Écoles : “L’absence d’une bonne partie du personnel municipal a posé de gros problèmes”

Interview
le 15 Mai 2020
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La secrétaire générale du SNUIPP-FSU 13 revient sur la rentrée à marche forcée et les difficultés rencontrées par les enseignants dans les écoles marseillaises.

Lundi 11 mai, un père et son fils attendent le directeur à l
Lundi 11 mai, un père et son fils attendent le directeur à l'entrée de l'école des abeilles (1er arr.). Un marquage au sol a été installé pour gérer les sorties et les entrées en respectant la distanciation sociale. Photo : JML

Lundi 11 mai, un père et son fils attendent le directeur à l'entrée de l'école des abeilles (1er arr.). Un marquage au sol a été installé pour gérer les sorties et les entrées en respectant la distanciation sociale. Photo : JML

Mardi 12 mai, une partie des écoliers marseillais a repris le chemin des classes dans des conditions très particulières. Deux jours plus tard, Virginie Akliouat, secrétaire général du SNUiPP-FSU 13, syndicat majoritaire dans le premier degré, revient sur cette rentrée particulière et les difficultés rencontrées.

Pour reprendre la formule du maire de Marseille, est-ce qu’à vos yeux, tout était “prêt” pour cette rentrée du 12 mai ?

Autant que ce que nous avions prévu ; c’est-à-dire pas du tout. À Marseille, ça a été compliqué. L’absence d’une bonne partie du personnel municipal a posé de gros problèmes dans l’application du protocole sanitaire. La Ville de Marseille a réagi dimanche soir et l’éducation nationale a réagi à son tour en regroupant un certain nombre de groupes scolaires pour s’adapter aux effectifs du personnel municipal.

Quelles conséquences pour les enseignants ?

Il a fallu prévenir les enseignants le dimanche soir pour le lundi matin et les élèves pour le mardi. C’était pas évident à gérer, sans parler des problèmes administratifs. Les enseignants ont des arrêtés de nomination qui les lient à une école. Normalement, on n’a pas le droit d’être ailleurs, on n’est pas assurés pour y être. Et scolariser les élèves ailleurs n’avait pas davantage de base juridique. Finalement, l’administration s’est engagée à fournir les ordres de mission.

Les problèmes du département se sont concentrés sur Marseille ?

Toutes les autres grosses communes ont reporté la rentrée comme Aix-en-Provence et Salon-de-Provence, donc oui. Plus il y a d’établissements, plus c’est complexe.

La Ville de Marseille a finalement annoncé 66 écoles (sur 470) qui n’ont pas rouvert.

Oui, entre celles qui n’ont pas ouvert à cause du Covid, comme autour de Kalliste et Malpassé, celle qui n’a pas ouvert pour raison d’amiante [école de Félix Pyat, ndlr], les 10 groupes fermés car décalés ailleurs… Le reste des écoles ce sont des écoles qui avaient des questions de protocole sanitaire qui n’étaient pas réglées. Cela aurait pu être pire mais le nombre d’élèves a beaucoup aidé. Les classes à petit effectif, c’est beaucoup plus confortable à gérer.

Le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) nous avait annoncé que les enseignants sur validation des inspecteurs de circonscriptions, pourraient ne pas ouvrir leurs écoles si les conditions n’étaient selon eux pas réunies.

Pas du tout. Il y a eu d’énormes pressions du Dasen en personne sur les équipes enseignantes. Les enseignants qui ont eu des problèmes l’ont fait remonter à leur hiérarchie et à la municipalité mais les équipes qui ont demandé un deuxième jour ne l’ont pas obtenu alors que le deuxième jour de prérentrée était prévu. Et cela continue : avant-hier soir, le Dasen a demandé aux enseignants de ne s’adresser qu’à leur hiérarchie, c’est-à-dire ni aux municipalités, ni aux syndicats. C’est contraire à la logique partenariale de l’école entre l’Éducation nationale et les mairies, au plus proche du terrain. Je pense que l’Éducation nationale voulait afficher de bonnes statistiques sur le nombre d’élèves accueillis. Ils ont mis les enseignants dans une position extrêmement délicate vis-à-vis de leur responsabilité directe en cas de mauvaise application du protocole sanitaire.

À l’arrivée, un peu plus de 3000 élèves seulement sont retournés en classe

Ce n’était pas une rentrée complète. Le 12 mai, seuls les grandes sections, les CP, les CM2 et les CE1 en éducation prioritaire sont rentrés dans notre département. Et puis beaucoup de parents se sont rétractés entre le moment où ils sont inscrits et le jour de la rentrée.

Certains parents se sont plaints d’avoir vu les effectifs autorisés changer au dernier moment.

Certaines écoles ont en effet dû diminuer au dernier moment les capacités d’accueil en lisant le protocole sanitaire. Après avoir bougé les bureaux, il a fallu fonctionner autrement et faire d’autres choix.

Quels élèves sont de retour ?

À l’échelle nationale, les sondages des fédérations de parents d’élèves sont très clairs. À Marseille, on observe une disparité sur le territoire. On s’aperçoit très largement que la volonté politique de faire revenir à l’école ceux qui s’en sont plus éloignés n’obtient pas de résultats. Et certaines écoles sont toujours fermées à ce jour, faute d’élèves.

Les conditions dans lesquelles ils sont encore confinés – dans les faits – sont toujours plus compliquées qu’ailleurs. Les difficultés financières se poursuivent mais les enseignants continuent à être très présents et à travailler avec les collectifs et les associations pour organiser la solidarité. Un engagement pour lequel les enseignants n’ont pas été aidés. À ma connaissance, il y a des aides sociales à l’enfance au rectorat qui n’ont pas été débloquées. Elles pourraient toujours l’être.

Quels retours avez-vous sur le quotidien à l’école en ce moment ?

Le quotidien est compliqué. C’est épuisant que ce soit pour les enseignants ou les enfants. Le climat est très différent du climat scolaire habituel. On passe beaucoup plus de temps à faire attention à leurs moindres faits et gestes, de la proximité, du lavage constant des mains et du nettoyage des surfaces. On trouve cela très dommage. L’école est un lieu où les enfants doivent se sentir bien et être dans de bonnes dispositions pour les apprentissages.

La prochaine échéance, c’est le 25 mai avec la rentrée de tous les élèves cette fois.

Là, les choses se mettent en place et il faut déjà très vite basculer vers l’organisation du 25 pour ne pas revivre de situation chaotique à grande échelle. Mais ça va aller très vite car il n’y a que trois jours de classe. Pour les municipalités, il y aura besoin de beaucoup plus de monde et beaucoup de locaux supplémentaires à nettoyer. On a bien senti l’urgence sur le 12 et pour moi, le 25 n’a pas encore été anticipé.

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Commentaires

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  1. Fred B Fred B

    Effectivement rien n’est près du coup la rentrée des ce1 ce2 et cm1 est reporte au 2 juin….

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  2. SilviaA SilviaA

    Oui nous venons d’apprendre cela, les enseignants dans notre école étaient prêts, les enfants aussi.. et boom le maire décide de reporter.
    C’est dur pour les enfants qui attendaient fortement cette rentrée.
    Déjà qu’il y a classe qu’un jour par semaine pour respecter les normes sanitaires..chaque décalage d’une semaine entraîne des déceptions énormes. Les enfants ont besoin de se re-socialiser. Le confinement c’est rude psychologiquement.

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