Drogues : bientôt une "salle de shoot" à Marseille ?

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le 20 Juil 2010
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Sortez-vous l’OM de la tête, une salle de shoot n’a rien à voir avec le foot. Appelées plus prosaïquement salles de consommation à moindre risque (SCMR) ou encore centres d’injections supervisés (CIJ), ce sont des « structures où les usagers de drogues par injection peuvent venir s’injecter des drogues – qu’ils apportent – de façon plus sûre et plus hygiénique, sous la supervision d’un personnel qualifié« , explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui a récemment publié une expertise collective sur le sujet.

Marseille, tout comme Paris, est sur les rangs pour une première expérimentation en France. Car, alors qu’environ 80 salles de ce type sont ouvertes dans huit pays (Allemagne, Australie, Canada, Espagne, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Suisse), les plus anciennes depuis les années 80, on hésitait encore à sauter le pas. Les associations comme Act Up et Asud poussent depuis longtemps, mais la ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait préféré demander son avis à l’Inserm.

Bilan positif

Verdict : sur l’essentiel, les CIS cumulent les bons points. Ils « ont fait leurs preuves sur la réduction de la morbidité et de la mortalité associées aux overdoses (…) Aucune overdose mortelle n’a été enregistrée dans un CIS, malgré des millions d’injections pratiquées« , note l’organisme. Qui ajoute que « les études démontrent clairement une diminution des abcès et autres maladies liées à l’injection, une diminution des comportements à risque de transmission du VIH/VHC (partage de matériel usagé ou de matériel servant à la préparation de l’injection) chez les usagers, avec une probable influence plus large sur la communauté des usagers« .

Mais cela ne risque-t-il pas de déclencher un scandale à Marseille ? « La mise en place des CIS a presque toujours donné lieu à des débats et souvent à des oppositions, particulièrement de la part de commerçants, de riverains ou de la police », constate l’expertise, mais « dans la plupart des cas, ces problèmes s’atténuent avec le temps et sont moindres si la préparation de l’ouverture et le suivi des CIS font l’objet d’une vaste concertation ». Principalement car ces centres permettent d’éviter que les usagers se piquent dans la rue ou laissent leurs seringues dans des lieux publics…

Interrogations sur la participation de l’Etat

Avant sa visite à la conférence internationale sur le Sida qui s’est tenue en début de semaine à Vienne, la ministre de la Santé a annoncé à Libération qu’elle engagerait « le processus d’expérimentation en ouvrant la concertation avec les collectivités locales concernées« . Pas de date, ni de certitudes donc, mais un premier pas. Un pas trop court pour les associations, qui dénoncent un « manque de courage politique« . Car, en privé, la ministre avait assuré que « si les villes de Paris et de Marseille confirmaient leur volonté d’ouvrir des salles de shoot, elle suivrait et autoriserait leur ouverture, allant même jusqu’à participer à leur financement« , rapporte un autre article de Libé.

Pour elles « c’est à l’État d’assumer et de mettre en place la politique de réduction des risques liés à l’usage de drogues, y compris financièrement« . Or, « les coûts d’implantation et d’exploitation des CIS sont importants« , note l’Inserm. Celui de Vancouver, qui accueille tout de même 600 visites par jour, dispose d’un budget annuel de 3 millions d’euros. Même si l’investissement est « potentiellement rentable » puisque « par leur effet sur les overdoses mortelles évitées et sur la transmission du VIH« , ils peuvent « contribuer à réduire la charge financière à venir pour la société« .

L’idée a en tout cas le soutien de Maria Patrizia Carrieri, chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale de Marseille (Inserm). Elle a participé à la rédaction de la déclaration de Vienne, qui estime que « la criminalisation des utilisateurs de drogues illicites alimente l’épidémie de VIH » et appelle à une « réorientation complète des politiques« . Face au débat sur la portée morale et éthique d’une approche qui peut être vue comme une légalisation des drogues, elle rétorque dans une interview au magazine Terra eco : « Il y a des faits, des preuves irréfutables de l’inefficacité des politiques actuelles. En tant que scientifique, nous avons un devoir éthique de promouvoir la science et ses résultats. Résultats sur lesquels les politiques de santé publique doivent pouvoir s’appuyer. Donc signer cette déclaration est une évidence à mes yeux, je ne me pose pas d’autres questions. »

Un lien Le communiqué commun des associations

Un lien La synthèse de l’expertise collective de l’Inserm (page 27 et suivantes)

Un lien Un site spécialisé sur le sujet

Un lien Bachelot priée de tester les salles de shoot, dans Libération

Un lien Deux avis pour et contre les salles de shoot, sur 20minutes.fr

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Commentaires

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  1. aixois aixois

    il faut non seulement des lieux, mais aussi une totale dépénalisation de toutes les drogues (avec une consommation dans des lieux sécurisés et sous contrôle médical, avec une vente au prix de revient réel par la sécu) ce qui aurait pour effet de priver la “mafia” d’une de ses principales sources de revenu, si on ajoute à cela la généralisation du porte monnaie électronique (plus de liquide = plus de racket) et un contrôle fiscal systématique pour tout achat de bijou, voiture de luxe, repas trois étoiles , nous pourrons nous débarrasser des crapules mais en avons nous envie

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  2. jean-bernard jean-bernard

    tres bonne initiative du maire

    je déplore l’absence de commentaires chez votre confrere la provence qui devient de plus en plus le méridional facho..

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  3. Député Jean-Paul GARRAUD Député Jean-Paul GARRAUD

    15 députés disent NON aux salles de shoot!

    Mais pourquoi Roselyne Bachelot, pourtant ministre de la santé et toujours prompte à lutter contre le tabagisme, s’est elle laissée aller en se disant plutôt favorable à la création de salles de consommation de drogue?

    Comment peut-on parler de « salles de consommation à moindre risque » quand on connait les ravages provoqués par les drogues? Comme si le fait de se droguer dans un local aseptisé rendait la drogue plus douce et moins dangereuse! Cette idée n’est pas nouvelle puisqu’elle réapparait régulièrement tous les ans.

    L’an dernier, la Ville de Paris a ainsi très généreusement alloué une subvention de 26 000 euros à l’association Elus, santé publique et territoires (ESPT) pour mettre en place une réflexion, expertise sur les salles de consommation à moindres risques pour toxicomanes. Cette initiative de Jean-Marie Le Guen (député PS de Paris) avait été déplorée par l’opposition municipale qui avait très justement souligné que le signal donné par la ville de Paris en permettant l’ouverture de “salles de shoot” et en facilitant ainsi la consommation de drogue était extrêmement nocif. Sortir les jeunes de la drogue, ce n’est pas leur permettre de la consommer, c’est mettre en place une véritable politique de prévention et de sevrage. Le Conseil Régional d’Ile de France a aussi voté en décembre 2009 une subvention de 20 000 euros pour une étude identique…On peut s’interroger sur l’utilisation de ces sommes!

    Pourtant, loin d’être rétrogrades, et parce que nous voyons dans nos circonscriptions des familles détruites par la drogue et ses ravages sur notre jeunesse, nous voulons rappeler que l’usage de la drogue est toujours illicite. On ne peut pas parler de la liberté de se droguer ni du droit à la drogue, car nul n’a le droit de se détruire, ou d’attenter à sa propre dignité ! La drogue est n’est pas un mal nécessaire. Ce n’est pas une fatalité et nul ne peut la tolérer ni renoncer à la combattre.

    L’usage des drogues se banalise à cause des discours permissifs qui tentent d’en minimiser les dangers. Réglementer l’usage de drogue pour mieux la combattre est une utopie lourde de conséquences. La consommation de stupéfiant génère des dépendances, aliène les volontés, nivelle les personnalités et détruit les libertés. Au lieu de céder à certains groupes de pression qui en demanderont toujours davantage, c’est à une lutte sans merci qu’il faut se consacrer. C’est notre responsabilité.

    Jean-Paul Garraud
    Jacques Remiller
    Thierry Mariani
    Sauveur Gandolfi-Scheit
    Daniel Mach
    Christian Vanneste
    Lionnel Luca
    Brigitte Barèges
    Jacques Myard
    Bernard Debré
    Jean-Pierre Decool
    Philippe Meunier
    Franck Gilard
    membres du Collectif Droite Populaire

    et
    Jean-François Lamour
    Philippe Goujon

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