Entre la rue d’Aubagne et la Palud, l’inquiétude gagne le Domaine Ventre

Actualité
Benoît Gilles
11 Fév 2019 6

Fermée et méconnue, la résidence du Domaine Ventre est située juste entre la rue d'Aubagne fermée elle aussi depuis les effondrements et la rue de la Palud où des démolitions d'immeubles sont en cours. Un nouvel arrêté de péril au cœur du Domaine attise les inquiétudes.

Au cœur de Noailles les habitants du Domaine Ventre retiennent leur souffle. Le quartier est enserré, pris en étau entre les effondrements de la rue d’Aubagne au nord et la démolition en cours, rue de la Palud au sud. Le calme de ce quartier résidentiel, enchâssé dans Noailles, est troublé par le fracas régulier des chutes de pierre. Comme il y a quelques mois sur le cours Lieutaud, la Ville a installé son PC de sécurité rue de la Palud.

Les agents du service de prévention et de gestion des risques (SPGR) supervisent la démolition du n°43, suivi sans doute du 41 qui le jouxte. Le mur porteur que se partagent les deux immeubles est trop fragile pour écarter le risque d’un effondrement à très court terme. Des riverains des immeubles de la rue mais aussi des maisons du Domaine Ventre, situées le long du passage qui débouche dans cette rue, on été évacués pour plusieurs semaines.

Nouvelle évacuation

Mais les évacuations ne se sont pas arrêtées là. Depuis mercredi dernier, ce sont les immeubles situés au cœur du Domaine Ventre, aux entrées 9-14, qui ont dû être évacués. Les deux immeubles forment une arche sous laquelle passe la voie des écoles qui grimpe ensuite vers la rue d’Aubagne. En tout ce sont 16 appartements qui sont directement concernés. “Il est difficile de dire combien de personnes cela concerne parce que certains locataires ont décidé de partir depuis le drame de la rue d’Aubagne”, estime Jeanne*, une des évacués qui a trouvé refuge chez des amis. Mais il y a parmi nous une personne âgée infirme et une famille avec un tout jeune bébé“. Ils espèrent tous pouvoir revenir une fois les travaux de confortement effectués. Une partie des désordres est visible de l’extérieur : une fissure sur un mur est marqué d’un témoin. La voûte du porche présente plusieurs points de fragilité.

Le porche menaçant qui a déclenché une évacuation au cœur du Domaine Ventre.

“Le problème principal concerne l’appartement qui est situé au-dessus du passage, explique Fanny, une autre habitante. Il est propriété de la Ville de Marseille et présente une énorme fuite d’eau”. Selon Jeanne, sa voisine, ledit appartement est dans “un état exécrable, infect, dégueulasse. J’habite le Domaine Ventre depuis 12 ans et je l’ai toujours connu comme ça”.

Appartement abandonné par la Ville

Elle évalue à 20 ans la date de son achat, sans doute par voie d’expropriation. La Ville ne participe à aucune assemblée de copropriétaires et laisse son bien dépérir, fragilisant tout le reste. “La fuite d’eau provient d’un faux plancher à l’étage du dessus mais comme l’appartement de la Ville n’est pas entretenu personne n’a pris conscience de l’étendue des dégâts, reprend-elle. Nous avons un second problème qui concerne le sol en-dessous de l’immeuble”.

Comme un peu plus haut, rue d’Aubagne, le sous-sol du Domaine est gorgé d’eau. “Notre immeuble a bougé, explique Jeanne. Nous avons décidé de poursuivre les investigations pour savoir s’il y a un risque. On ne peut pas avoir connu le drame de la rue d’Aubagne et reprendre la vie comme si de rien n’était. Nous habitons de l’habitat ancien, il faut en prendre conscience et agir en conséquence, si le financement est acceptable”. Le cabinet Liautard -le même qu’au 65 de la rue d’Aubagne- a entrepris sans barguigner de pousser plus loin les investigations dans le sous-sol et de mandater un architecte pour examiner la structure.

Source et fuites

Les experts du centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) avaient conclu à une grande hétérogénéité des sols à la rue d’Aubagne. Les immeubles sont parfois construits sur du remblais vieux de plusieurs siècles que des mouvements d’eau a fait bouger. Or, les habitants du Domaine Ventre savent tous qu’il existe au moins une source sous leur pied. “Dans un ancien local associatif qui appartient au diocèse, on sait qu’il y a une source et une pompe”, explique Céline Gauchet, une autre voisine.

“S’il y a un écoulement naturel depuis 300 ans cela ne peut pas être la cause d’un désordre récent, constate un haut fonctionnaire d’État qui s’est penché sur le sujet. En revanche, il peut y avoir des eaux anthropiques en surface qui peuvent augmenter le risque de désordres”. En clair, des canalisations fuient parfois de longues années sans intervention. “Le plus souvent l’eau pluviale des cours intérieurs est raccordée au réseau d’égout par des tuyaux en grès qui au fil des années ont parfois disparu, explique un architecte spécialisé dans l’intervention sur l’habitat indigne. Cela ravine énormément. Et comme à Noailles, le bon sol solide est parfois à 10 ou 15 mètres, cela peut créer des cavités importantes sous des immeubles de conception médiocre”.

Inquiets, les copropriétaires du Domaine ont fait intervenir une entreprise spécialisée. “Ils ont fait passer des caméras dans les canalisations, explique Corinne Scotto, la présidente de l’association Le nouveau Domaine Ventre. Mais c’est très cher et les copropriétaires n’ont pas les moyens de le faire dans tout le domaine”.

En attendant le centre social

L’autre sujet d’inquiétude tient à la gestion par la ville de ses propriétés. Dans les bâtiments en cours de démolition, la Soleam possédait quelques appartements. Elle détient également de grands locaux destinés depuis 2014 à accueillir un centre social (lire notre article). “Nous avons découvert que ces locaux n’étaient absolument pas entretenus”, constate Corinne Scotto.

Le centre social doit occuper une des entrées du Domaine Ventre, rue Moustier.

“Nous avons été prévenus de cette fuite et nous avons fait le nécessaire, explique Gérard Chenoz, président de la Soleam et adjoint au maire. Il faut avoir à l’esprit que nous ne sommes qu’un outil au service de nos actionnaires, en l’occurrence, dans le cas présent la Ville de Marseille”. Outre l’appartement du 19, la Ville est aussi propriétaire du n°1 du Domaine Ventre, muré depuis des années.

Ils nous ont dit qu’il allait l’utiliser pendant le chantier du centre social comme base de chantier, explique Jeanne. Mais nous ne savons pas s’il va résister aux opérations de déconstruction. Et une fois celles-ci terminées on craint qu’ils en fassent une voie carrossable permanente pour entrer dans le Domaine Ventre”. Un projet que le président de la Soleam dément poursuivre.

Mais, entre les effondrements récents, la démolition en cours et le chantier qui s’ouvre, la tranquillité de la petite copropriété fermée semble s’effacer. Comme le formule Jeanne : “Le domaine Ventre est devenu le nombril du quartier que tout le monde regarde”.

*À la demande de l’intéressée, le prénom a été modifié.

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