Gilets jaunes et autonomes transforment un ancien Pôle emploi en « Maison du peuple »

Actualité
le 4 Juin 2019
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Gilets jaunes et militants de divers collectifs occupent depuis jeudi le local d'un ancien site de Pôle emploi dans le 5ème arrondissement avec l'objectif d'y implanter une "Maison du peuple". Lors de leur deuxième AG lundi soir, propriétaire et huissier sont venus constater l'intrusion.

« Ça fait très film italien ! » s’exclame Nadia Lévêque, propriétaire avec son mari de l’ancien local de Pôle emploi au 57, rue Brochier (5e) face aux occupants dépliant une banderole dorée « Maison du peuple ». Ce lundi à 18 h, la femme qui possède les lieux depuis « la fin des années 80 » a profité de la tenue d’une AG… pour aller à la rencontre de ses squatteurs. Après un temps d’échange loufoque devant le bâtiment, elle n’a finalement pas été autorisée à assister aux discussions. Tout comme Marsactu et Libération, qui après un temps de débat entre la cinquantaine de mobilisés, ont été priés de sortir, avec interdiction de prendre des photos.

Depuis jeudi, une poignée de gilets jaunes et sympathisants de divers collectifs occupent le bâtiment, voisin de l’hôpital de la Conception. Ce quartier tranquille est peu familier des ambiances de lutte. Les initiateurs de cette occupation expliquent avoir davantage l’habitude de se croiser plus haut, lors des mobilisations contre les travaux de la Plaine, ou bien le samedi dans les rangs des gilets jaunes. N’empêchent que c’est ici qu’ils ont souhaité concrétiser leur projet de « Maison du peuple » en élaboration depuis plusieurs semaines. Le bâtiment déserté il y a plus d’un an recouvre un avantage de taille : 600 mètres carrés d’anciens bureaux.

De quoi se faire le support de tout un tas d’idées d’actions dont le but ultime est de « pratiquer la démocratie autrement », résume-t-on sur place. Collecte de vêtements, cantine, ateliers, éducation populaire, soutien juridique pour délogés et migrants… Autant de sujets abordés lors de la première AG du lieu occupé, samedi dernier, à laquelle près de 100 personnes ont assisté, selon les organisateurs. Dimanche, la deuxième tentative d’assemblée n’a pu se tenir après l’arrivée de la police nationale. Vers 18 h, une vingtaine de militants ont alors décidé de se barricader à l’intérieur des bureaux en attendant le départ des forces de l’ordre. Ce fut chose faite hier, dans le courant de l’après-midi.

Inspiration gilets-jaunes

Plus tôt dans la journée, juste avant la pause taboulé, un homme aux larges épaules s’explique : « moi, je suis gilet jaune depuis 6 mois. Autour, vous avez des gens qui luttent depuis plusieurs années. Cela donne un très beau partage d’idées. » Depuis quelques jours, la nouvelle de l’occupation s’est ainsi répandue parmi les cercles autonomes comme sur les réseaux sociaux de gilets jaunes. Le mouvement national créé en novembre dernier est d’ailleurs l’initiateur de plusieurs « maisons du peuple », comme le rappelle le communiqué publié dimanche sur Mars Infos : « À Montpellier, Saint-Nazaire, Caen, le Pouzin déjà les maisons du peuple fleurissent et aujourd’hui, pour vous, c’est à Marseille qu’on libère des espaces ! » 

Photo fournie par les occupants.

Faustine, une jeune femme, fait partie des quelques sympathisants qui ont tenu l’entrée du local ce lundi : « nous voulons créer un lieu de vie à destination du peuple, mais le but n’est pas que les locaux tournent au squat. Certains y dorment pour maintenir l’occupation, mais c’est tout. » S’il fait référence aux « nécessités de logement » à Marseille et à la situation des « expulsé.e.s » depuis le drame de la rue d’Aubagne, le communiqué des occupants exprime en effet la volonté de faire de ce lieu « un espace de création » et « de réflexions » avant tout. Plusieurs collectifs sont associés à l’initiative, mais aucun ne s’est exprimé en son nom à cette heure. « C’est une convergence des luttes », résume Faustine.

Promesse de vente au département

Les occupants se réjouissent d’avoir tenu les lieux au-delà de 48 heures, délai après lequel seule la décision d’un juge peut ordonner l’expulsion d’une propriété privée habitée illégalement. Contacté, Me Kevin Brigant, avocat de plusieurs militants, développe : « passé 48 heures, les forces de l’ordre ne peuvent plus intervenir au nom du délit de flagrance. Il faut alors ouvrir une procédure auprès du tribunal de grande instance et à ma connaissance, aucune demande n’a été faite pour le moment. » Lundi durant l’AG, un huissier s’est déplacé pour constater l’occupation du local.

Au même moment, la propriétaire a expliqué aux militants qu’elle avait été informée de l’occupation par la police. Elle a ajouté avoir signé une promesse de vente de sa propriété au département, provoquant plusieurs réactions indignées. Contactée par Marsactu, la collectivité n’a pas été en mesure de confirmer l’information dans nos délais de publication. Dans l’entourage de Marine Pustorino, maire du secteur et vice-présidente à l’insertion du département, on avance que le département souhaite y implanter un pôle d’insertion.

Durant les épisodes juridiques qui s’annoncent autour du 57, rue Brochier, Mathieu, militant de la Plaine et occupant du local, espère que « avoir le temps de mettre des premières idées en place. De toute façon, nous n’avons pas vocation à durer éternellement, mais avant tout à montrer que le peuple peut s’approprier des espaces. » Le jeune homme espère sensibiliser les voisins du quartier et assure que « des messages vont être diffusés pour les inviter à prendre part au projet. » Si plusieurs riverains croisés sur place s’y sont montrés hostiles, la mairie de secteur précise n’avoir reçu que peu de plaintes pour le moment.

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