Frédéric Cuvillier sur la SNCM : "Je ne communique pas par courrier, j'agis"

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le 21 Oct 2013
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Frédéric Cuvillier sur la SNCM : "Je ne communique pas par courrier, j'agis"
Frédéric Cuvillier sur la SNCM : "Je ne communique pas par courrier, j'agis"

Frédéric Cuvillier sur la SNCM : "Je ne communique pas par courrier, j'agis"

Pour une fois, Michel Vauzelle n'était pas le plus en retard. Le président de région a même dû patienter en attendant le ministre des transports, Frédéric Cuvillier qui passait du congrès des aires marines protégées au noeud ferroviaire de Saint-Charles. Du coup, au poste d'aiguillage du centre Bénédit, il en profite pour rappeler à la presse sa préoccupation du moment. L'Etat ne tiendrait pas ses engagements dans le cadre du contrat de plan Etat/région, dont les négociations commencent ce mois-ci. "Nous craignons une réduction de l'effort de l'Etat notamment parce qu'il met désormais dans la même enveloppe le fer et la route. Je souhaite donc avoir un éclaircissement de la part du ministre".

Il pense également au tunnel de Toulon pour lequel la région a fait une avance qu'elle aimerait voir rembourser. Ou encore à la future métropole dont il n'a pas saisi à quelle hauteur l'Etat allait la soutenir. "J'espère qu'il ne s'agit pas d'un plaquage d'une structure institutionnel sur un environnement contraire de maires soutenus par Monsieur Guérini et qui s'opposent au gouvernement". Comme pour prolonger la pique vers Samia Ghali, il insiste : "Mais c'est une manière de faire dans laquelle certains socialistes se sont illustrés récemment". Au lieu de cela, il espère un "vrai plan sur Marseille" pour en faire une chance pour la France et l'Europe, comme il a pu l'expliquer dans le récent rapport qu'il a remis au président de la République.

Des spas dans les TGV

A l'arrivée du ministre, le président Vauzelle n'insiste pas publiquement sur ses revendications. Il préfère badiner avec celui qui a longtemps été son voisin de pupitre à l'Assemblée avant de le quitter pour le ministère des transports "parce qu'il était meilleur que moi", moque l'Arlésien. Devant le représentant de la SNCF qui leur explique en détail comment fonctionne le vaste tableau des voies ferroviaires entre Montélimar et Marseille, le président continue son humour pince-sans rire : "Je voudrais vous entretenir d'une provocation de la SNCF. Ils ont récemment proposé des cours d'anglais dans les TGV. Je souhaiterai voir installer des spas. Si vous pouviez en parler à Guillaume Pepy". Le ministre sourit : "Je ne suis pas sûr que ça lui plaise…"

Une fois, ce très sérieux entretien terminé, les deux anciens collègues se prêtent volontiers au jeu des questions réponses pile devant la partie du panneau où clignotent les trains. Au grand dam d'une aiguilleuse qui tente de faire partir un train de Saint-Charles et ne voit rien. Il faut donc faire reculer tout le monde, ce qui n'est pas simple. Même le préfet Michel Cadot est obligé de donner de sa personne pour éviter un retard de train causé par un ministre en interview. Si ce dernier répond très volontiers sur les engagements de l'Etat en matière de ferroviaire, y compris dans le cadre du contrat de plan Etat/région, son oeil noircit quand on évoque le sujet de la SNCM.

"A la SNCM, l'Etat prend ses responsabilités"

Rien n'est simple à propos de la compagnie maritime : après la demande (ou pas) de la collectivité corse de provisionner les 220 millions d'euros d'aide publique dont l'Europe réclame le remboursement, le feuilleton de l'attribution de la délégation de service public depuis Marseille, voilà que la SNCM a des problèmes de trésorerie. Le souci est sérieux puisqu'il pourrait entraîner un retard dans le paiement des salaires. En cause, une ardoise non payée par la Corse de près de 65 millions d'euros et un actionnaire privé – Veolia – pas franchement enclin à remettre au pot en attendant que la procédure de conciliation permette de sortir du contentieux avec la collectivité corse. Frédéric Cuvillier rappelle tout le monde à ses responsabilités en indiquant que lors du conseil de surveillance, l'Etat a tenu les siennes en versant une avance dont il n'a pas précisé le montant.

La réponse de Frédéric Cuvillier en vidéo : 

 

 

Hors micro, il a poursuivi son cheminement sur l'évolution de l'actionnariat qui est, nous a-t-il appris, "mise entre parenthèses".  Si la filiale commune à la Caisse des dépôts et consignations et à Veolia transport doit bien remonter vers Veolia Environnement à la fin de l'année, il ne s'agirait que d'un arbitrage financier. "Politiquement", cela pourrait se faire après les municipales, indique-t-on dans son entourage. On souffle également que la lettre que le patron de la communauté urbaine Eugène Caselli a envoyé au PDG de Veolia début octobre a pesé dans la balance. Dans son élan, Frédéric Cuvillier fustige sans les nommer les récentes sorties médiatiques des partenaires de la compagnie, le corse Paul Giacobbi ou le président du directoire de la SNCM Marc Dufour : "Je ne communique ni par lettre, ni par communiqué, j'agis". Par pression, même indirecte.

Si la disparition de la SNCM ne pèserait guère lourd dans le chiffre d'affaires du géant de l'eau et des déchets, il doit prochainement conclure avec la communauté urbaine un contrat de près de 3 milliards d'euros. Un manque à gagner considérable si jamais le stylo du président Caselli avait des ratés juste au moment de signer. Justement le contrat doit être avalisé par les conseillers communautaires ce vendredi.

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Commentaires

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  1. jardin jardin

    Et pendant que le Ministre parle, l’assemblée de Corse prépare une Société d’Economie Mixte pour refiler les cargos de l’ex SNCM à son ex allié, la Méridionale. Que peut faire le Ministre?
    Pour en savoir plus:
    alainverdi.tumblr.com ‎

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  2. savon de Marseille savon de Marseille

    Sur la SNCM, c’est la bombe financière de 2014 – Il y en aurait trop à dire sur cette aventure opaque : de quoi faire un bouquin de 500 pages – CUVELLIER : 3mn pour ne rien dire. Plus opaque que çà , c’est pas possible.

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  3. jardin jardin

    “UNE BOMBE”
    Effectivement, c’est une “bombe”. Mais elle n’est pas seulement “financière”. Elle est, surtout, politique. Comment s’est-on entendu sur le dos d’une entreprise publique pour la couler, afin de tenter de régler, dans la foulée, le “problème corse” et la disparition des entreprises publiques, tout en favorisant des compagnies privées qui ne vivent que grâce à l’argent du contribuable. Il n’y a pas de secret. Tout se sait. Ce mélange de délit d’initié et de magouille politico affairiste est, bien, une “bombe”. Attention aux dégâts collatéraux. On ne parle que de la SNCM, les autres initiés vont finir par remonter à la surface.

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  4. jardin jardin

    DES MOTS CREUX ET DES ACTES ASSASSINS
    “Je ne communique pas par courrier…” Pourtant si. Il y a quelques jours P. Moscovici (Budget) et F. Cuvillier (Transports) ont écrit à VEOLIA, notamment pour leur demander de débloquer la trésorerie afin d’assurer la paye jusqu’à la fin de l’année, le temps de relancer la SNCM. Seulement voila, ce n’est pas dans les plans du Pdt de VEOLIA TRANSDEV. Un mot du PDG et la SNCM devient une entreprise compétitive, mais il ne le veut pas. L’Etat de son coté passe pour celui qui a essayé et qui n’arrive pas à convaincre le méchant actionnaire privé. Ceci n’est qu’un jeu, l’Etat est majoritaire et peut régler l’affaire, mais lui également ne le veut pas. Son seul souci, l’approche des élections municipales et l’effet produit par des centaines d’emplois supprimés. En somme un jeu de dupes et tant pis pour les employés inquiets et leurs familles. C’est ça le cynisme politique. Comme nous vous l’indiquions dans différents post, l’argent économisé sur le dos de la SNCM ira dans les poches de l’assemblée de Corse, avec la complicité de l’Etat, de Bruxelles et de VEOLIA. M. P. Menucci a beau menacer le géant de l’eau il sait bien que le contrat de Marseille sera signé. De la même façon les élus marseillais, de droite à gauche, n’ont rien fait pour changer la donne, pourtant ils savaient. Voila résumé une partie du délit d’initiés. Ces mêmes élus de PACA n’ont jamais rien fait que protester. Pendant ce temps, l’assemblée de Corse prépare une Société d’Economie Mixte pour offrir le service du fret au partenaire de la défunte SNCM. C’est un “cataplasme sur une jambe de bois”, mais c’est le moyen trouvé pour habiller le naufrage organisé. Rendez-vous ce dimanche pour voir si cette analyse est bonne, en esperant qu’elle ne le soit pas.

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  5. JL41 JL41

    Comme vous le savez, le Pascal Paoli est allé à Bizerte pour une opération de maintenance, plutôt que dans les chantiers marseillais, ce qui choque un certain nombre d’observateurs, dont l’élu à l’économie de Marseille, Roland Blum, dans la mesure où la compagnie a bénéficié d’aides de l’Etat : http://www.laprovence.com/actu/leco-en-direct/2622378/blum-veut-que-la-sncm-ramene-le-paoli.html

    Je viens d’intervenir dans la Provence à la suite de cet article en me faisant censurer pour la première partie de mon commentaire. Je me permets de la poster ici :

    SNCM, Fralib, même postures biaisées. Fralib ne suscite même plus de commentaires, alors que les articles pullulent. Pour chacune de ces entreprises, les postures officielles, compatissantes ou faussement engagées se succèdent, cachant mal une incapacité d’agir et un ras-le-bol sous-jacents. La SNCM continue à se débarrasser de nombreux salariés pour rapprocher ses ratios d’exploitation des normes moyennes, mais avec des marins français. Et c’est parce qu’on veut les garder que la SNCM irait mal ?

    Alors le propos de Roland Blum arrive un peu tard, maintenant que le Pascal Paoli est à Bizerte pour un arrêt technique de trois semaines : http://www.econostrum.info/Le-Pascal-Paoli-prefere-Bizerte-a-Marseille_a16587.html

    Le coût pour la SNCM serait de 30% moins cher à Bizerte que dans les chantiers marseillais. On parle de la SNCM, mais la compagnie n’est pas la seule à éviter Marseille. La Tunisie pour l’une, la Turquie pour d’autres.

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