Du 26e Centenaire à la Valentine, près de 3000 perruches à Marseille et alentours

Reportage
Julia Beaufils
27 Déc 2018 16

Au coucher du soleil des perruches à collier se posent par milliers sur les branches nues des platanes du boulevard Rabateau. Si le spectacle est un régal pour l’œil, certains craignent que l'expansion de cette colonie engendre des nuisances sonores, écologiques et même, économiques.

Le soir à partir de 17h00 les perruches à colliers marseillaises se posent par milliers sur les branches nues des platanes proches du parc du 26ème Centenaire dans le 10e arrondissement.

Le soir à partir de 17h00 les perruches à colliers marseillaises se posent par milliers sur les branches nues des platanes proches du parc du 26ème Centenaire dans le 10e arrondissement.

Dans la lumière orange du crépuscule marseillais un bruyant ballet de plumes vertes et jaunes tourbillonne. En quelques secondes, il se pose ensuite sur les grands arbres qui bordent le parc du 26ème Centenaire dans le 10e arrondissement. Il est 17 h 20 quand ces nuées de perruches à collier atterrissent sur les branches de deux immenses platanes au croisement du boulevard Rabateau et du chemin de l’Argile. « Elles se regroupent au coucher du soleil pour dormir dans ce que l’on appelle un « dortoir »« , explique Marine Le Louarn, docteure en écologie, les yeux rivés sur son objet d’étude.

En décembre 2017, le laboratoire population environnement développement (LPED) recensait 2 700 individus de l’espèce Psittacula krameri, plus communément appelée perruche à collier, dans l’agglomération marseillaise. Ces oiseaux, habituellement en cage chez des particuliers, se sont installés dans le centre-ville et sa périphérie il y a déjà quelques décennies. Dans les Bouches-du-Rhône le LPED dénombre trois « dortoirs » : à la Valentine, à Aubagne et un, plus récent, près du parc du 26ème Centenaire.

Mystère autour de leur introduction

Aussi bruyantes que colorées, ces perruches sont observées pour la première fois en liberté à Marseille à la fin des années 1990. « La première observation date de 1996 au Parc Borély et en 1998 on a vu le premier jeune oiseau issu d’un reproduction dans la nature« , indique Marine Le Louarn, auteure d’une thèse doctorale sur la sélection de l’habitat d’une espèce exotique en milieu urbain. Pourtant le mystère plane encore sur l’origine du développement de cette population d’oiseaux exotiques. La chercheuse raconte : « il y aurait quelques individus qui ont été relâchés par des particuliers, c’est en tout cas ce qu’on dit. C’est ce que les vieux disent« .

Au LPED aucun scientifique traitant la thématique des perruches à collier marseillaises n’a d’explication. Dans une publication du bulletin de la société nationale d’acclimatation de France de 1932, on retrouve la mention d’un lâché de perruches ondulées provenant des volières du Jardin Zoologique du Parc Longchamp. Mais pour Marine Le Louarn cette espèce de perruches, distincte de celles à collier, n’a pu survivre bien longtemps dans une zone urbaine. Le mystère reste entier.

À l’origine, les perruches à colliers vivent en Inde, dans la chaîne de l’Himalaya. On trouve également « une sous-espèce » de la même famille en Afrique. « Elles sont donc à la fois adaptées aux températures très froides et très chaudes« , précise Marine Le Louarn. Elle ajoute que le volatile « n’a pas besoin de s’adapter au milieu urbain parce qu’il est déjà à la base adapté à tous les milieux et tous les environnements« .

Cachées dans le bruit et la lumière

La perruche à collier n’a pas besoin de s’adapter aux hommes non plus. En effet, Marine Le Louarn explique qu’elles « viennent rarement au sol« . Ces oiseaux, comme les étourneaux, vivent en groupe. À la fin de la journée, l’essaim composé de milliers d’individus, se pose donc dans leur « dortoir » perché dans d’immenses arbres, ici des platanes. Ce comportement grégaire ne serait qu’une tactique anti-prédation. Selon la chercheuse « une théorie en écologie dit que plus on est nombreux moins on a de chance d’être ‘prédaté’, mangé. C’est un comportement de protection« .

Ces oiseaux, qui passent une grande partie de leur vie en couple, nichent dans des trous d’arbres souvent dans un périmètre où le bruit et la lumière ont une forte intensité. Encore une fois ce phénomène trouve son explication dans un mécanisme de défense contre les prédateurs : la lumière et le bruit de la ville camoufleraient la couleur vive de leurs plumes et leurs cris aigus et perçants.

Ailleurs, « les gens deviennent fous à cause du bruit »

La perruche à collier est une espèce dite allochtone ou non indigène. Présente dans plusieurs pays d’Europe, sans doute par l’intermédiaire d’une intervention humaine fortuite ou intentionnelle, elle pose quelques problèmes dans certaines grandes villes. « À Londres la population de perruches atteint les 30 000 individus« , nous signale Virginie Croquet, ingénieure à la cellule technique Provence-Alpes-Côte d’Azur de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Une si grande population induit de nombreuses nuisances notamment sonores.

Du bec rouge de ces oiseaux s’échappe un cri strident qui peut poser problème aux personnes habitant proche des dortoirs. Marine Le Louarn prend l’exemple d’une colonie de 5 000 individus recensée en Île-de-France : « elles nichent à Massy (91) au milieu d’une cité, entre deux grands bâtiments. Les gens, à cause du bruit, deviennent fous ! »

Il est vrai que sur boulevard Rabateau, les cris des oiseaux exotiques couvrent presque celui des moteurs arrêtés au feu rouge. Pourtant le président de la fédération des comités d’intérêt de quartier (CIQ) du 10e arrondissement de Marseille, Victor Farina, assure qu’aucune plainte de riverain ne lui est parvenue, « c’est à croire que les perruches se sont complètement intégrées au paysage marseillais« , ironise-t-il.

Mais d’autres ne peuvent pas se plaindre au CIQ : les perruches à colliers sont en effet agressives avec les espèces endémiques. « Elles vont occuper des cavités que d’autres espèces locales ne peuvent alors plus occuper comme les chauves-souris, les rapaces nocturnes ou les mésanges« , illustre Marine Le Louarn.

Instinct grégaire et expérimentation municipale

« Dans l’agglomération de Nice certains agriculteurs ont déjà signalé des pertes économiques dans leurs vergers« , nous apprend Virginie Croquet. À Marseille, pour le moment, il n’y a pas eu de plainte du côté des arboricultures en périphérie de la ville. « Le petit nombre d’individus rend invisible l’impact sur les cultures agricoles« , rassure l’ingénieure de l’ONCFS.

Mais Marine Le Louarn met en avant le comportement grégaire de ces animaux. D’après elle lorsque les perruches trouvent une ressource alimentaire « elles ramènent les copines« . Elles peuvent également avoir « un impact considérable parce qu’elles vont prendre deux bouchées, la pomme devient invendable, et elles passent à une autre pomme. Elles font ça tant qu’il y a de la ressource. Sur les amandiers, sur les oliviers…« , estime pour sa part la docteure en écologie.

Pour ces raisons, les collectivités tentent d’anticiper les possibles nuisances qu’induisent un accroissement de la population de perruches à collier. Le 25 juin 2018, une délibération est votée en conseil municipal visant à faire collaborer l’ONCFS et la mairie sur une « expérimentation de méthodes de capture des perruches en milieu urbain et péri-urbain« . Dans la description de cette expérimentation, trois étapes sont fixées : le recensement de l’espèce, le « balisage d’un périmètre autour de la zone d’implantation » et enfin des « campagnes de capture avec différents moyens non vulnérants« .

À la tombée de la nuit, au croisement du boulevard Rabateau et du chemin de l’Argile, des perruches à collier viennent passer la nuit sur les branches de platanes.

« Peut-on les capturer en cas de nuisances ? »

« La véritable question c’est de savoir si l’on peut capturer cette espèce en cas de dégradations ou de nuisances trop importantes« , clarifie Virginie Croquet. Malgré ces dispositions et la réception des premiers pièges à l’ONCFS, il manque cruellement de moyens humains et financiers pour accomplir la mission au sein de l’organisme, estime cette ingénieure. Pour l’heure, « rien n’a été étudié encore ou ce qui a été fait est anecdotique au sujet de l’accroissement de la population des perruches à colliers à Marseille« .

Le texte approuvé par la mairie souhaite « tester de façon préventive des méthodes de capture pour permettre de maintenir [l’espèce] en zone urbaine, ce qui à terme nécessitera de réguler sa population« . La délibération accorde 1500€ à l’ONCFS pour l’achat de pièges dans le cadre de l’expérimentation. Malgré cette anticipation de la Ville, à moindre budget, pour Marine Le Louarn « c’est du vent« . La docteur en écologie, qui n’était pas au courant du vote de cette délibération en conseil municipal, ajoute qu’il ne lui parait pas réalisable de contenir la dispersion de l’espèce à une zone urbaine. « Il suffit qu’un couple migre à la périphérie de la ville est c’est fini. En plus c’est une espèce qui ne vole jamais au sol, elle est très difficile à capturer ! »

En attendant l’éventuelle concrétisation de cette mesure, le laboratoire Population Environnement Développement prévoit de recenser les perruches à colliers marseillaise et leurs « dortoirs » sur la journée du 30 janvier prochain. L’occasion de mesurer pour la première fois l’ampleur du phénomène.

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