Premier débat des municipales

Écoles : état des lieux avant changement de propriétaire

Décryptage
le 2 Sep 2019
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Audit, PPP annulé par la justice, grèves à répétition... Premier budget de la Ville, les écoles concentrent les polémiques, alors que Jean-Claude Gaudin s'apprête à tourner la page. Marsactu passe en revue les enjeux qui attendent la prochaine équipe municipale.

À Marseille, les activités du Plan mercredi n'auront pas lieu dans les écoles.

À Marseille, les activités du Plan mercredi n'auront pas lieu dans les écoles.

Le premier budget, le plus palpable. Pour une municipalité, les écoles et les cantines sont la compétence socle. Pour l’ancien prof d’histoire-géo Jean-Claude Gaudin, le sujet est sensible. Être pris en défaut, « laisser un gamin sur le trottoir », constitue sa hantise, à ce qu’il en dit régulièrement en conseil municipal. Des punaises de lit, des salles inondées, des faux-plafonds qui tombent, des minots en doudoune, les témoignages des Marseillais en fourmillent pourtant.

Quelques mois avant de rendre les clés de l’hôtel de Ville, le maire ouvre cette rentrée avec de nombreux dossiers en chantiers, qui constitueront autant d’enjeux de la campagne des municipales. Tour d’horizon.

État des écoles : les trois audits

Dans quel état sont vraiment les écoles marseillaises ? Récurrente jusqu’à 2016, la question est devenue aiguë à partir du début de cette année là, marquée par la portée nationale de la tribune « Je nous accuse » publiée par Marsactu. Signée par Charlotte Magri, enseignante à l’école Jean-Perrin (15e), elle racontait le quotidien « de ces écoles en décrépitude où les enseignants, assez souvent en état de survie psychique, ont pris l’habitude de trouver normales les conditions que nous imposons à nos élèves, même s’ils les trouveraient insupportables pour leurs propres enfants ».

« Les travaux depuis deux ans ont avancé. C’est sûr qu’il y a beaucoup de choses à faire mais le maire a pris conscience de la situation », estime le recteur d’académie Bernard Beignier. L’état des lieux dressé par ses services conclut à une soixantaine d’écoles avec des travaux importants, dont trente avec des travaux « très importants ». À quel titre l’État vient-il analyser l’état des écoles, compétence de la mairie ? « La sécurité des enseignants et aussi des élèves. Je n’empiète pas sur les compétences de la mairie quand je signale une situation problématique. Je demande simplement que la municipalité exerce pleinement cette compétence », justifie le recteur.

Cette démarche, inhabituelle de la part de l’Éducation nationale, chargée de l’enseignement mais pas des bâtiments, avait été lancée en 2016 en réaction à la polémique. Longtemps restée confidentielle, et improprement qualifiée d’audit ou de rapport, elle consiste en fait en un simple tableau recensant les réponses des directeurs d’écoles à un questionnaire. Devenu régulier, cet état des lieux remonté du terrain aurait pu se doubler d’un audit plus conséquent et technique, inscrit dans un amendement d’une députée LREM de Marseille Cathy Racon-Bouzon. Furieux de cette intrusion dans ses prérogatives, Jean-Claude Gaudin a vu avec satisfaction le Parlement annuler in extremis cette mesure.

Outre l’audit qui n’en était pas vraiment un, et celui qui ne verra pas le jour, le ministère a lancé une autre enquête, menée par la fédération des délégués de l’éducation nationale, des bénévoles, souvent retraités de la maison. Lors de sa propre conférence de presse, l’adjointe au maire Danièle Casanova a brièvement évoqué cette « descente ». « Nous avons le résultat. Ils disent bien entendu que tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes », a-t-elle résumé, sans la rendre publique.

« Ce ne sont pas des techniciens des bâtiments », a-t-elle toutefois ajouté. Une manière de justifier la démarche que la Ville qui a fini par lancer, trois ans après la polémique : un audit d’ensemble « menée par des sociétés spécialisées, qui mettra tout le monde d’accord une bonne fois pour toute et que nous laisserons à nos successeurs ». Lancé pendant l’été, le marché public sera bientôt notifié aux deux prestataires. Leurs équipes devraient démarrer le passage en revue méthodique des 470 écoles fin septembre, pour un rendu espéré à la fin de l’année 2019.

Le budget fait le yo-yo

À sa décharge, la Ville n’a pas attendu 2019 et le lancement de cet audit pour réagir aux critiques sur l’état de ses établissements. En 2016, elle débloquait une enveloppe de 5 millions d’euros, venant s’ajouter aux 36 millions du budget annuel prévu. « Cet effort de 5 millions d’euros supplémentaires sera reconduit en 2017 et 2018 », annonçait-elle. Un cap tenu à en juger par le montant des budgets votés ces années là (57 millions puis 50 millions), en partie grâce aux subventions du conseil départemental, venues alléger le fardeau.

D’un contenu variable d’une année sur l’autre, le dossier de presse de cette rentrée se fait moins disert sur ce point, se contentant d’annoncer « environ 40 millions d’euros ». À la Ville, on insiste sur la complexité de tout chiffrage. Ainsi, les « travaux réalisés par la régie » donc des agents de la Ville, ne sont pas comptés comme des dépenses d’investissement, tout comme les menues réparations, la maintenance du quotidien. Dit autrement, bien entretenir son patrimoine en interne n’est pas « valorisé » par cette seule approche. Pour corser le tout, elle précise que les travaux sur les gymnases sont comptés sur le budget des sports et que des interventions relèvent de celui des espaces verts, voire de la sécurité pour les visiophones en cours de généralisation.

Il n’empêche qu’en comparant ce qui est comparable et en reprenant la seule ligne « éducation » des dépenses d’investissement, le dernier budget de l’ère Gaudin marque un net recul avec 35 millions d’euros, soit à peu près le retour à la moyenne antérieure.

Une rentrée public-privé

Comme chaque année, le maire Jean-Claude Gaudin assistera en fait à deux rentrées. Celle du public, aux Caillols, puis celle de l’enseignement privé, à Saint-Barnabé. Car en plus des 80 000 petits Marseillais inscrits à l’école publique, 56 établissements – en grande majorité catholiques – en accueillent 13 600. Des effectifs en forte augmentation depuis 1995, comme Marsactu l’avait souligné dans une enquête en partenariat avec le Ravi. Parmi ses multiples arguments, le privé a pu compter sur la plus grande souplesse offerte aux parents sur les temps périscolaires. Côté public, la Ville, qui s’est illustrée par son impréparation de la réforme des rythmes scolaires – aujourd’hui annulée – fait par exemple payer au forfait les garderies, indépendamment de la présence effective des enfants.

Ces trois dernières années, la dynamique du privée semble s’être tassée, et le montant versé par la mairie avec : il atteint 11,97 millions d’euros, contre 11,4 millions en 2016. En comparaison, le budget total de fonctionnement de l’éducation est de 189 millions d’euros. Ce dossier pourrait animer les débats de la campagne municipale car plus du tiers de ce soutien est facultatif. Il s’agit de la prise en charge des salaires des personnels qui encadrent les enfants, en maternelle comme en élémentaire.

Pas équipés pour construire autant d’écoles

Dans son court compte-rendu de l’enquête des délégués de l’éducation nationale, Danièle Casanova a signalé qu’il ne leur avait pas échappé que « les GEEP fonctionnent mal ». Au nombre de 31, ces groupes scolaires sont issus d’une technique de construction en structures métalliques préfabriquées, en vogue dans les années 60. « J’ai visité une école l’autre jour dont les volets roulants ont été réparés en juin. Ils ne ferment déjà plus. On n’y peut rien la charpente travaille. Il faut les raser », a tranché l’élue. Et bien entendu les reconstruire.

C’est pour mener à bien ce chantier d’envergure, jamais abordé depuis 1995, que Jean-Claude Gaudin et son équipe ont lancé le « plan école d’avenir », nom de code pour un contrat de partenariat public-privé chiffré à 1 milliard d’euros sur 25 ans, dont 507 millions de travaux. Un « plan » suspendu en février 2019 par le tribunal administratif de Marseille. « Au vu de l’évaluation préalable qu’elle a réalisée, la Ville de Marseille ne démontre pas que le recours à un marché de partenariat pour mener à bien son projet « écoles » présente un bilan plus favorable », constatait le jugement (lire notre article). Or, pour recourir à la formule exceptionnelle du PPP, une collectivité doit prouver qu’elle est plus intéressante que les méthodes classiques.

Depuis, la municipalité attend le passage du dossier en cour administrative d’appel et fourbit un plan B. « On se prépare, on n’a pas voulu attendre la justice qui parfois est très lente », résume-t-on. Pour cela, un appel d’offres a été lancé pour trouver un cabinet apte à reprendre le dossier sur tous les plans, technique, financier et juridique.

En parallèle, la Ville travaille d’ores et déjà sur une faiblesse qu’elle n’a pas besoin qu’on lui pointe. « Aujourd’hui, notre personnel est en capacité de construire une ou deux écoles par an. Nous avons besoin de recruter pour avoir les ingénieurs, les techniciens à même de mener la construction de 51 écoles dans les prochaines années. » Pas ceux qui manœuvrent les engins et posent les faux-plafonds, mais ceux qui montent les marchés, assurent la gestion de projet, contrôlent les travaux…

Outre la reconstruction des GEEP, la démographie d’autres quartiers nécessite de nouvelles écoles, d’où l’addition à 51 écoles. « C’est bon signe, cela veut dire que Marseille se repeuple », positive Danièle Casanova. Ou bien que les établissements craquent de longue date, comme dans le 3e arrondissement. Si on reprend la capacité actuelle des équipes en interne, il faudrait au mieux 25 nouvelles années de mandat pour répondre à cette demande…

La bombe sociale

S’il n’y avait que les ingénieurs dont les effectifs sont trop minces… Dans le personnel municipal, celui des écoles se taille la part du lion avec 3277 postes. Un nombre insuffisant, clament régulièrement plusieurs syndicats, en particulier la CGT, à l’origine d’une grève chronique dans les cantines. Une revendication articulée avec le statut précaire d’une partie du personnel, recruté sur contrats à temps très partiel.

« Mercredi, pour le grand nettoyage, il y avait 2850 personnes en poste et 427 étaient absentes. Je m’étonne un peu de la fatigue de ces personnes après deux mois de vacances. Il faut que nous fassions un travail sur l’assiduité », a commenté Danièle Casanova la semaine dernière. Après avoir calibré « l’effectif théorique nécessaire », la municipalité fait de ce chantier un préalable à un renforcement du bataillon de « volantes », ces agents qui remplacent au pied levé dans tous les arrondissements de la ville. « L’ascenseur social » continuera toutefois à fonctionner, promet-on. Il s’agit de passer progressivement les « agents de surveillance inter-classe » (10 heures par semaine) en « temps non complet » (28 heures par semaine) et de titulariser ces derniers. Ce qui n’exclut pas de recruter de nouveaux précaires.

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