Encore dans le brouillard, le téléphérique rencontre ses premières turbulences

Actualité
le 12 Mai 2018
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Promis par Jean-Claude Gaudin en 2014, le projet d'un téléphérique menant du Vieux-Port à Notre-Dame-de-la-Garde est resté suspendu pendant plusieurs années. Mais alors que le lancement d'une étude lui donne un nouvel élan, les riverains du 7e arrondissement commencent à s'inquiéter à l'idée d'être survolés.

Une nouvelle bataille se dessine déjà pour les riverains du 7e arrondissement, à peine remis de leur combat pour la carrière antique de la Corderie. Resté en gare pendant plusieurs années, le projet du téléphérique de Notre-Dame-de-la-Garde, promis par Jean-Claude Gaudin en 2014 pour désengorger les accès à la basilique, a amorcé son envol en 2017 : la Ville a lancé un marché d’un million d’euros afin de se faire assister sur les études et démarches préalables à une mise en chantier. Depuis mars, c’est une filiale de la SNCF, Systra qui accompagne la Ville et doit rendre une première étude en fin d’année.

Ce glissement vers le concret ne se fait pas sans secousses. Dans une lettre ouverte, adressée au président de la confédération des comités d’intérêt de quartier (CIQ) par Jean-Claude Rostain, président de la fédération des CIQ du 7e, les doléances défilent :

Ce projet de téléphérique dont on sait qu’il ne pourra pas fonctionner avec un mistral supérieur à 70 km/h, qui frôle et dénature des sites historiques tels que l’Abbaye de St Victor, le Fort St Nicolas et celui même de Notre-Dame de la Garde, qui pose le problème de la circulation des cars et leurs stationnement au bassin du Carénage, qui survole une multitude d’habitations leur faisant subir des nuisances et des risques accidentels, avec un cout de maintenance excessif, doit être abandonné au profit d’autres projets qui existent et peuvent résoudre le problème de la fréquentation touristique de Notre-Dame.

« Ce transport ne concerne pas les Marseillais, surtout les touristes », s’élève le même à l’oral, en pointant du doigt le tracé qui va du Vieux-Port à la Bonne mère, « et il va y avoir des nuisances visuelles et sonores pour les personnes qui habitent sur le trajet« . Les membres des CIQ du 7e arrondissement phosphorent sur le sujet depuis près d’un an et ont déjà envoyé plusieurs courriers à la mairie et à Gérard Chenoz, adjoint aux grands projets d’attractivité à Marseille. Sans réponse pour l’instant.

La peur de la « verrue »

Les riverains, eux, n’ont pas eu besoin d’appel d’offres pour trouver leur propre consultant amateur en téléphérique, en la personne de Michel Thibout. Membre de la commission urbanisme de la fédération du 7e, ce dernier s’est passionné pour les transports urbains par câble et épluche le dossier depuis plusieurs mois.

Pour lui, la comparaison avec Toulouse s’impose : « Leur projet est plus important que celui de Marseille, trois kilomètres et trois stations contre un kilomètre et deux stations à Marseille, mais les caractéristiques techniques risquent d’être les mêmes, car le téléphérique de Toulouse doit pouvoir avoir une tenue au vent de 107 kilomètres heure. » Or le coût du projet toulousain a grimpé progressivement de 43 millions à 56 millions pour les travaux et la même somme pour la maintenance sur vingt ans. En appliquant une règle de trois pour Marseille, il est pessimiste par rapport au coût affiché par Gérard Chenoz de 5 à 15 millions.

Surtout, ces infrastructures sont également une source de tracas : « Vous avez déjà vu des gares de téléphérique ? C’est très grand, ça risque d’être une énorme verrue à côté de Notre-Dame-de-la-Garde, continue Michel Thibout. Quant au pylône, il risque de faire de 35 à 40 mètres de haut. Cela changera l’aspect de Marseille. » Au-delà de l’avis des CIQ, c’est l’Architecte des bâtiments de France devra valider l’intégration de ces éléments à proximité de sites classés.

« Nous n’avons encore rien à concerter »

Dans ses courriers à la Ville, la fédération des CIQ du 7e réclame une réunion avant la fin de l’étude, pour pouvoir exposer ses griefs. Mais Gérard Chenoz écarte l’idée : « Nous n’allons pas faire une concertation maintenant, parce que nous n’avons encore rien à concerter. Pour l’instant, on sait que le téléphérique partira de la rive sud du Vieux Port et arrivera près du sommet de Notre-Dame-de-la-Garde. Je ne sais pas s’il y aura un ou deux câbles, combien de navettes il y aura, où seront les pylônes, c’est l’étude qui doit déterminer ça. »

L’examen du cahier des charges de l’étude confirme ces dires, à un détail près. L’assistant à maîtrise d’ouvrage de la Ville a bien pour mission d’écrire le programme technique du téléphérique, préalable à la passation d’un marché public pour la construction : c’est ce programme qui en définira les caractéristiques. En revanche, la Ville a déjà des idées sur l’implantation des gares et d’un pylône, si l’on en croit les deux scénarios évoqués dans le cahier des charges. Un des tracés voit le téléphérique partir de l’est du bassin de carénage, l’autre du fort Ganteaume.

Extrait du cahier des charges de l’étude, page 22

Un point pourrait crisper les habitants du 7e : les deux scénarios placent le pylône près du croisement entre le boulevard de la Corderie et la rue d’Endoume. Nécessairement, sur un terrain non construit… Dans le premier scénario, le pylône occupe donc le boulodrome, ou le square pour enfants à côté. Dans le second, de façon surprenante, la place Joseph Etienne.

Scenario 1 : le boulodrome et le square
Scenario 2 : la place Joseph Etienne ? De façon plus réaliste, d’autres friches à proximité (ici, à côté du lycée Rempart) pourraient être utilisées.

Autre son de cloche dans le 6e

Mais du Vieux-Port à la Bonne-mère, le chemin est encore long. C’est uniquement en fin d’année, après réception de la copie de Systra pour la première phase de l’étude, que la Ville prendra la décision de le construire ou non, insistent Gérard Chenoz comme Yves Moraine, président du groupe majoritaire au conseil municipal.

En plus du programme technique du téléphérique, en effet, le consultant doit plancher sur son montage financier : aucune ligne n’étant inscrite pour la réalisation au budget de la Ville, qui souhaitait miser sur un « financement spécifique« , il s’agira de démontrer que le projet peut bel et bien intéresser un prestataire prêt à prendre en charge les frais de construction, ou de rechercher des subventions auprès du département, de la région ou de l’Union Européenne. Quel que soit l’arbitrage, le téléphérique ne se fera pas dans le mandat actuel : les calendriers les plus optimistes prévoient une mise en service pour début 2021.

Du côté de la majorité municipale, le portage politique est cependant toujours là : « Le téléphérique créerait un outil d’attractivité supplémentaire pour la ville, se transporte Yves Moraine, par ailleurs maire des 6e et 8e arrondissement et soutien de longue date du projet. Avec un aspect ludique, la vue sur la baie et sur la ville, ce serait une signature urbanistique. »

Il est d’ailleurs d’autant plus simple pour lui de défendre le téléphérique que ce dernier ne rencontre pas d’opposition de la part des riverains du 6e arrondissement : le tracé envisagé ne survole pas ces quartiers, et ceux-ci sont plutôt dérangés par le passage des cars de touristes se rendant à Notre-Dame-de-la-Garde. « Moi, je suis pour le téléphérique, c‘est la meilleure solution, explique ainsi Jean-Jacques Grumbach-Lacoste, vice-président du CIQ d’Aune-Puget. J’habite rue Fort-Sanctuaire, il y a 300 cars qui passent par jour. Parfois, toute la journée, vous ne pouvez pas ouvrir vos fenêtres. »

Les CIQ à la recherche d’une position commune

« On ne nie pas qu’il y a des nuisances avec les grands cars de tourisme qui se bloquent dans les virages, concède Michel Thiboult. Mais il y a des solutions alternatives« . Il verrait bien un ascenseur aux parois transparentes partir du boulevard Tellene, au niveau du stade Di Giovanni. Selon lui, certains dans des CIQ du 6e envisagent même un téléphérique vertical au départ du Bois Sacré, à flanc de falaise. Mais il nuance : « Là, on n’aurait plus la vue« . Pour compléter le tableau, un mystérieux projet de « télérail », en provenance des CIQ du 8e arrondissement, se partage par mail.

Une multitudes d’avis que la confédération des CIQ va devoir arbitrer pour en dégager une position commune. « Le sujet va être inscrit à une réunion du conseil d’administration, pour que le vote soit collectif. C’était trop délicat pour un vote du bureau uniquement, il faut peser l’intérêt général et celui des personnes directement concernées« , expose Jean-Marc Chapus, président de la confédération. Au vu des incertitudes qui entourent le projet, nul doute que la mairie sera attentive à ce vote.

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