Fos toujours dans la course mondiale pour l'éolien flottant

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Julien Vinzent_
1 Août 2013 9

Une étape de plus pour un marathon énergétique. Dans un avis publié mardi dans La Provence, la préfecture des Bouches-du-Rhône a "porté à connaissance du public", selon l'expression consacrée, un projet de site d'essai d'éoliennes flottantes au large de Port-Saint-Louis du Rhône. Mais le public intéressé sera bien en peine d'en savoir plus avec les quelques lignes de cette annonce légale. Il s'agit en fait de l'une des phases clés d'un processus entamé à Boulogne-sur-Mer avec une machine de 35 kilowatts testée à terre et qui pourrait s'achever après 2020 avec une ferme de 150 éoliennes au large des côtes provençales.

Le site d'essai, baptisé Mistral, ne comptera comme équivalent au niveau national que l'île de Groix en Bretagne pour cette technologie qui permet de s'affranchir du problème de la profondeur. Rédhibitoire économiquement passé 40 mètres, elle interdisait tout projet d'éolien offshore dans les fonds plongeants de Méditerranée, à moins d'installer les éoliennes au bord du rivage… Au niveau régional, dans un schéma adopté récemment, on estime qu'après un décollage dans les années 2020-2030, cette source d'énergie pourrait fournir en 2050 presque autant d'électricité que l'hydraulique et le photovoltaïque.

Un batteur à oeufs géant

On n'en est pas là. Avec Mistral, il s'agit de permettre à tout le monde de frotter aux conditions réelles ses plans d'éolienne flottante – dont seuls deux modèles sont en fonctionnement aujourd'hui au Portugal et en Norvège. En premier lieu Nenuphar, une PME du Nord qui a développé un concept de turbine à axe vertical (imaginez vous un batteur à oeufs inversé de près de 100 mètres de haut). Après le modèle réduit de Boulogne, elle est en train d'installer sur un terrain de la zone du Caban Sud à Fos un prototype grandeur nature peaufiné avec ses partenaires, le groupe d'ingénierie offshore Technip et EDF énergies nouvelles. "On a construit un bon tiers, le premier étage tournera cet automne", annonce Charles Smadja, directeur général de Nenuphar.

La prochaine étape – visée en 2015 – sera la pleine mer, d'où la nécessité de disposer d'un site d'essai, ce à quoi le consortium s'attelle avec pour objectif la mi-2014. Le calendrier a son importance, car c'est un domaine où est engagée "une course concurrentielle au niveau mondial", rappelle Michel Ollier, chargé de mission énergies marins au pôle de compétitivité Mer Méditerranée. "Il n'est pas trop tard pour développer cette filière, au contraire la France est bien positionnée, complète Olivia Arana, chargée de mission offshore chez France énergie éolienne (FEE, l'association des professionnels du secteur). En revanche, si nous voulons maintenir cette position, nous aurons besoin que les politiques publiques accompagnent les étapes".

calendrier_eolien_flottantCalendrier présenté par Nenuphar en octobre 2012, les pointes des flèches représentent l'aboutissement de l'étape.

"Développer une filière industrielle à Fos"

Pour l'heure, Charles Smadja ne se plaint pas, même si le projet a pris du retard par rapport au calendrier initial : "On fait tout pour aller vite et les services publics se montrent collaboratifs pour nous éviter les pièges". Du prototype à la "ferme pilote" de 13 machines prévue en 2017, chaque pas fait par ailleurs l'objet d'une aide de divers programmes européens, des investissements d'avenir de l'État ou du conseil régional. "Ce genre de technologies ne peut pas se développer sans soutien public, surtout si on veut l'ancrer sur le territoire", souligne l'industriel. Ce qui est la stratégie affichée par Nenuphar et ses partenaires : "Avant le vent et la bathymétrie [la configuration des fonds marins – ndlr ], le premier facteur du choix de Fos était l'environnement portuaire et industriel, capable d'y développer une filière", justifie-t-il.

Car qui dit éoliennes en mer dit bateaux et donc port. "Un port peut intervenir à deux niveaux : la maintenance, qui doit se faire à proximité des fermes pour que les aller-retour soient faciles, et la construction, explique Michel Ollier. Si on imagine qu'en 2030 on a trois parcs sur la côte méditerranéenne française dont un à l'ouest de Paca, Fos est bien positionné pour être port constructeur des trois parcs et port de maintenance du parc provençal", estime-t-il.

Pour combien de jobs à la clé ? Le chiffrage est encore difficile, mais l'ordre de grandeur d'un millier d'emplois locaux est régulièrement avancé. Si la maintenance est pérenne, elle ne représente en revanche que peu d'emplois, à la différence de la construction. D'où la nécessité que le port rayonne à l'échelle méditerranéenne dans ce domaine pour alimenter les commandes. "C'est toute notre stratégie, abonde Charles Smadja. Le golfe de Fos serait pour les premiers pas, ensuite la Méditerranée a un potentiel assez énorme que ce soit dans le golfe du Lion, à Malte…"

Les pêcheurs "font avec"

Pour l'instant, les zones propices pour les fermes françaises n'ont pas été définies, FEE se bornant dans un rapport récent à dessiner un patatoïde dans la Méditerranée. "Notre démarche est justement d'inciter les autorités à engager le travail de planification et de concertation", plaide Olivia Arana. En attendant les grands parcs, le contact est déjà pris pour les premières phases du projet Mistral. "On n'est pas d'accord mais on fait avec car c'est un volonté de l'État", annonce William Tillet, secrétaire général du comité des pêches Paca, qui s'inquiète du grignotage du territoire de pêche du fait de la multiplication des projets. Face à leurs remarques, le lieu du site d'essai a été décalé vers la zone de dépôts des dragages du port, "où de toute façon on ne peut pas travailler" et l'orientation de la ferme pilote a été adaptée.

Autre enjeu qui pourrait prendre du poids localement : la localisation des activités. "Il peut y avoir des logiques entre les ports de Paca, avec des composants fabriqués à Toulon ou ailleurs et assemblés à Fos, note Michel Ollier. Mais ça peut aussi venir de plus loin, ce sur quoi il faut être vigilant". Pour l'instant, Nenuphar se targue d'une "fabrication 100% française (Fouré-Lagadec à Berre, Eiffel à Fos et des sous-traitants en Paca, Aquitaine, Poitou-Charentes…)". Cette "filière" dont rêvent les pouvoirs publics résistera-t-elle à la "course concurrentielle au niveau mondial" ?

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