Eau : le contrat à 3 milliards de la communauté urbaine

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le 22 Août 2012
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Eau : le contrat à 3 milliards de la communauté urbaine
Eau : le contrat à 3 milliards de la communauté urbaine

Eau : le contrat à 3 milliards de la communauté urbaine

Trois milliards d'euros. C'est la coquette somme dédiée au contrat d'adduction d'eau que la communauté urbaine de Marseille va mettre en place dès janvier 2014 pour une durée de quinze ans. La procédure de sélection du délégataire a été lancée en début de semaine avec la publication des termes de la délégation de service public. Un avis d'une page paru dans La Provence qui a dû bien faire baver Veolia, Suez et la Saur, les principales multinationales de l'eau : le nouvaeu contrat marseillais qui remplacera les 14 existants (1 par commune) sera le deuxième contrat le plus important de France après celui du Sedif (syndicat des eaux d'Ile-de-France).

La Société des eaux de Marseille, propriété à 100 % de Veolia depuis 2008, est titulaire de l'ensemble des contrats de délégation du territoire depuis environ un demi-siècle. Elle bénéficie aujourd'hui d'un deal plus qu'avantageux. Le dernier rapport du délégataire est en ce sens éloquent. La Sem a dégagé une marge de 10,5 % en 2010 et de 7,9 % en 2011 après impôt soit, en monnaie sonnante et trébuchante, environ 21 millions d'euros. Pour rappel, un cabinet missionné par MPM, Finance consult, notait que les marges se situent plutôt ailleurs entre 3 et 4 %. Et à chaque renouvellement, celles-ci s'amenuisent.

"Enjeu majeur du mandat"

C'est bien là un des objectifs majeurs poursuivis par le président de la communauté urbaine Eugène Caselli : faire baisser les prix comme il nous l'avait largement expliqué au printemps dernier. "Cela ne fait aucun doute qu'il devra baisser". Moins de trois euros contre 3,31 € aujourd'hui ? "Nous n'avons pas d'objectif chiffré. Il y a d'autres critères notamment, bien sûr, la qualité de l'eau, la sécurité de l'approvisionnement, le contrôle largement accru du délégataire… On attend de voir ce que l'on nous propose."

"Ce marché sera l'enjeu majeur de 2013 mais aussi du mandat", décrypte un élu socialiste à MPM. Ce qui explique aussi pourquoi, pour marquer le coup à quelques mois des municipales, une facture allégée serait bienvenue. La ficelle est tellement efficace qu'il l'a déjà utilisée début 2011 en gelant les prix de l'eau, quitte à en faire un peu beaucoup sur la com'. Pourtant, ce maintien du prix avait été prélevé sur la part de la communauté urbaine et le renoncement à certains travaux que devait effectue la Sem et n'avait rien d'un cadeau de la filiale de Veolia.

Quatorze contrats en un

Mais la belle photo avec Loïc Fauchon, le patron de la Sem, était dans la boîte et permettait de sceller le retour de relations plus cordiales entre l'entreprise et Caselli, court-circuité au début de son mandat au profit de Jean-Noël Guérini. Caselli a par la suite mis et remis au pot pour financer le forum mondial de l'eau organisé par… Loïc Fauchon.

Aujourd'hui, l'entreprise apparaît favorite pour se succéder à elle-même. "En passant de quatorze contrats à un seul, on pourra d'autant plus difficilement faire autrement", glisse Pierre Sémériva, le vice-président EELV au développement durable à MPM qui avait milité pour un retour au public. On n'efface pas 52 ans comme ça, malgré la période de 6 mois dite de "tuilage" prévue entre les deux contrats.

D'autres grosses entreprises devraient pourtant s'intéresser au gâteau. D'abord Suez qui, jusqu'en 2008, possédait la moitié des parts de la Sem et possède depuis l'intégralité de la Seram qui gère l'assainissement. La Saur enfin a pointé son nez sur le territoire de Marseille après l'avoir quelque peu ignoré. L'acteur du secteur qui monte s'est finalement signalé en abondant les fonds privés pour le forum de l'eau de 500 000 euros et gère pour la Seram, Géolide, la station enterrée de traitement des eaux usées.

La Saur à l'agachon

Cependant, Suez devra d'abord jouer défensif. En divisant en trois lots l'assainissement, il s'agit "de mettre la pression sur la Seram", explique un proche du dossier. C'est d'ailleurs sur ce second marché, moins juteux mais amené à se développer dans les prochaines années (arrêt des rejets en mer notamment), que la bataille pourrait être la plus rude. En gérant Géolide, la Saur a acquis une connaissance du réseau qui lui permettra de répondre de manière plus fine aux exigences de MPM.

Les appels à la concurrence seront publiés la semaine prochaine et lanceront les hostilités pour des contrats dont le plus gros, celui concernant Marseille, coûtera environ 700 millions d'euros à MPM, toujours sur 15 ans. Celui  pour la distribution est déjà parti avec de nouvelles conditions. La première consistera à la mise en place d'un abonnement, c'est-à-dire d'une somme mensuelle à verser avant toute consommation qui n'existait pas jusqu'à présent. Une mesure qui pénalise les petits consommateurs même si des tarifs progressifs pourraient être mis en place afin d'inciter à la sobriété.

Quand c'est flou…

En revanche, on ne découvrira pas en 2014 de tarification sociale de l'eau. Certaines communes comme Libourne (33) ont mis en place un volume d'eau dit "vital" à prix très réduit afin d'aider les plus démunis. MPM préfère miser sur une part du Fonds de solidarité logement et sur "un mécanisme d'aides personnalisées ou autres dispositifs particuliers calculés sur la base d'un pourcentage des produits de la vente d'eau potable", selon les orientations votées en conseil communautaire. Un discours suffisamment flou pour qu'on ne sache pas vraiment combien de personnes pourraient être concernées.

Le flou, c'est d'ailleurs ce qu'ont dénoncé écologistes et communistes reprochant au patron de MPM de présenter aux élus des rapports "vides de propositions relevant d'un choix politique de notre assemblée", dixit le communiste Marc Poggiale en juin dernier. De fait, il nous a été impossible d'avoir des informations plus précises sur les ambitions de la communauté urbaine. Mais nul doute que les multinationales, elles, connaîtront les moindres détails de ce juteux marché.

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Commentaires

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  1. nanette nanette

    quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup (disait la camarade Martine il y a quelques mois)!!!

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  2. Vincent13008 Vincent13008

    Quand je vois que même un maire pas suspect de gauchisme comme Estrosi commence à trouver des mérites à la gestion publique (cf. son projet de reprise en gestion directe du réseau de transport urbain niçois : http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/auto-transport/actu/0202162707733-nice-veut-passer-ses-transports-publics-en-regie-342118.php), je me dis qu’à Marseille, une fois de plus, on a perdu l’occasion d’une vraie réflexion : faut-il que la distribution d’eau, bien commun indispensable, soit gérée par le privé ou par la collectivité ?

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  3. Marseillais indigné Marseillais indigné

    Je passe mes vacances dans un petit village où nous nous sommes débarrassés en 1977 d’un satellite de la Lyonnaise pour gérer notre réseau en régie On s’en porte fort bien et l’argent de l’eau sert à la régie et notamment à l’amélioration et à l’entretien du réseau :pas à engraisser des rentier(e)s Les délégations de service publique aux compagnies des eaux qui sont en situation de monopole sont un scandale permanent où se sont illustrés Carignon, Messier etc Malheureusement ces compagnies se sont fait des «amis” à droite comme à gauche

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  4. Ricou 24. Ricou 24.

    Il n’y aura jamais mieux de la SEM pour donner ou vendre de l’eau aux Marseillais et voisins.
    Cette entreprise est sérieuse,critiquer pour critiquer ne sert à rien.
    La régie a été évoquée en son temps,…..c’est compliqué et risqué.
    Personne à l’heure actuelle aurait pris le risque.
    Mpm n’a pas en interne les moyens de mener une étude sérieuse sur le sujet.
    Avec des lots différents la prochaine fois nous aurons plus de facilités.
    L’important c’est qu il y ait une vraie concurence entre la Saur(sans gros moyens)Suez (qui sera prudente,car sortante ailleurs,sur d’autres territoires et titulaire le l’assainissement avec la Seram à Marseille),et Véolia le sortant(sans trésorerie).

    Ricou 24.

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  5. vérité 13 vérité 13

    Bravo pour votre article qui montre bien l’opacité autour de ces contrats démesurés et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est flou… Ces contrats sont d’énormes marchés que les entreprises privées s’arrachent pour faire des bénéfices sur le dos des contribuables. Le prix de l’eau à Marseille est un des plus chers de France et même si on obtient quelques centimes de baisse, on sera loin du compte.De plus en plus de Marseillais n’arrivent plus à payer les factures.Pourquoi la CUM n’a pas poussé reellement la solution de la Régie? J’espère que la compétition entre les uns et les autres sera trés surveillée car c”est notre argent.

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  6. MP MP

    oui, la SEM prépare son retour et se met vite en règle.
    Tout l’été , ils ont refait les canalisations pour colmater les fuites. 18% de flotte perdue mais payée par les consommateurs ce qui vous augmente d’autant la facture d’eau.
    Et là , ils changent les compteurs qui ont largement dépassé la durée de vie règlementaire.
    A la fin du contrat , ils respectent le contrat, pour avoir un nouveau contrat qui ne sera pas respecté non plus, sauf la dernière année.
    Bel article dans le Monde , toutes les villes reviennent en régie, sauf les nuls.

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  7. pieeb pieeb

    cela s ‘appelle l immobilisme et a marseille nous en sommes les champions je prend les paris un partage suez seram et un petit bout a veolia nous sommes des cocus…..

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  8. Candide Candide

    Encore une bonne raison de se réjouir de la métropolisation !
    Que les voisins de Marseille doivent avoir hâte de profiter de l’excellence des intervenants publics phocéens !

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  9. mohidan mohidan

    Il ne suffit pas de concéder, il convient de se donner les moyens de suivre l’exécution du marché et de lutter contre les gaspillages; les modalités de nettoyage, la productivité évidentes des agents des collectivités locales et la gabegie financière laissent la porte au doute…. vous avez dit service public ??

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