[Pris en flag] Gare souterraine Saint-Charles, la nouvelle exagération de Christian Estrosi

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Élodie Crézé
23 Mar 2016 4

Invité en début de mois dans la matinale de France Inter, le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur s'est attribué l'obtention du financement de la gare souterraine Saint-Charles. Abordé dans le contrat de plan Etat-Région signé en mai 2015, il est encore trop peu avancé pour sortir les trompettes.

La propension à l’exagération pourrait devenir une vilaine habitude chez Christian Estrosi. Début février, il annonçait à son retour de Bruxelles être « parvenu à décrocher plus de 250 millions d’euros de fonds européens ». Problème, il s’avérait que les fonds étaient déjà budgétés. Rebelote un mois plus tard dans le champ de l’exagération avec le projet de gare souterraine à Saint-Charles.

Début mars, c’est dans la matinale de France Inter que le président de la région Provence-Alpes-Côtes d’Azur déclare avec aplomb : « je viens d’obtenir, dans le contrat de plan que soit financé, en accord avec les autres agglomérations de nos régions […] un tunnel sous la gare Saint-Charles en direction du Var qui nous permettra déjà d’avoir de chaque côté, à chaque extrémité, un début de rapprochement pour espérer avoir un temps plus limité dans les transports ».

Or, il se trouve que le projet de construction du tunnel sous la gare Saint-Charles est en réalité encore au stade embryonnaire. Certes, il y est fait allusion dans le contrat de plan Etat-région 2015-2021, principal moyen de financement des grands projets locaux, signé le 29 mai 2015. Mais le début des travaux est beaucoup plus lointain. Et le rôle du président Estrosi dans une éventuelle accélération plutôt floue.

Simple volontarisme

Interrogée par Marsactu qui lui demandait des précisions sur l’arbitrage obtenu par le nouveau président, la région relativise par écrit les propos de son propre patron, réduisant l’annonce en fanfare à un simple volontarisme politique :

Dans la maquette du  CPER 2015-2020 sont prévus sur le projet de ligne nouvelle Provence Côte d’Azur 24 M€ d’études en complément des 76 M€ du CPER précédent. Ce projet comprend la réalisation prioritaire d’une gare souterraine de 4 voies à Marseille Saint Charles.

Le planning envisagé mi 2015 prévoyait un démarrage des travaux en 2021 et une mise en service avant 2030. Ce planning est très tendu et nécessite que tous les acteurs se mobilisent autour d’une enquête publique à conduire dans les prochains mois.

Le Président est allé à Bruxelles pour défendre un financement européen des études et des travaux. Par ailleurs, il s’est prononcé à plusieurs reprises pour une accélération maximum du projet. Cela signifie que lors du prochain comité de pilotage il pourrait demander un engagement fort de l’État pour que la déclaration d’utilité publique soit bien obtenue avant fin 2019 et qu’une mission pour le financement du projet soit mise en place.

2,5 milliards d’euros

L’idée d’une gare souterraine à Saint-Charles ne date pas d’hier. Dès l’été 2013, la commission mobilité 21 érigeait comme priorité en termes de transports d’ici 2030 « le nœud marseillais ». En novembre de la même année, le premier ministre d’alors Jean-Marc Ayrault annonçait la nécessité de créer une gare souterraine à Marseille pour un investissement total de 2,5 milliards d’euros. Il s’agit de doter la gare, aujourd’hui saturée, de quatre nouvelles voies souterraines à quai, en vue d’en doubler la capacité d’accueil. En tout, cela rajouterait 24 kilomètres supplémentaires de voies ferrées dont environ 11 de tunnel.

Surtout, la gare qui est aujourd’hui un terminus deviendrait traversante et permettrait le passage de trains directs sur l’ensemble du territoire métropolitain, permettant par exemple d’effectuer le trajet Aubagne-aéroport en 25 minutes. Mais le contrat de plan n’avance que de façon très prudente sur ce dossier. Seules des études de faisabilité et des achats de terrain sont envisagées.

Le projet de gare souterraine fait partie de celui, plus large, intitulé Ligne nouvelle, construite sur les cendres de la ligne à grande vitesse devant relier Marseille et Nice. Le démarrage de la Ligne nouvelle est inscrit dans le contrat de plan Etat-Région valable six ans mais la réalisation de l’ensemble de la ligne devrait attendre au moins 2050.

Si Christian Estrosi a demandé à Bruxelles, comme il l’assure, un financement européen, en plus des 24 millions qui sont effectivement mentionnés dans le CPER, rien n’indique pour l’heure qu’il ait obtenu quoi que ce soit. Quant au prochain comité de pilotage où il espère obtenir « un engagement fort de l’Etat », il faudra encore patienter un moment, celui-ci n’étant pas encore inscrit à l’ordre du jour.

« Voie de saturation »

Dans ce cadre, les étapes du projet d’amélioration du service de trains sont abordées : « Le plateau St Charles, qui comprend l’ensemble des installations ferroviaires de la gare Saint-Charles, est en voie de saturation. Il s’agit donc d’améliorer l’exploitabilité du nœud marseillais sans attendre la gare souterraine de la Ligne Nouvelle, […] tout en restant cohérent avec les futurs aménagements de la Ligne nouvelle PACA. »

Plus loin dans le document, l’ambition finale est affichée : augmentation de l’offre de trains que la ligne Marseille-Aix dans les deux sens jusqu’à 6 TER par jour, des haltes à Luynes et Plan de Campagne et l’électrification de la ligne. Or, est-il précisé, « le calendrier de réalisation de ces opérations connexes dépasse l’horizon 2020, notamment concernant l’électrification de la ligne et l’augmentation de l’offre à 6 TER par heure et par sens, qui ne pourra être mise en service qu’après la réalisation de la gare souterraine à St Charles. » 

« Contraintes fortes »

Peut-être faut-il plutôt considérer la sortie d’Estrosi comme une offensive politique pour mettre son dossier au dessus de la pile. Début février, c’est Martine Vassal, la présidente du conseil départemental, qui annonçait avoir demandé un rendez-vous au ministre pour réclamer une mise en service en 2020. Une hypothèse « techniquement compliquée », avait poliment jugé Jean-Michel Cherrier, le directeur territorial adjoint SNCF réseau.

Christian Estrosi peut toutefois voir un signe positif dans l’annonce du ministre des collectivités territoriales Jean-Michel Baylet. Deux jours avant son interview sur Inter, il a donné son feu vert pour renégocier les contrats de plan Etat-région. « Cette révision devra permettre de mobiliser l’investissement public sur des projets favorisant une meilleure desserte des territoires, l’innovation et la croissance », explique l’Assemblée des régions de France. De quoi enfin crier victoire à raison dans quelques semaines ?

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