Euroméditerranée : un protocole à 677 millions pour acter ses désaccords

Décryptage
le 3 Mar 2022
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Après la région, la Ville doit voter le nouveau protocole d'Euroméditerranée qui dessine les aménagements d'un vaste quartier qui va de Saint-Mauront à la Cabucelle. Au cœur du programme, le grand parc de Aygalades reste flou dans sa dimension, signe des désaccords qui restent à aplanir.

Les premières tours des Fabriques lorsd'une présentation en octobre. Photo : VA

Les premières tours des Fabriques lorsd'une présentation en octobre. Photo : VA

Phase 3 ? Avenant 1 ? Protocole 5 ? Peu importe les chiffres, Euromed se relance. Créée il y a plus de 25 ans, l’opération d’intérêt national connaît une nouvelle saison avec la validation d’un nouveau protocole cadre, unissant les collectivités locales et l’État autour d’objectifs communs.

Opportunisme climatique ou effet politique, cette nouvelle saison sent forcément le printemps puisque ce protocole intervient après l’arrivée aux commandes des nouveaux exécutifs dans l’ensemble des collectivités locales, dont le printemps marseillais à la Ville. Pendant six mois, sous l’égide des services de l’État, toujours majoritaire au sein du conseil d’administration, les différents partenaires ont donc négocié pour accoucher d’un bébé reconnu par tous. Ce fut chose faite, le 28 janvier dernier à l’unanimité des administrateurs.

Après la région, la semaine dernière, le conseil municipal doit valider le document, ce vendredi à l’occasion de la première séance de l’année. Ville, Métropole, département, région et État devront aligner 150,9 millions d’euros de subvention, sur les 677 millions de dépense totale. La clef de répartition entre les pouvoirs publics reste inchangée : l’État verse un tiers de ces subventions, le reste étant à la charge des collectivités, avec un pourcentage supérieur pour la métropole (21,3%).

Euromed, une “ville partageuse et solidaire”?

La lecture du protocole laisse poindre çà et là des accents printaniers. Cela se sent dans le style, comme dans le fond. Extrait :

Euroméditerranée doit construire la ville des rencontres : une ville ouverte, partageuse et solidaire où
l’on se croise, où l’on échange, où l’on fait société. Faire ensemble la ville autrement, créer des ponts,
ancrer des partenariats, bâtir d’autres modes de faire, imaginer des formes et des modèles
économiques hybrides, transitoires ou durables.

Comme de juste, chacun assume la maternité de ce tournant. “C’est une contribution de tout le monde, défend Laure-Agnès Caradec, présidente LR du conseil d’administration, pour le compte du département. Au sein de l’établissement public, nous sommes pleinement en capacité de porter une réflexion globale. On ne peut pas se contenter de raisonner au trait du périmètre“.

À l’inverse, la Ville se réjouit d’avoir infléchi le document à partir de sa propre vision du développement urbain. “Il s’agit de sortir de la situation d’extraterrorialité d’Euroméditerranée, analyse Mathilde Chaboche, l’adjointe à l’urbanisme qui dit avoir lutter avec opiniâtreté pour se faire entendre. Longtemps, Euromed aménageait Euromed. Or, ce n’est pas un morceau de ville qui se soustrait au territoire”.

François Colombani, le directeur général adjoint d’Euroméditerranée devant la maquette du périmètre 2 avec Samia Ghali, Mathilde Chaboche et Laure-Agnès Caradec. Photo : Violette Artaud.

“Du temps plutôt que de l’espace”

L’élue du printemps défend donc l’idée qu’Euromed “c’est du temps plutôt que de l’espace”. Le dispositif d’aménagement ne serait, selon elle, donc pas un quartier mais un outil au service du développement urbain de la ville. Un sujet sur lequel la Ville veut avoir la main en agissant notamment sur la densité des programmes. “Quand on voit ce qui a été construit dans certaines parties du périmètre, on se dit qu’il s’y prépare les copropriétés dégradées de demain”, griffe Mathilde Chaboche. Elle pense aux tours blanches de Smartseille, ce nouveau quartier en bordure de bretelle autoroutière qui a pris la place d’un quartier de hangars, en bordure du port.

Dans le protocole, cette tension entre partenaires se traduit par des zones laissées en blanc ou soumises à arbitrage futur. Cela concerne en premier lieu le nouveau cadre stratégique d’Euroméditerranée qui devra être défini en cours de route. Cela se traduit très concrètement par des arbitrages différés sur des gros morceaux du projet dont le parc des Aygalades. Cette pièce maîtresse du second périmètre est aujourd’hui occupée par la gare logistique du Canet. Après des années de tergiversations, la SNCF a signé avec Euroméditerranée un accord actant la vente et libérant l’emprise fin 2023.

Un parc à géométrie variable

Pour l’heure, le parc reste à géométrie variable avec une fourchette allant de 16 à 22 hectares, associé au même grand écart en surfaces de plancher, projetées de 260 000 à 370 000 selon les scénarios et dans la logique de dédensification défendue par la Ville. “Cela appelle à des arbitrages futurs, concède Laure-Agnès Caradec. L’avantage est que ces scénarios n’ont pas d’impact financier. Quelle que soit la taille du parc, le coût est à peu près le même. Car plus de bâti amène plus d’argent mais nécessite plus d’équipements publics, de voirie…

La taille du parc est aussi fonction de la façon dont celui-ci doit amortir l’effet des crues décennales du fleuve côtier. Plus le parc est grand, plus il y aura de place pour l’expansion de l’eau. Un parc plus étroit obligera à l’inverse à davantage d’aménagement de son lit. “On est vraiment sur un choix de fond en fonction de ce qui sera choisi sur les franges urbanisées, reprend Laure-Agnès Caradec. Il faut prendre en compte toutes les variables, y compris le coût de la dépollution, de l’inondabilité et des équipements publics nécessaires”.

Si la taille du parc n’a pas d’impact financier, son budget de 60 millions d’euros n’est pas tout à fait bouclé. Les collectivités sont appelées à rechercher des financements complémentaires au titre de la prévention des inondations, à l’échelle nationale comme à l’Europe.

Des jachères pour plus tard

D’autres morceaux du périmètre sont laissés en jachère, le temps d’études complémentaires. Il en va ainsi de la rive Est du parc, en bordure du quartier du Canet. Euroméditerranée a été chargé de réfléchir à l’avenir de la copropriété Maison-Blanche, présentée comme une priorité nationale dans le cadre du plan Initiatives copropriétés, lancé en 2018. “Pour l’instant, nous nous sommes mis d’accord pour un rachat public du maximum de lots, explique Mathilde Chaboche. Mais rien n’est arrêté sur le devenir du bâtiment”. Le reste du quartier, jusqu’à l’autoroute A7, doit également faire l’objet de nouvelles études, notamment dans le cadre de la rénovation urbaine.

Le périmètre d’Euroméditerranée 2, avec les différentes zones de développement urbain.

Autres zones laissées en blanc, la façade littorale qui va d’Arenc à Cap Pinède et qui comprend la zone logistique de Sogaris et le faisceau ferroviaire d’Arenc. “Pour l’heure, il n’y a pas d’accord sur le devenir de cette zone, glisse-t-on du côté de l’État. On se laisse le temps d’y réfléchir en commandant de nouvelles études”. Dans ses premières esquisses, l’urbaniste François Leclercq avait poussé loin l’imaginaire avec une aréna posée à Cap Pinède et un encorbellement de l’autoroute A55 qui serpente le long du périmètre. Tout ceci est donc remis à une hypothétique phase 4.

De manière générale, Euroméditerranée a souhaité pousser plus loin la réflexion sur les franges du périmètre. François Leclercq doit donc plancher sur le devenir du boulevard Oddo, en bordure Nord du périmètre en lien avec le village de la Cabucelle. La Cabucelle comme les Crottes doivent faire l’objet d’une présentation lors du prochain comité national d’engagement de l’Anru, le 9 mars prochain.

Même si le protocole trace des lignes jusqu’en 2035, les différents partenaires se sont donnés l’année 2027 comme première date de revoyure. “C’est très sain de ne rien figer et de laisser du temps à la réflexion”, se réjouit Laure-Angès Caradec. Ce laps de temps doit permettre d’acter les modifications de programme et les ajuster aux ressources. Pour la première fois de son histoire, l’établissement public est autorisé à emprunter 150 millions sur 10 ans, notamment pour financer l’achat de terrains. Le temps de voir venir en attendant de se mettre d’accord sur ce qui reste à aménager.

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Commentaires

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  1. jacques jacques

    Quel jargon techno! Ça pue les futures chikaïas entre tous ces gens francs comme des ânes qui reculent.
    Et puisqu’on est en France, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !

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    • Richard Mouren Richard Mouren

      Non, je ne suis pas d’accord avec vous. L’article évite tout jargon techno. Au contraire, il est appuyé sur les dénominations topologiques que tout marseillais connait (Cabucelle, Crottes, Oddo, éclairés par un plan) sans acronyme facile, pour rendre compréhensible une discussion complexe entre plusieurs intervenants aussi bien techniques que politiques. L’article porte sur un sujet complexe et mérite d’être lu attentivement.

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  2. Pascal L Pascal L

    “un encorbellement de l’autoroute A55 qui serpente le long du périmètre. Tout ceci est donc remis à une hypothétique phase 4.”
    Cet encorbellement ou mise en sarcophage est carrément passé à la trappe si le projet de la SNCF pour la gare d’Arenc (voir documents mis en ligne pour l’enquête publique pour la LNPCA) n’est pas amendé. A la place il y aurait une zone de remisage et de nettoyage des TER.
    Des appartements avec balcon sur gare de triage et autoroute, de quoi augmenter l’attractivité du quartier qui est déjà, chacun peut le voir, exceptionnelle.
    De plus, on construit des bâtiments si hauts qu’il n’y a plus de soleil dans les rues restées très étroites. A croire qu’on veut fabriquer des centaines de “Bel Horizon” pour la génération suivante.

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  3. Marc13016 Marc13016

    Je me pose une question chaque foi que je roule sur la passerelle de l’A55 : en contrebas, on voit des voies ferrées, parfois 10 en parallèle. Les trains y sont rares … N’y a-t-il pas moyen d’exploiter cette infrastructure pour faire du transport urbain ?!
    Autrefois je suppose qu’ils circulaient abondamment pour transporter le fret du port. Mais ce fret est de plus en plus déporté vers Fos (ou devrait l’être). ça donne envie pour faire un genre de Tramway, cette artère ferroviaire, qui chemine de Saint Charles à l’Estaque, en passant par le coeur d’Euromed 2. Les urbanistes y réfléchissent j’espère ?
    Et qu’on ne vienne pas me dire que ces voies ferrées sont la “propriété” de la SNCF, du port ou de je ne sais qui. Elles font partie du patrimoine de la citée marseillaise. Si elles ne servent plus à leur usage historique, on doit pouvoir les mettre à profit dans les projets urbains. ça s’appelle la transversalité, le collaboratif, le partenarial … en un mot, le bon sens !

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    • LOU GABIAN LOU GABIAN

      ca appartient surtout au contribuable

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  4. Pascal L Pascal L

    La répons se trouve ici :
    https://www.lignenouvelle-provencecotedazur.fr/sites/lnpca.fr/files/telechargements/medias/documents/Pi%C3%A8ce_C2_CT1_Marseille_Corridor_Ouest.pdf
    pas de sarcophage donc !

    Pourtant, au lieu de décaler des voies côté mer pour dégager un retrait de 15 mètres qui permettra l’élargissement du boulevard du Radoub ( voir page 21/280), il serait nettement plus avantageux pour la ville (son attractivité) et pour les habitants du nord de Marseille que ce décalage soit fait à l’est de la gare d’Arenc et de réaliser la mise en sarcophage de l’A55 comme cela avait été envisagé par les études d’urbanisme et largement médiatisé.
    On peut même supposer que c’est la promesse de cette réalisation qui fait que certaines personnes achètent des appartements sur la zone dite de “Smartseille” qui ne sera donc pas si smart que ça …

    Élargir le boulevard du radoub n’a que de peu d’intérêt car la circulation à pied ou en vélo se fera entre deux murs, ce n’est pas très attractif. Alors que le trajet par un boulevard urbain avec vue sur la mer, tel que prévu par le plan guide, le serait beaucoup plus, permettant un véritable trait d’union en mode doux entre le nord et le Vieux Port le long du littoral.

    Effectivement, la SNCF, entreprise d’état, ne facilite pas le travail de rénovation du centre ville !

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  5. toine toine

    Le parti-pris architecturale sur SmartSeille est affreux. On construit des HLM à la pelle comme s’il n’y en avait pas déjà suffisamment sur Marseille.
    Faudrait emmener nos amis de l’EPAEM à Montpellier pour leur montrer qu’il est possible d’ériger des bâtiments à usage résidentiel avec un minimum de cachet!
    ici ce sont des cages à poules, du béton sur du béton, sans aucune originalité. Triste ville…

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  6. Marc13016 Marc13016

    Merci @Pascal pour cette info. Le document est “dense” ! Je l’ai parcourus de mon œil de candide … pas vu une seule ligne sur le concept d’un tramway, ou d’un moyen de transport similaire, qui emprunterait le foncier ferroviaire. Faut dire, c’est un document de la SNCF : à l’occasion de la ligne nouvelle PACA, elle veut bien parler de TER (et c’est traité dans les 280 pages), mais son job, c’est l’inter-urbain, pas l’urbain … Ma foi, c’est peut être trop compliqué pour moi. Mais je persiste : les études me semblent menées d’une manière plutôt segmentée. Qui serait capable de nous pondre une réflexion globale : territoire étendue (jusqu’à Fos, pour la gestion du fret, et son allègement sur Marseille), transports Inter-urbain et Urbain, économie, paysage, qualité de vie etc. (bon, ils ont fait des études sur le bruit et la qualité de l’air, c’est méritant, il faut le dire). C’est le Job de l’étage politique, je suppose … J’espère que certains lisent ces lignes !
    Un itinéraire “doux”, agréable, avec vue sur la mer, ça pourrait découler de ce type d’approche. J’en rêve !

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    • Pascal L Pascal L

      C’est le problème de la France : les EPIC ou équivalent vivent leur vie comme les petits seigneurs féodaux et recyclent les ex élus. La vision globale ? C’est pas pour eux.

      On pourrait avoir dans le 16e un bord de mer attrayant, favorable au développement touristique car facile d’accès pour les habitants des environs. Au lieu de ça, le GPMM nous inflige des parkings à bateau, des friches industrielles (entre l’Estaque et les Corbières) et, parait-il, touche même un loyer pour les pauvre 300 m concédés pour l’espace Mistral de l’Estaque dont seul 50 m sont en bord de mer. Peut-être aussi pour les quelques centaines de m de plage des Corbières ?

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  7. Marc13016 Marc13016

    Je partage ces analyses : ces Établissements, à caractère industriel et commercial comme le dit leur appellation, ont fatalement un caractère urbanistique, qu’ils réalisent sans être assez pilotés par les politiques, donc les citoyens.
    Pour ce qui est de l’orientation vers le tourisme, je serais un peu moins convaincu : une activité portuaire bien pensée doit bien pouvoir s’harmoniser avec un cadre de vie agréable … et proposer des emplois ! (le tourisme aussi d’ailleurs).
    On peut penser par exemple à de la logistique façon “Amazon” sur l’aire portuaire, en remplacement du fret lourd et dangereux. L’idée serait “d’éclater” les conteneurs pour faire de la livraison sur l’aire marseillaise, plutôt que de les acheminer vers l’intérieur, fonction qu’on peut réserver à Fos (et à sa connexion au fluvial notamment).
    Sujet technique et complexe, mais qui mérite un pilotage citoyen et démocratique !

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