En attendant Quartiers libres, les écoles de la Belle-de-Mai sont déjà dans le rouge

Actualité
Clara Martot
19 Juin 2019 5

Pour la première fois, la Ville de Marseille est confrontée à une étude prospective sur la fréquentation des écoles du 3e arrondissement. Réalisée dans le cadre du projet de transformation urbaine "Quartiers libres", elle prévoit une réelle surchauffe dès la rentrée, avec trop d'élèves et pas assez de classes. En attendant de nouvelles écoles d'ici trois ans.

En 2016, une manifestation des parents d'élèves pour demander l'ouverture de classes à la Busserade (3e). Photo : Esther Griffe

En 2016, une manifestation des parents d'élèves pour demander l'ouverture de classes à la Busserade (3e). Photo : Esther Griffe

« Plus de place. Tous les élèves recensés, seront désormais sur liste d’attente. Merci pour votre compréhension. » Ce n’est ni une établissement cossu, ni une super colonie de vacances qui affiche complet ce 14 juin… mais une école publique, située boulevard National (3e). Les annonces comme celle placardée ce vendredi sur la porte de la maternelle Pommier sont malheureusement familières aux parents marseillais. Ça l’est encore plus dans le 3e, où les écoles sont saturées depuis plusieurs années.

Dans le secteur, le projet urbain « Quartiers libres », qui couvre 140 hectares de Saint-Charles à la Belle-de-Mai, fait face à de fortes attentes de la part des habitants, inquiets de la construction de 6000 logements sur les pentes qui montent à la gare. Les prospectives scolaires réalisées par les acteurs du projet ont ajouté quelques degrés au niveau d’inquiétude. Au vu de la progression démographique dans le 3e arrondissement, la Ville est dans l’obligation d’ouvrir au moins trois nouvelles classes par an jusqu’en 2022, et même une école pour 2027.

« Tension »

Ces analyses ont été dévoilées par l’équipe de « Quartiers libres », en février 2019 lors d’une réunion d’information sur le projet, au cours de laquelle les écoles se sont imposées comme la préoccupation centrale des collectifs du quartier. Le graphique a ensuite été exposé à la maison pour tous de la Belle-de-Mai. Il dévoile une courbe croisant le nombre d’élèves à inscrire et les effectifs scolaires disponibles par année. La courbe se découpe en trois phases bien distinctes. La première phase, « en tension », court jusqu’à 2022, année où un nouvel établissement de vingt classes, l’école Marceau, doit être livré.

Photo du panneau de l’exposition présentée à la maison pour tous Belle de mai.

Cette livraison sera la première d’une série d’ouvertures permettant de franchement désengorger les écoles du quartier. Mais, en attendant, les rentrées risquent d’être tendues. « Nous avons d’ores et déjà les moyens d’ouvrir une classe supplémentaire à l’école Busserade dès septembre, explique Danièle Casanova, adjointe (LR) chargée des écoles. Ce site nous permet d’envisager l’ouverture de plusieurs classes en fonction des besoins car il comprend une ancienne caserne que nous n’avons pas encore exploitée. »

Quartiers libres : la carte des écoles

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Les ouvertures en 2023 des écoles Jolie-Manon, des Docks Libres et de la Friche permettront même au quartier d’être en « surcapacité » d’accueil, estiment les experts. Dans le vert, l’arrondissement pourra alors enfin se permettre de fermer deux écoles en préfabriqué qui se voulaient provisoires. Busserade-Masséna, ouverte en 2010 et très vite victime de surcharge (lire notre article de 2014) et Bugeaud, ouverte près de la caserne en 2015 et soumise aux inondations et à l’insécurité.

Mais, à lire le graphique, le soulagement ne serait que de courte durée. Dès 2027, les nouvelles écoles ne permettraient plus d’absorber la démographie de l’arrondissement. C’est la troisième phase mise en lumière par « Quartiers libres ». Elle mènera à un « retour des tensions sur les établissements en l’absence d’ouverture supplémentaire », préviennent les prospectives.

La Ville n’a jamais réalisé de prospective scolaire

La conclusion des acteurs du projet est sans appel. « Dès maintenant, il faudra donc intervenir sur les écoles existantes, non seulement pour trouver des classes, mais aussi et surtout pour améliorer les conditions d’enseignement et d’accueil des enfants », conclut l’étude. Les enjeux sont nombreux sur ce secteur où dominent les établissements prioritaires (REP+). « Quartiers libres » se donne en effet l’ambition de dédoubler les classes de CP et CE1, comme prévu par la loi, mais qui se traduit à Marseille par la présence de deux enseignants par classe… faute de salles disponibles.

La problématique des surcharges de classes ne date pas d’hier. Elle a conduit en 2017 à la création du collectif « Écoles publiques du 3e » : « Des bibliothèques sont transformées en classes, il n’y a pas assez de places dans les dortoirs », accuse l’un des membres, Nicolas Steinfelds. Ce parent d’élève poursuit à l’infini l’énumération des problèmes qui frappent l’école National, celle de ces enfants, lassé de conclure toujours au même constat : « Rien n’est jamais anticipé ».

Sur ce sujet, le rectorat explique à Marsactu que « la réalité de la population scolaire accueillie est évaluée à chaque préparation de rentrée scolaire, puis comptée une fois la rentrée passée. » Les prospectives produites par Quartiers libres offrent donc à la Ville une capacité inédite d’anticiper les besoins. Et bien qu’à l’origine de ces analyses, Quartiers libres n’est pas habilité à communiquer dessus, la Ville étant seule compétente en matière de recensement et d’écoles. C’est donc l’adjointe aux écoles qui s’y colle. « Nous ne pouvions pas faire de prospective parce que le rectorat nous interdisait l’accès à la base élèves, le seul outil permettant d’évaluer l’évolution de la démographie scolaire, explique Danièle Casanova. Cela permet de s’apercevoir que 90 élèves ont quitté le quartier pendant l’année. Nous le savons, le 3e est un quartier où il y a beaucoup de mouvement notamment du fait de l’état des logements. »

2023, si tout va bien…

Lors du conseil municipal du 17 juin, la Ville a voté un partenariat tout nouveau de 115 000 euros avec l’AGAM (agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise) pour élaborer un outil de prospective scolaire. Celui-ci permettra en premier lieu « d’établir un diagnostic rétrospectif et prospectif en matière socio-démographique et de besoins scolaires » pour « élaborer des scénarios », détaille la délibération. L’outil, qui entre dès ce mois de juin en phase d’expérimentation, répondra peut-être aux multiples problématiques scolaires du 3e arrondissement.

Surtout que les dates d’ouvertures d’écoles avancées par « Quartiers libres » pourraient être retardées. En effet, l’annulation juridique du PPP (partenariat public-privé) l’hiver dernier a conduit la Ville à sortir deux futures écoles de son plan écoles : Jolie-Manon et Docks libres. Tous deux dans le 3e arrondissement, les futurs établissements seront construits via une maîtrise d’ouvrage public classique, sans attendre que le sort des autres écoles, inscrites dans le PPP, soit fixé. Mais, entre retard du lancement de la procédure et rallongement des délais via cette formule, leur livraison est repoussée de 2021 à 2023.

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