Malgré des promesses répétées de l'aménageur, les croquis du projet d'aménagement de la Plaine étaient jusqu'ici jalousement préservés. Après avoir été accessible à la consultation en un seul exemplaire lors de la concertation publique, le livret du projet a finalement été localisé en ligne. L'occasion d'entrer dans le détail de la rénovation future.

« Tout sera sur le site ». Cette promesse réitérée du président de la société publique d’aménagement Soleam et adjoint au maire LR, Gérard Chenoz n’a jamais été suivie d’effets. La page consacrée au projet de refonte de La Plaine n’a plus bougé depuis des mois. Le dernier élément d’actualité est cette phrase de Gérard Chenoz faisant suite à l’annonce du choix du mandataire : « Dès signature, le projet fera l’objet d’une communication ». Celle-ci n’a jamais eu lieu en dehors de la concertation minimale avec panneaux et livret consultables à heures fixes durant quelques petites semaines.

C’est justement le livret du projet qui vient de fuiter sur la place publique via un tweet. Si l’adresse indique bien qu’il provient de la Soleam et date du mois de mars, le lien n’a pas été publié par les gérants du site.

Ce livret que certains ont donc pu toucher de leurs mains décrit par le menu et avec force images de synthèse, le projet soumis à concertation. De l’aveu même du président de la Soleam, il ne devrait qu’évoluer à la marge par la prise en compte des remarques du public. « Le projet est arrêté à 60% », lâchait-il à Marsactu alors qu’il surveillait en personne les récents travaux de carottage. Que recouvre cette part ? Difficile à dire.

Mais le document mis au jour livre une philosophie générale et les partis-pris du projet. Il s’agit d’en finir avec fonctionnement concentrique actuelle. La Plaine est aujourd’hui constituée d’une voie en sens unique qui fonctionne comme un immense giratoire de desserte locale. Un premier cercle planté de tilleuls avec quelques kiosques, terrasses et places de parking. Un second cercle qui sert de parking occasionnel enserre un îlot avec jardins d’enfants, bouquet de magnolias et vague terrain de boules.

Le projet d’APS repense la place de manière longitudinale. Les espaces publics et piétonniers sont repensés à parti des façades d’immeubles, en plateau continu ; c’est-à-dire sans trottoirs, ni chaussée. La place proprement dite est découpée façon tranche napolitaine.

Les trois parties de la place rénovée. Agence APS.

On y trouve ce qu’ils appellent pompeusement la grande rambla, côté Petit Nice, et la petite rambla, côté Chave et bar de la Plaine. Ces deux « vastes espaces piétonniers modulables » suivent le tracé des allées de tilleuls actuels. Dans la grande rambla, « promenoir piéton confortable et accessible », se logent des kiosques permanents et des « petits salons urbains généreux en assises et en plantation ». Les paysagistes imaginent des bancs entourant chaque « carré arbustif » au pied des arbres.

Croquis des bancs. Agence APS.

Au centre, APS a dessiné un « tapis central » avec son « deck urbain, ses cépées fleuries et ses îles végétales ». Pour sortir du verbiage paysagiste, cette partie centrale de la place reprend les éléments déjà présents en ôtant les grilles. Ils sont restitués sous la forme d’îlots aux fonctions diverses : le deck, constitué de gradins où l’assemblée de la Plaine pourrait tenir ses AG, des îlots de verdures avec notamment les magnolias centenaires et un jardin d’enfants.

Tapis central. Image APS.

Enfin, au pourtour de la place, APS envisage un « déambulatoire » à l’aplomb des immeubles. C’est dans cette partie mixte que l’on trouverait les places de parkings et les accès routiers conservés depuis la rue Thiers et les boucles permettant une « accessibilité ponctuelle en pétales » depuis le boulevard Chave, et les rues de l’Olivier et Ferrari.

Plan de coupe de la place et des déambulatoires. Image APS.

La question des déplacements automobiles et du stationnement forment un des angles morts du projet. En délaissant le giratoire pour une voie centrale unique, le projet fait entrer la circulation automobile au cœur de la place, là où aujourd’hui ne circulent que les voitures qui cherchent à se garer. D’autre part, les dessins ne laissent guère voir à quels endroits viendront se nicher les 65 places de parking décrites dans le projet. Une des vues en coupe du projet montre une construction en gradins en contrebas du déambulatoire. Le plan général de circulation montre quelques rares zones de stationnement situées le long des voies d’accès, y compris le long de l’axe traversant.

La faisabilité de ce plan de circulation dépend des conclusions d’une étude métropolitaine sur l’ensemble de l’agglomération marseillaise, notamment lié à la livraison de la rocade L2 et ses effets sur les boulevards du Jarret et Lieutaud. La Plaine est aujourd’hui un des points d’accès à l’hyper-centre notamment via la rue d’Aubagne, à Noailles, quartier qui, lui aussi, est appelé à devenir piéton.

Côté stationnement, La Plaine est depuis des lustres un parking permanent qui décuple ses capacités le soir venu en accueillant les nombreux clients des bars et restaurants du quartier. D’après Gérard Chenoz lui-même, l’Aire de valorisation architecturale et paysagère (AVAP) interdit désormais le stationnement sous les arbres. Ces derniers seraient fragilisés par la chaleur des moteurs. C’est une des explications de l’abandon de cette fonction.

Le plan de circulation de La Plaine avant et après. Image APS.

L’autre est à aller chercher du côté d’une philosophie plus générale qui renvoie la majeure partie du stationnement vers les parkings souterrains du quartier ou les parkings de délestage aux entrées de ville. Mais cela paraît un changement radical d’habitudes par rapport à l’existant. Autre mesure plus conditionnelle, la mise en place par la métropole « d’une ligne de bus de nuit « centre-ville » permettant la desserte des principales places », de La Plaine au cours d’Estienne d’Orves. Ce bus des fêtards permettraient une meilleure circulation de nuit sans utiliser sa voiture. Eméchés, qui plus est.

Enfin, le dernier gros morceau concerne la préservation du marché. Sur le plan général, on ne peut voir que les ramblas et une partie du « tapis central ». Le livret mis à disposition du public ne se risque pas à évaluer le nombre de forains qui seraient conservés dans cette nouvelle configuration. A priori, la partie couverte par le marché tri-hebdomadaire représente 60% de la surface totale. Combien seront-ils à l’issue des travaux ? Ils sont 300 aujourd’hui, mais dans l’irrespect des règles minimales de sécurité comme l’accès pompiers. Un rapide produit en croix ramène à 180 les forains conservés. Mais cela ne prend pas en compte l’emplacement « normé » qui leur serait attribué.

En jaune, la partie réservée au marché. En violet, le déambulatoire. En rose, l’espace d’attractivité urbaine et commerciale. Image APS.

Pour l’heure, le livret de présentation enfile les perles en présentant le marché comme « un des joyaux populaires » qui participe activement « à la dynamique économique et sociale du quartier ». Le nouvel aménagement « longitudinal » permet de proposer « un schéma fluide et sécuritaire ». Mais rien sur le contenu…

Nulle trace de la montée en gamme qui avait provoqué l’ire d’une partie des usagers de la place. Pour l’heure, la Soleam évoque des études en cours de comparaison avec les grands marchés de ce type en France et en Europe pour étudier plus finement quel type d’offre marchande y sera implantée in fine. Une proposition qui devrait être affinée d’ici l’automne. Mais le chantier et ses diverses phases contraignantes, même s’il maintient une offre, devrait déjà opérer une sélection parmi les marchands présents.

Joint par nos soins, Gérard Chenoz n’a pas souhaité commenter ce document déjà soumis à concertation et susceptible d’évolutions. « Mais je vais mettre en ligne le livret puisqu’il a déjà été mis à disposition du public lors de la concertation », ajoute-t-il. En attendant le voici…

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