La droite résiste dans les Bouches-du-Rhône mais perd Dominique Tian

Décryptage
Benoît Gilles
19 juin 2017 23

Avec cinq députés élus sur huit présents au second tour, les candidats Les Républicains résistent plutôt bien à la vague Macron dans le département même si elle emporte Dominique Tian et Christian Kert. Les différents positionnements face à la présidence Macron laissent percevoir une ligne de fracture au sein du parti. La perspective des municipales de 2020 devrait contribuer à l'agrandir.

D’un côté, une remontée, inédite, franche, permet au parti Les Républicains de conserver cinq députés des Bouches-du-Rhône à l’Assemblée nationale. Bernard Reynes dans le nord du département, Éric Diard à l’est de l’étang de Berre, Bernard Deflesselles à Aubagne et La Ciotat, et à Marseille, Valérie Boyer à l’est de la ville, Guy Teissier, plus au Sud. De l’autre, une descente, dure comme une chute d’estrade pour Christian Kert à Aix et Dominique Tian à Marseille.

Comme à l’échelon national, ces résultats témoignent du fait que l’alliance LR et UDI constitue le premier pôle d’opposition à la majorité macroniste. Avec maintenant cinq députés sur sept présents au second tour, le département contribue à constituer « une opposition qui devra être constructive pour être crédible », selon l’expression de Jean-Claude Gaudin. Mais, au-delà de l’unité de ce groupe politique à l’assemblée, le second tour des élections législatives dessine bel et bien une fracture au sein du parti. Dans la plupart des circonscriptions où la droite l’emporte, le candidat LR a bénéficié d’un bon report de voix des électeurs du Front national qui sont venus faire barrage aux candidats macronistes. C’est le cas bien sûr d’Éric Diard, dans la 12e circonscription qui réussit un score canon de 71,5% dans les bureaux de Marignane, la ville dirigée par Eric Le Dissès, son suppléant.

« Bon report de voix du FN »

Même chose pour Valérie Boyer, dans la 1re circonscription de l’est marseillais. Le comportement des électeurs frontistes y était l’une des inconnues du scrutin. Pascal Chamassian, son adversaire de La République en marche a vu « un bon report de voix du FN » même si Julien Ravier, le suppléant de Valérie Boyer a plutôt vu « entre 15 et 20 % de nouveaux électeurs » se rendre aux urnes. « J’ai commencé à y croire quand j’ai vu que mes collègues l’emportaient dans le département », glisse pour sa part Valérie Boyer.

Un peu plus au sud, le suppléant de Guy Teissier et maire des 9/10, Lionel Royer-Perreaut attribue également « au bon report des voix du FN et à une forte mobilisation de nos électeurs », les 54% qui lui permettent de battre la marcheuse Éléonore Leprettre.

« Ailleurs, plus d’ingratitude »

Interrogé à ce sujet, Guy Teissier balaie l’argument : « Pour moi, les électeurs n’appartiennent à personne ». Bien entendu, le report des voix des électeurs frontistes n’est pas la seule clef d’explication. La présence d’un électorat populaire, fidèle à LR et peu enclin à céder aux sirènes macronistes est également un des enjeux du scrutin. Une fois sa victoire assurée, lors de sa prise de parole, Guy Teissier prend soin de remercier les électeurs du 10e arrondissement, « le côté le plus populaire de la circonscription, alors qu’ailleurs, il y a eu plus d’ingratitude. Mais, le soir de victoire, on jette la rancune aux orties. » Prudent, Guy Teissier n’a pas commandé de champagne pour fêter sa victoire : « Mais il y a du bon rosé et de la pizza ».

Les proches de Dominique Tian retenaient cette même analyse pour expliquer la défaite du premier adjoint de Jean-Claude Gaudin dans « une circonscription réputée imperdable », souriait amer le candidat battu par la primo-accédante LREM Claire Pitollat. S’il a remonté de 2000 voix les 4000 qu’il avait en retard par rapport à son adversaire, Dominique Tian a vu se détourner une partie de l’électorat classique de la droite républicaine. « Nous perdons là où l’électorat LR est modéré, un peu bobo. Là, on est derrière même dans des bureaux qui nous étaient favorables. Nous résistons bien dans les bureaux plus populaires comme Samatan ou La Verrerie qui nous sont désormais acquis », analyse Sabine Bernasconi, la maire des 1er et 7e arrondissements et sa suppléante. 

La tentation Macron

Clairement, dans ces zones des quartiers Sud, une partie de l’électorat acquis à la droite a préféré se tourner vers la promesse de renouvellement portée par Claire Pitollat, plutôt qu’au député sortant, riche de trois mandats. La même analyse fonctionne pour Christian Kert, battu après près de 30 ans de mandats dans une circonscription où le candidat Macron a réussi de beaux scores à la présidentielle. Avec lui, c’est un des rares représentants de la droite modérée dans le département, 2e vice-président du groupe LR à l’Assemblée, qui disparaît.

Pour sa part, Dominique Tian voit également dans sa défaite la conséquence de considérations plus nationales : « Les électeurs ont mal compris le ralliement à Macron de Bruno Le Maire que j’avais soutenu pendant la campagne de la primaire. Ils ont également du mal à digérer la défaite de François Fillon au premier tour, alors que sa victoire était annoncée de longue date. »

La perspective municipale

Au-delà de la valse classique des gagnants et des perdants, le résultat de ces scrutins rebat singulièrement les cartes des prétendants au siège du maire de Marseille vers tous les regards se tournent désormais. En deux dimanches, deux des principaux dauphins se retrouvent avec une défaite à la boutonnière. Yves Moraine rate la première marche dans la 5e circonscription qui recoupe en grande partie les 4e et 5e arrondissements, pièce maîtresse pour obtenir la majorité des secteurs.

Quant à Dominique Tian, il perd au coeur du terroir électoral de Jean-Claude Gaudin. Dans son discours aux militants, sur le perron de la permanence, il a annoncé avoir proposé sa démission au maire « il l’a refusée en disant qu’il y avait encore du travail à faire », explique Dominique Tian en saluant Laure-Agnès Caradec à qui le poste de premier adjoint était promis en cas de victoire du député. Mais il rappelle en passant sa victoire dans le 1/7 aux dernières municipales et se dit prêt pour « la plus grande, la plus importante des élections, les municipales ».

Deux dauphins perdants, deux gagnants

À l’autre bord de la ville, ce sont deux députés à l’écart du courant gaudiniste qui réussissent à sauver leur siège. En 2013, Guy Teissier avait clairement défié Jean-Claude Gaudin et fait acte de candidature. Il n’est pas sûr qu’il renouvelle son offre en 2020 à 75 ans. En revanche, Valérie Boyer se retrouve clairement relancée en l’emportant dans un secteur, la 1re circonscription, qui englobe principalement les 11e et 12e arrondissements, au moins aussi important que les 4e et 5e du maire Bruno Gilles pour emporter la ville. Au-delà des personnes et de leur qualité plus ou moins assumée de prétendants, une fracture se dessine dans la façon d’appréhender l’avenir immédiat du parti. Il y a clairement une frontière entre ceux qui croient qu’une profonde recomposition politique est en cours et qu’elle n’épargnera personne et ceux qui y voient un effet de mode aussi fragile que la cote de popularité du nouveau président.

Dans les derniers jours de campagne, le nouveau président de région Renaud Muselier s’est multiplié pour soutenir un certain nombre de candidats, pas tous Républicains. À la veille du week-end électoral, sa visite à Corinne Versini, candidate LREM dans la 4e circonscription et Alexandra Louis, dans la 3e, a été remarquée. Par opposition, il n’est pas allé soutenir Valérie Boyer et Guy Teissier. S’il les a tous les deux félicités pour leur victoire, son appel réitéré au renoncement de François Fillon n’a pas été très apprécié par ces fillonistes convaincus. A contrario, la présidente du département Martine Vassal s’est rendue à la permanence de Valérie Boyer dès ce dimanche soir pour féliciter la députée réélue. Elle a également appelé à une « modernisation des Républicains ».

Si, au sein du parti de droite, beaucoup fustigent l’impréparation des nouveaux députés En marche, ils reconnaissent que la recomposition politique en cours ne va pas s’arrêter net à la frontière de la droite républicaine. Localement, la perspective des élections municipales de 2020 restera un solide baromètre des tendances.

23
commentaires

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  1. LaPlaine _ LaPlaine _

    Encore la faute aux « bobos » pour Tian, ces pauvres bobos, à toutes les sauces on vous dit…

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    • Laurent MALFETTES Laurent MALFETTES

      Allô maman bobos…

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    • Titi du 1-3 Titi du 1-3

      Le qualificatif bobo ne correspond plus à rien si ce n’est qu’à décrédibiliser et ridiculiser ceux qui l’emploient.

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  2. patrick patrick

    merci aux électeurs d’avoir donné à tian du temps pour aller naviguer entre la rade et la suisse

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    • Laurent MALFETTES Laurent MALFETTES

      Sans payer la taxe de mouillage ni l’impôt sur la fortune planquée!

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  3. mrmiolito mrmiolito

    Ah ben tiens j’allais commenter la même chose. Ces « salopards » de loups bobos qui sont donc entrés dans la bergerie (LR aurait maintenant des « électeurs un peu bobo » ? c’était pas un concept définissant les gauchistes à la base ?!)
    Ma pauvre Sabine, voilà qui contribue à atomiser une bonne fois pour toutes le concept de toutes façon foireux de « bobo ».
    Et alors Dominique, vous avez donc perdu à cause du ralliement de Le Maire à Macron ? Quelle imagination… ça ne peut quand même pas être dû à votre personnalité ou à votre bilan, pas vrai ?!
    Les deux candidats les plus arrogants à la succession Gaudin au tapis, Yves et vous, voilà un résultat réjouissant !

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  4. MarsKaa MarsKaa

    c’est vraiment ce qui caractérise la droite marseillaise,
    ce qui me frappe quand il y a un problème, un échec, une cagade, ce n’est jamais de leur fôte, ô bonne mère, c’est la faute aux gabians, au soleil, « aux marseillais » (la saleté, le bordel), la faute « aux élèves et aux parents » (les écoles), la faute » à la gauche », la faute « au gouvernement » (la dette), la faute « aux journalistes », la faute à leurs « frères ennemis »….tous ces gens mal intentionnés et ignares, et surtout « ingrats » !
    le mot est lâché ! ô peuchère, c’est qu’on ne voit pas TOUT ce qu’ils font pour la ville ces braves élus de droite.
    (oui, je sais, il y en a aussi qui tiennent ce raisonnement dans d’autres partis, notamment socialistes, mais ce n’est pas une posture générale chez eux, plus individuelle, et ce n’est pas le sujet ici).

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  5. Laurent MALFETTES Laurent MALFETTES

    Bah cela reste une version soft de l’électorat « à vomir ». Ici, on est juste un peu « bobos sur les bords ». Soyons magnanime et ne perdons pas de vue l’essentiel : Gaudin garde Tian comme premier adjoint et ne tient aucun compte de cette péripétie.

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  6. MarsKaa MarsKaa

    Et si simplement, il y avait des gens de droite, intelligents et sains, qui ne supportaient plus les magouilles, la médiocrité, le jem’enfoutisme, le aprèsmoiledéluge, le onnepeutrienfaire, les petitsarrangementsentreamis…. ? et qui préfèrent donner une chance à des personnes nouvelles, différentes ?
    Je ne sais où en sont les socialistes marseillais dans leur mue (c’est sûrement encore trop tôt, faut déjà qu’ils digèrent la déconfiture électorale), mais la droite marseillaise c’est certains n’ a pas encore compris que son temps aussi est terminé. Qu’ils sont massivement critiqué et rejeté, car on voit ce qu’ils font et ne font pas, tous les jours, dans notre quotidien de marseillais.

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  7. MarsKaa MarsKaa

    « les milieux populaires de droite » qui ont soutenu Teissier et Boyer (c’est encore à analyser, à vérifier) sont peut-être ceux qui sont les plus sensibles à la désinformation, à l’enfumage…

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      Je suis bien d’accord et c’est ce qui risque de faire perdurer (dupliqué sur l’ensemble du territoire) le système encore quelques temps. C’est assez incroyable de penser (on ne connaît bien sûr pas tous les tenants et aboutissants quoique pour le coup Boyer et Teissier peuvent remercier le FN, ce qui leur va presque bien) que des « majorités » se dégagent pour confirmer ces individus dans leurs fonctions.

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  8. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Je ne comprends pas comment les électeurs ont pu être aussi peu reconnaissants à Tian d’avoir fait supprimer la taxe de mouillage. C’était tout de même l’un des rares problèmes qui pouvait peser sur la vie quotidienne des Marseillais.

    Mais il a sans doute fait une erreur de communication : sur son tract électoral, que j’ai parcouru d’un oeil distrait avant d’en envelopper des épluchures, il me semble qu’il a omis d’insister sur ce courageux acte politique.

    De même qu’il a oublié de rappeler son combat contre le mariage pour tous, « dangereux pour la société » : une abomination qui devait mener tout droit à la ruine de la civilisation occidentale. On a vu.

    Mais au moins sa défaite aura-t-elle un avantage : Marseille, ville gérée par une équipe d’intermittents du spectacle, va peut-être enfin avoir un premier adjoint à temps plein. Peut-être.

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    • corsaire vert corsaire vert

      bonne description du personnage !
      Que les Marseillais ne lui soient pas reconnaissants de ses crapuleries c’est un scandale …
      Quand on sait ( lui le sait surtout ) que la grande majorité de ses électeurs ont un bateau au Vieux Port et surtout pas d’homosexuels dans leur famille ou relations ils n’ont même pas cette reconnaissance …

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    • Cehere Cehere

      La taxe de mouillage, c’est pour quand les cantonniers arrosent les rues ?

      Excusez-moi, je n’ai pas renouvelé ma cotisation au club la Pelle depuis quelques années, je ne suis plus dans le coup.

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  9. Cehere Cehere

    « Dominique nique nique nique s’en allait sur les chemins… »

    J’aurais quand même appris grâce à Marsactu qu’il organisait des soirées blanches.

    (commentaire à forte valeur ajoutée. Il était temps que ces campagnes s’arrêtent).

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Je note d’ailleurs que, dans le menu de Marsactu, il n’y a pas de rubrique « mondanités ». Ca manque vraiment beaucoup : j’aurais adoré un reportage d’ambiance sur une soirée blanche. Et, au moins, je n’aurais pas eu besoin d’attendre hier soir pour en apprendre, moi aussi, l’existence.

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  10. julijo julijo

    J’adore le titre : la droite….perd dominique tian !!!!!

    A m’intéresser régulièrement à ce qui se passe en ville…il me semblait perdu depuis un grand moment !! et dans les deux sens du terme.
    Sinon pas mieux que les com. ci dessus !
    soutien complet, avec électeur du 8e, quand donc aurons-nous une rubrique mondanités…le cercle des nageurs, la pelle…une mine de renseignements ! on loupe des trucs !

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  11. Manipulite Manipulite

    Merci à Electeur du 8è pour le lien facebook : Quelle vulgarité ! A vomir comme dirait Guaino.

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  12. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Mdr…. Pour reformuler les déclarations : le vote des bobo modérés de la 2éme circonscription a fait cabaner le bateau du capitaine. Voilà un bel exemple du respect de la démocratie enrichi d’une haute opinion des électeurs. Mais quel profil auraient ils dû avoir ? Celui des opposants enragés contre le mariage pour tous ? Celui des asservis par les passe-droits?

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  13. VitroPhil VitroPhil

    Les élections sont finis, il fait beau c’est bientôt l’été.
    Toutes traces de tension s’effacent sous la plume des commentateurs de Marsactu!
    Quelques réflexions sémantiques autour des bobos et un florilège de remarques acides visant la majorité municipale : je retrouve NOTRE journal !

    En effet pour passer un été de plénitude il ne manque q’une rubrique mondaine ne nous cachant rien des lieux où il faut être et quelques controverses au sujet des tenus vestimentaires de la haute société Marseillaise.

    Bien vu, électeur du 8e !

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