ce n’est donc pas la règlementation des tunnels post incendie du Mont-Blanc qui rend l’ouvrage obligatoire.

Mais le futur tunnel de la L2 n’en est pas vraiment un non plus. Il n’est pas souterrain mais constitue une tranchée couverte. C’est-à-dire un coffrage de béton au-dessus de l’actuelle avenue. À la Busserine, les parois commencent à s’élever, par endroit, à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. “On nous a toujours dit que la L2 devait permettre de passer d’un quartier à l’autre, avec des cheminements doux, raconte Marcelo Chapparo, le directeur de la maison des familles de l’autre côté. Mais, en attendant, ils sont en train de construire un mur devant chez nous.

20 mètres au-dessus du sol

De fait, entre la Busserine et le haut du tunnel, la tranchée couverte devrait être 20 mètres au-dessus du sol avec, encore au-dessus, les 2 mètres de la trémie aéraulique. À cet endroit où la marche est la plus haute, rien ne pourra être fait à part un bâtiment avec deux murs sans fenêtre (en violet sur l’image ci-dessus). Une situation qui n’est pas du ressort de la société de réalisation qui ne gère que l’emprise de la future autoroute. Pour le reste, c’est l’État, la Ville et la métropole qui sont compétents. Pourtant c’est bien la L2 qui est au milieu.

Même si l’ouvrage est construit sur une pente, il forme une barrière entre les quartiers que la dalle était censée rapprocher. “Les concurrents de Bouygues proposaient de creuser sous la chaussée actuelle pour que l’ouvrage soit moins haut, raconte-t-on du côté de la Ville de Marseille. Mais Bouygues a emporté le marché avec un autre projet. Du coup, la tranchée va monter très haut.” La métropole et la Ville veulent obtenir un aménagement de l’ouvrage et de la trémie qui le surmonte. En la coupant d’une passerelle et en la dotant de dispositif anti-bruit.

« Nous avons intégré ces hypothèses et avons fait parvenir un courrier aux co-financeurs il y a une dizaine de jours [soit après le bouclage du Ravi où une version de cet article est paru début juillet, ndlr], explique Inouk Moncorgé. La trémie sera bien couverte par une grande passerelle qui coupera en deux les 150 m2 de surface. » Les stations du futur bus à haut niveau de service devront être intégrés à l’ouvrage. Rien n’est encore tranché concernant le dispositif anti-bruit.

Jeu de dupes des financeurs

Mais cette cheminée révèle surtout les tensions et le jeu de dupes entre la Ville, la métropole et l’État autour des aménagements de surface de la rocade. Ce dernier est accusé de renâcler par crainte d’interférer avec le contrat de partenariat dont il est signataire. De leur côté, Ville et Métropole traînent gentiment les pieds pour réaliser les travaux d’accompagnement ou même donner à voir à quoi ressembleront les lieux une fois l’autoroute livrée. Plaine ludo-sportive en bordure de tunnel, espaces verts et cheminements doux ne seront réalisés qu’après 2018 car les véhicules doivent continuer de circuler en surface avant de passer par les tunnels.

La seule bonne nouvelle est toute récente. Dans une interview à la Provence, le préfet Stéphane Bouillon a annoncé que l’État avait dégagé 7 millions notamment pour l’aménagement de l’ancienne avenue Allende. Une manière de se rapprocher de la promesse de ces vues commandées aux architectes du cabinet Stoa en 2008.

Image du cabinet Stoa mandaté en 2008 par la Ville de Marseille pour réaliser une mission d'étude.
Image du cabinet Stoa mandaté en 2008 par la Ville de Marseille pour réaliser une mission d’étude. La L2 est censée passer sous la bande plantée d’arbres.

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