Du cours Mirabeau à la Porte d’Aix, des arbres à palabres

Échappée
le 19 Sep 2020
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Les mobilisations citoyennes autour des arbres, comme actuellement à la porte d'Aix, poussent les municipalités à trouver de nouvelles méthodes pour gérer le patrimoine arboré et concerter avec les habitants. La nouvelle majorité du Printemps marseillais doit composer avec l'impatience des riverains. À Aix, une "charte de l'arbre" a été mise au point en réponse à ces indignations.

Les défenseurs des arbres de la porte d'Aix manifestent devant la mairie le 16 septembre 2020. Photo : PID.

Les défenseurs des arbres de la porte d'Aix manifestent devant la mairie le 16 septembre 2020. Photo : PID.

“Halte au saccage de la Porte d’Aix !” Ce 16 septembre, les slogans des habitants qui se mobilisent pour sauver les arbres proches de chez eux résonnent jusque devant l’hôtel de ville sur le Vieux-Port. Depuis le début de l’été, le collectif manifeste régulièrement et s’interpose parfois face aux tronçonneuses. La plupart des arbres ont malgré tout été abattus, là où devraient s’ériger le futur Institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT) – qui réunira l’école d’architecture, l’école du paysage et l’institut d’urbanisme et d’aménagement – ainsi qu’un immeuble de bureaux construit par le promoteur Cogedim.

Quelle est la stratégie de la nouvelle municipalité qui prétendait nous soutenir ?

Denis Eychenne du collectif de la porte d’Aix.

À Marseille, comme partout en France, la place de l’arbre en ville est devenue une question très sensible, à mesure que les gens se sentent plus concernés par les enjeux du réchauffement climatique. Le moindre arbre coupé peut déclencher polémiques et manifestations plus ou moins spontanées. De la Plaine au parc Longchamp, en passant par la place de Lenche, on se souvient de levées de boucliers des riverains. Une autre mobilisation est toujours en cours pour refuser la poursuite du chantier du boulevard urbain Sud (BUS) qui doit amputer une pinède, un parc public et des jardins familiaux.

À Aix, les arbres du centre-ville on aussi fait l’objet d’âpres batailles de 2016 à 2018. Les réactions épidermiques des riverains poussent les municipalités à revoir leur gestion du patrimoine arboré tout en conciliant les impératifs du développement urbain. Un casse-tête quand on a fait campagne comme le Printemps marseillais, la formation de Michèle Rubirola, sur l’augmentation des parcs et la végétalisation des espaces urbains.

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Riverains échaudés du Printemps marseillais

Ce mercredi soir, la trentaine de protestataires dispose des branches de pins et d’oliviers abattus devant la porte de la mairie. “Quelle est la stratégie de la nouvelle municipalité qui prétendait nous soutenir et dont le silence est assourdissant ?, interroge Denis Eychenne, un membre du collectif, au mégaphone. Une ville “plus juste et plus verte” est au programme de de cette nouvelle municipalité. C’est justement là où la population est la plus démunie que l’on en a le plus besoin.” La confiance des manifestants s’est érodée malgré le fait que la nouvelle maire Michèle Rubirola se soit prononcée fin juillet pour la préservation de l’espace boisé, en lançant une conciliation pour “limiter l’impact de ce projet”.

Ils attendent ça, le soutien populaire, pour faire avancer les projets face à l’État et la métropole.

Jacques Noval, militant du Printemps marseillais.

Des élus de la majorité municipale viennent pourtant aux rassemblements à la porte d’Aix. À l’image de la conseillère municipale Europe écologie-les Verts Nouriati Djambae, qui pose ce soir-là à côté des banderoles, heureuse que ses “colistiers [soient] là.” Avant de fusionner avec le Printemps marseillais pour le deuxième tour, elle menait la liste du rassemblement écologiste dans les 2/3. À Marsactu elle confie être venue “en tant que citoyenne et militante” et rappelle la complexité du dossier. La municipalité n’est pas compétente sur le permis de construire qui dépend d’Euroméditerranée et donc de l’État. Elle fustige néanmoins la consommation d’espace arboré : “Pourquoi ne pas utiliser par exemple la caserne du Muy (3e). Il y a déjà suffisamment d’espaces abandonnés et à réhabiliter. Entretenons déjà l’existant plutôt que construire du neuf”.

Parmi les manifestants, tous ne se font pas aussi sévères que le leader au porte-voix. “On va les pousser. C’est normal que ça prenne du temps, ils entrent en fonction. Ils attendent ça, le soutien populaire, pour faire avancer les projets face à l’État et la métropole”, affirme Jacques Noval, militant du Printemps marseillais.

“La défiance est le réflexe initial”

Le lendemain de la manifestation, après un entretien avec le promoteur et Euroméditerranée, l’adjointe à la maire chargée de l’urbanisme Mathilde Chaboche déclare à La Marseillaise que les derniers arbres du site seront replantés ailleurs. Une proposition loin de calmer les esprits des membres du collectif. “On nous prend pour des cons. Ce qu’on dit, c’est qu’il faut un grand parc à la porte d’Aix et pas un point chaud [en période de canicule car dépourvu de végétation, NDLR]. C’est beaucoup de com’ et pas de concret”, juge Louis Alessandrini. Ils fustigent la difficulté de déplacer et faire survivre de grands arbres. Sur la page Facebook du collectif, les souvenirs du démarrage du chantier de réhabilitation de la Plaine ressurgissent, soulignant un statu quo en matière de concertation, comme le commente une internaute :

Ils nous ont fait le même coup à la Plaine les derniers arbres au lieu d’être abattus comme les précédents, ont été déracinés pour les replanter… Pour le moment on a aucune trace d’eux… Que sont-ils devenus ? Ont-ils résisté ? On ne le saura jamais. C’est de l’enfumage.

“La confiance est très très abîmée et la défiance est le réflexe initial”, convient Mathilde Chaboche jointe par Marsactu. La transparence est notre but mais on ne peut pas mettre la concertation à toutes les sauces.” Sur le temps court, concernant la Porte d’Aix, “il n’est pas question de renoncer à toutes les constructions, explique l’élue. L’impact est positif avec la venue d’une population étudiante. On est en train de voir avec le promoteur et Euromed’ comment végétaliser davantage le quartier.”

Et sur le temps plus long, “de façon générale ont est extrêmement attentifs à ce que l’aménagement urbain à venir apporte plus de couvert végétal”. L’adjointe à l’urbanisme dit travailler à l’édification d’une charte en ce sens et “regarder les expériences intéressantes dans d’autres villes”.

À Aix, une charte de l’arbre “presque contractuelle”

En 2017, après que plusieurs mobilisations ont poussé des Aixois à défendre leurs arbres, la Ville a édifié une “charte de l’arbre”. “On a pris conscience que l’on devait se remettre en question, renouveler nos pratiques”, affirme Sandrine Rouben, la directrice du service des espaces verts. Sur la base de ce document de 179 pages, “on travaille avec nos collègues des différents services. L’objectif est de faire prendre conscience du rôle de l’arbre dans la ville, en particulier par rapport au réchauffement climatique”, argumente la technicienne.

Plus de 80 agents municipaux ont reçu une formation spécifique, notamment sur le fonctionnement physiologique des arbres. Le document s’intègre aussi aux appels d’offres, dans le cadre des marchés publics. “Il devient incontournable, presque contractuel”, pose Sandrine Rouben.

Si la mise en place de cette charte a fait tomber les banderoles, son application parait insuffisante aux yeux des collectifs et associations. L’association pour la protection du patrimoine environnemental aixois (APPEA) a par exemple soumis plusieurs observations aux candidats des dernières municipales. Photos à l’appui, elle montre des véhicules en stationnement responsables de blessures sur les arbres. Pour éviter ces situations, elle demande “des protections mécaniques”. En outre, elle critique le fait que 12 arbres ont été abattus au parc Rambot sans replantations et que des arbres “sont trop souvent sacrifiés au moindre impératif économique.” “Tout n’est pas encore parfait et parfois il y a des erreurs sur le plan technique”, reconnaît Sandrine Rouben.

Concilier développement de la ville et satisfaction des riverains soucieux de leurs arbres semble une gageure. “On ne prend pas du tout ça à la légère, assure Nassera Benmarnia l’adjointe (PS) marseillaise au “retour de la nature en ville” et aux parcs et jardins. On veut développer des outils comme de l’open data.” Pour jouer la transparence sur les projets immobiliers, leur impact et établir un recensement précis du patrimoine arboré. Mais la nouvelle majorité reste confrontée à une autre limite : l’aménagement urbain est une compétence de la métropole dont la présidente Martine Vassal a fait une partie de sa campagne sur le slogan “Stop béton !”. Pour s’appliquer, l’objectif de préservation devra être politiquement partagé.

Modification le 29/09/2020 à 15h54 : Contrairement à ce que nous avons écrit initialement, l’immeuble construit pas Cogedim à la porte d’Aix n’accueillera pas des logements mais des bureaux et des espaces de co-working.

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Commentaires

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  1. BRASILIA8 BRASILIA8

    le problème avec les Chartes c’est qu’elles ne sont pas contraignantes ce sont de belles déclarations avec tout le vocabulaire à la mode ; écologie, développement durable etc….elles ne s’appliquent que sur le domaine public , elles ne sont jamais intégrées aux documents d’urbanisme
    il faut savoir qu’à Marseille il existe une charte du temps de G. Deferre qui interdit entre autre l’affichage par punaises ou agrafe on peut en mesurer l’efficacité tous les jours en se promenant dans la ville

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  2. Lecteur Electeur Lecteur Electeur

    L’enseignement de l’architecture et de l’urbanisme n’est pas neutre et il y a au moins deux façons de le concevoir actuellement. La première se met au service de la population et de son bien-être, dans une gestion durable des ressources naturelles, la seconde se met au service des actionnaires de Bouygue, Effage, Vinci ; etc.

    Le choix de ce site pour le futur Institut méditerranéen de la ville et des territoires (IMVT) augure bien mal du contenu de son enseignement et de l’enseignement majoritaire de l’école d’architecture et du paysage !

    Et l’adjointe à la maire chargée de l’urbanisme Mathilde Chaboche déclare : « il n’est pas question de renoncer à toutes les constructions, explique l’élue. L’impact est positif avec la venue d’une population étudiante. On est en train de voir avec le promoteur et Euromed’ comment végétaliser davantage le quartier. ». Donc pour la municipalité, la messe est dite.

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    • Tarama Tarama

      Ce n’est pas la pinède de Luminy, mais vu l’emplacement, c’est au moins aussi important.
      Et abandonner le site de Luminy, alors que l’école de commerce a déboisé à 100 m de là pour s’agrandir… Rien ne va dans ces décisions.

      Quant à la réaction de cette élue, on se demande à quoi ça sert de changer car elle pourrait sortir de la bouche d’un membre de l’équipe Gaudin.

      Le Printemps Marseillais devrait bien prendre la mesure des attentes qui reposent sur lui et de ce pourquoi il a été élu, et agir vite et bien, car pour l’instant on ne voit rien, et ce type de déclaration est assez désespérante.

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  3. nicolasmemain nicolasmemain

    contrairement à ce qui est écrit les arbres coupés l’ont été pour le projet privé adrianna. l’IMVT ne concerne que 3 pins vers Nedelec.

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  4. EGP1375 EGP1375

    Je suis effaré par le massacre de l’environnement a Marseille depuis plusieurs années. Les coupes d’arbres centenaires et les bulldozers passés sur les espaces verts privés (dont tout un quartier souvent profite), se multiplient (voir montée de la Blancarde, St Barnabé, la Valentine, les Accates etc.) au plus grand profit des promoteurs avec la bénédiction des mairies centrale et de secteur. Le cadre de vie se dégrade a grande vitesse a Marseille pendant que les températures augmentent elles de leur côte. Vivre en centre urbain devient impossible en été et le tout climatisation n’est pas une solution (ni les façades végétalisées et les toits terrasses couverts de graminées…).

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