Au pied du sapin

Fermeture en catimini pour le France Loisirs du centre Bourse

À la une
le 29 Déc 2015
1

Des salariées du France Loisirs du Centre Bourse étaient en grève ce lundi. Leur boutique a fermé ses portes mais le flou demeure total au sujet de leur avenir.

Dans la boutique de l’enseigne « club de lecture », les cartons s’amoncellent déjà, mais elles tiennent à rester jusqu’à la fin. Alors que les décorations de Noël colorent encore les galeries du Centre Bourse, quatre des huit employées de France Loisirs occupaient ce lundi leur lieu de travail pour en dénoncer les conditions de fermeture. « Tout ça, on a dû le gérer seules » soupire Sarah, dernière arrivée de l’équipe. Depuis l’annonce, début décembre, de la fermeture prévue trois semaines plus tard, elles sont sans nouvelles de leur responsable par intérim, n’ont eu aucun contact avec le syndicat majoritaire de l’entreprise, la CFE-CGC, et aucune lettre de licenciement n’est apparue dans leurs courriers. « C’est un plan social qu’ils ne font pas officiellement, donc ils se permettent de faire n’importe quoi » résume Léa, employée en CDI depuis plus d’un an. Conséquence pour les salariées : fin de contrat pour les emplois en CDD, licenciement ou mutation pour les autres.

Toutes quatre se sont mises en grève et nous répondent sous la grille à moitié fermée : interdiction leur a été signifiée de recevoir des journalistes dans la boutique. Mais elles craignent d’en sortir et d’être accusées d’abandon de poste. Un homme d’une cinquantaine d’années s’active à quelques mètres, un téléphone vissé à l’oreille. « La direction nous a envoyé un « premier vendeur », même pas un responsable, pour faire les cartons que nous avons refusés de remplir », poursuit Sarah. L’émissaire est en effet peu cordial : « La délation ça peut vous coûter cher, vérifiez ce qu’on vous raconte », lance-t-il à Marsactu.

Dont acte. La direction des ressources humaines de France Loisirs n’était pas joignable ce lundi pour confirmer les dires de ses employées. Au siège, on convient tout au plus être au courant de la grève, « rapidement ». 

Burn-out et licenciement pour faute grave

L’ambiance délétère ne date pas d’aujourd’hui. « Une de nos collègues, qui n’était pas favorable à la grève, une dame de 65 ans, a pris sur elle de préparer la fermeture. Devant la charge de travail elle a fini en burn-out et a dû se mettre en arrêt maladie », détaille Sarah. Un autre incident ayant mené à un licenciement pour faute grave quelques jours avant l’annonce de la fermeture a aussi plombé l’atmosphère. Une autre employée, Gwen, en veut à la direction d’avoir attisé les tensions : « J’ai eu un conflit avec une autre vendeuse et notre responsable m’a demandé de lui raconter ce qui était arrivé par mail, via nos boîtes personnelles. Au final, la collègue a été licenciée sur la seule base de cette échange informel, sans que j’en sois prévenue, sans aucune tentative de médiation, sans être protégée de sa réaction potentielle. La responsable n’était plus joignable pour nous rétracter, c’est nous qui avons dû argumenter pour tenter de défendre notre collègue. »

Dans les semaines qui suivaient, le 4 décembre, les employées restantes étaient convoquées à une réunion en présence de la direction régionale de France Loisirs, d’une représentante des ressources humaines ainsi que d’un délégué CFE-CGC pour les informer de la fermeture. « Ensuite nous avons eu des entretiens individuels sans présence de tiers, le délégué syndical n’étant pas toujours à nos côtés », peste Gwen. Depuis, ces entretiens n’ont pas donné suite à des lettres officielles. « Tout ce qu’on a, c’est quelques coups de fils en dehors des horaires de travail, sur nos téléphones personnels » pour essayer d’en savoir plus, souffle Judicaelle, en poste depuis presque deux ans. Les salariées s’inquiètent aussi d’appels provenant de responsables d’autres boutiques pour s’informer de « l’attitude que nous allions adopter, pour en informer la direction sûrement ». 

Les clients-abonnés prévenus deux jours avant la fermeture

Décidément abandonnées à leurs sorts, les vendeuses du club de lecture ont pris sur elle d’annoncer la fermeture aux clients-abonnés qui payent donc pour pouvoir se fournir en boutique régulièrement. « Beaucoup avaient des cartes pré-payées pour des tirages photos et les machines ont été retirées du jour au lendemain sans qu’ils puissent utiliser leurs crédits restants », déplore Sarah qui ajoute que seulement une partie de la clientèle aurait reçu un texto d’information le 22 décembre pour une fermeture … le 24. « Une cliente m’a même dit qu’elle avait reçu un courrier le 26 ! »

Mais la principale inconnue reste l’avenir professionnel de chacune. Judicaelle, en contrat à durée indéterminée, ignore où elle officiera début janvier :« On ne sait pas si on sera reclassées de force dans d’autres boutiques, nous n’avons reçu aucun courrier, rien. » Cinq boutiques de la même enseigne existent dans le département dont une dans la zone commerciale de la Valentine. Gwen et Sarah, en CDD, attendent quant à elles des nouvelles des primes de précarités et des congés que leur doit France Loisirs suite à leurs quatre et six contrats cumulés en quelques mois.

Les prud’hommes et peut-être même le pénal

Les quatre jeunes femmes savent en tout cas qu’elles comptent passer devant les tribunaux au cours des mois prochains. Sarah est déterminée : « On assigne aux prud’hommes à l’aide d’un syndicat externe, la CGT, et d’avocats. » Le recours devrait porter sur le renouvellement de CDD sans avenant et les potentielles mutations forcées. « Nous pensons aussi pouvoir aller au pénal pour abus de faiblesse, à cause de tout ce que nous avons vécu, seules », ajoute-t-elle.

La boutique du Centre Bourse est la victime d’une restructuration en cours de l’offre de France Loisirs. « Ils essayent de se tourner vers de plus petites boutiques, mais dans notre cas, ils n’ont pas trouvé d’alternative, donc ils ferment », explique Léa. En 2014, Actissia, le groupe auquel appartient France Loisirs s’était déjà séparé du réseau d’enseignes Chapitre.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Vraiment pas beaucoup de commentaires pour cet article qui décrit des méthodes plus proches de celles d’un patron voyou que de celles d’un animateur de « club de lecture »…

    Visiblement, ce n’est pas très compliqué en France de jeter des salariés comme des malpropres. Mais l’on va néanmoins continuer de nous expliquer que le Code du travail est beaucoup trop compliqué et beaucoup trop rigide, et qu’il faut sim-pli-fier. Un procès bien médiatisé dont les acteurs en font des tonnes, mais ne disent nul mot ou presque du Code général des impôts, dont chacun connaît la simplicité en France. Mais peut-être ce dernier est-il encore plus facile à contourner que le premier…

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire