Faute d’accord avec les forains, la Ville supprime le marché de la Plaine durant les travaux

Actualité
Lisa Castelly
6 Sep 2018 9

Alors que le démarrage des travaux est imminent sur la place Jean-Jaurès, la panique monte parmi les forains qui vont être répartis dans d'autres marchés. La Ville a déjà renoncé à maintenir une partie d'entre eux durant le chantier, suite à des "menaces". Certains promettent un "blocage de Marseille" si aucun compromis n'est trouvé.

Sur la place Jean-Jaurès, des clientes se pressent pour signer une pétition contre la fin du marché. (Image LC)

Sur la place Jean-Jaurès, des clientes se pressent pour signer une pétition contre la fin du marché. (Image LC)

“Vous serez où, vous alors ?”, questionne une cliente en direction d’un vendeur de bottes bien incapable de répondre. “On vous le dira au fur et à mesure, pour le moment, ça change tous les jours”, souffle le forain, qui ironise “on profite des derniers instants présents…” Non loin de là, une pétition circule et se remplit de nouvelles signatures à chaque minute. À la Plaine, le message est désormais bien passé : le mois prochain, au plus tard, les palissades de chantier auront remplacé ce marché extrêmement populaire. Depuis l’annonce des travaux il y a bientôt trois ans, les négociations ont été houleuses entre les quelques 300 marchands et la Ville.

Pendant l’été, la tension est montée d’un cran après une décision de la Ville et la Soleam, dont Marsactu a pu avoir confirmation ce mercredi : il n’y aura finalement aucun forain sur la place au cours des travaux, alors que le cahier des charges présenté en juin dernier prévoyait le maintien de 80 d’entre eux“On a essayé de trouver 80 forains, mais il y a eu une levée de boucliers, ils ont reçu des menaces des autres forains, justifie Marie-Louise Lota. Ils ont commencé à paniquer et à ne plus vouloir venir. Avec des forains menacés, les clients n’auraient pas été en sécurité. On a décidé de ne pas assumer ce risque, ce n’est pas de gaieté de cœur, d’autant qu’il a fallu trouver 80 places de plus sur les autres marchés”.

Réunion de la dernière chance

Une réunion se tenait mercredi matin en mairie entre l’élue aux emplacements Marie-Louise Lota, son équipe et les représentants des forains. Présentée comme la rencontre de l’ultime chance par ces derniers pour faire entendre leur désarroi, elle s’est finalement concentré sur l’examen du cas de chaque forain en vue de lui attribuer une place dans un autre marché de la ville. 184 forains ont ainsi répondu aux courriers de la mairie, et présenté des vœux de nouveau lieu d’installation, “un peu comme pour les places en crèche”, image l’élue qui ajoute que “la majorité a pu avoir son choix n°1”. Reste qu’une centaine de forains n’a donc pas répondu, par mécontentement principalement. À ceux-là, l’adjointe fera parvenir de nouveaux courriers avec des propositions, “libre à eux d’accepter”.

“Les forains ne veulent pas être divisés sur plusieurs marchés mais la mairie n’a pas d’autre solution”, déplore Marianne Garoute, présidente du syndicat des commerçants non-sédentaires des Bouches-du-Rhône qui juge la situation “grave”. Plusieurs représentants entendaient proposer des lieux de repli qui auraient permis de garder les presque 300 forains ensemble, sans succès. “On nous demande l’impossible, commente l’adjointe. La place Jean-Jaurès est la plus grande de Marseille, si on avait trouvé une autre place de cette taille, on les aurait évidemment tous mis là. On a essayé, mais on n’a jamais trouvé.”

Les représentants du syndicat des marchés de France, qui voulaient se rendre à plusieurs à la réunion ont même choisi de ne pas se présenter, après que la Ville leur ait signifié qu’une seule personne serait admise. “Aller donner tout seul mon quitus à Mme Lota pour faire partir les commerçants de la Plaine, je ne pouvais pas”, explique Michel Marin, président de ce syndicat pour les Bouches-du-Rhône.

“On n’a jamais eu aucune garantie”

Voués à être dispersés à travers la ville dans des emplacements où toute leur clientèle sera à refaire, les forains sont forcément à cran. Beaucoup tirent la totalité de leurs revenus de ce marché. Mardi, au milieu des nombreuses paroles de soutien des clients habitués, ils partageaient tous leur inquiétude et leur colère. “Ils nous balancent des infos de temps en temps, et puis plus rien. On n’a jamais eu aucune garantie. Ça fait trois ans que ça dure, imaginez notre état… Je ne dors plus”, confiait Michael Cohen, soldeur, qui a repris de ses parents l’étal monté par son grand-père en 1976. Lui s’est vu proposer une place de remplacement au marché de la Rose, à l’autre bout de la ville.

Comme beaucoup, il espérait encore un arrangement pour maintenir une partie des forains sur la place, et le reste sur le boulevard Chave. Une proposition écartée par la Ville. “Avec l’éclatement des forains, on sait bien que le panier moyen sera plus bas. Ils ne demandent pas grand chose, le droit de travailler. Ils ne sont même pas contre les travaux !”, appuie Michel Marin.

Chris Sanchez, dit Titin, présenté comme porte-parole des forains de la Plaine, ne dit pas autre chose. “On essaye de nous imposer d’aller à des endroits qui ne nous conviennent pas. On n’a pas à faire concurrence à d’autres forains, notre force c’est de rester unis”. Ils dénonce aussi le choix qui avait été fait de maintenir 80 forains “choisis comme à la tombola”. Un procédé qui a, selon lui, “semé le doute” et rompu la confiance avec la mairie. Michael Cohen est du même avis. “On nous avait dit que ce serait décidé d’abord en fonction de l’ancienneté et de l’assiduité. Parmi ceux à qui on a proposé de rester, pour certains, c’est mérité, mais pour d’autres on ne comprend pas.” Il évoque les “courriers catégoriques”, sans possibilité de dialogue. Plus loin sur le marché, une de ses collègues évoque même “un chantage” : “Si on refuse leurs propositions, on n’a plus de place du tout”.

Hichem, vendeur de produits cosmétiques, craint pour son avenir particulièrement précaire : il a le statut de journalier, c’est à dire qu’il est placé en fonction des forains absents chaque jour. “Ils veulent juste casser du forain. C’est comme un conflit social, sauf que là on paye un loyer et on est délogés quand même”. Il devra à l’avenir trouver de nouveaux marchés, probablement déjà bien remplis par les nouveaux venus.

“On ira jusqu’au bout”

Alors que la dispersion des forains de la Plaine semble désormais inéluctable, les colères ne se cachent plus. Perdu pour perdu on ira jusqu’au bout”, lance Michael Cohen. “Tout le monde se doute de ce qu’il va se passer, pressent Michel Marin. On va supprimer les revenus de 300 familles, et même ceux qui auront choisi de partir finiront par se retourner contre la mairie, sans compter ceux qui vont apprendre qu’ils auront de nouveaux concurrents sur leurs marchés”. Mardi sur le marché, beaucoup promettaient un “blocage de la ville” en cas d’échec des négociations. Marie-Louise Lota assure, pour sa part qu’elle “tendra la main jusqu’au dernier moment” pour proposer des places à ceux qui le voudront. 

Au terme des travaux, la situation ne reviendra pas pour autant à la normale. La Ville ne souhaite pas que le futur marché compte plus de 180 forains. La grande dispersion aura donc des effets durables. Pour certains forains, les adieux à la Plaine se devront donc d’être explosifs.

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