Dieudonné revient à Marseille, la polémique avec

Actualité
Benoît Gilles
13 septembre 2017 3

Le conseil représentatif des associations juives de France (CRIF) et l'opposition socialiste demandent au maire de Marseille d'annuler ou d'interdire le spectacle de Dieudonné, prévu le 19 novembre au Dôme. Pour l'heure, la Ville réserve sa réponse.

Capture d'écran de la page de programmation du Dôme.

Il revient régulièrement et, avec lui, la polémique sur la légitimité à le laisser se produire sur scène. Le 19 novembre, le Dôme de Marseille, salle municipale de Saint-Just (4e), accueille le nouveau spectacle de Dieudonné, intitulé La guerre. Cette date s’inscrit dans le cadre d’une tournée des grandes villes françaises, dans des salles de belles jauges et notamment le réseau des zéniths à Toulon, Metz, Strasbourg, Toulouse, Bordeaux, Nantes…

À l’instar de Grenoble dont le maire écologiste, Eric Piolle, a demandé l’interdiction du spectacle, le conseil représentatif des institutions juives de France (Marseille Provence) et le parti socialiste ont demandé au maire d’annuler ou d’interdire la venue de « l’humoriste » à Marseille.

« Interdire la location ou mise à disposition »

« Nous sommes étonnés que ce personnage, maintes fois condamné pour des propos antisémites, provocation à la haine raciale, et négation de crimes contre l’humanité, puisse se produire dans la plus grande salle de spectacles de la ville de Marseille », écrit ainsi le Crif Marseille Provence dans un communiqué rendu public, ce mardi. Le président du CRIF, Bruno Benjamin a également écrit au maire pour lui demander de saisir le conseil municipal et « d’interdire la location ou la mise à disposition d’un équipement géré par la Ville ».

Dans un courrier également envoyé au maire, le président du groupe municipal socialiste, Benoît Payan, demande pour sa part « d’annuler cette programmation ». « Je ne suis pas dans l’argutie juridique, rétorque l’intéressé. Annuler ou interdire, peu importe. Ce monsieur a été condamné de nombreuses fois, condamnation confirmée par la Cour européenne des droits de l’Homme, il n’y a pas de raison que de l’argent public, qu’une scène municipale l’accueille à Marseille. » L’élu avait déjà écrit au maire pour demander l’annulation d’une conférence du polémiste Éric Zemmour, au château de la Buzine, autre équipement municipal géré dans le cadre d’une délégation de service public.

« Question d’honneur pour la Ville »

Pour le CRIF, c’est  Dieudonné en personne qui est persona non grata à Marseille. « Aujourd’hui, le maire peut prendre un arrêté. C’est une question d’honneur pour la ville de préserver l’équilibre qui prévaut ici en ces temps troublés », explique Bruno Benjamin. Le président du CRIF ajoute que si un tel arrêté n’est pas pris alors « nous ferons tout pour empêcher que ce spectacle se produise. »

Une telle action constituerait un risque de trouble à l’ordre public qui est justement un des motifs qui peut permettre à un maire de faire jouer son pouvoir de police. En 2014, à l’occasion de la précédente tournée de Dieudonné, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls avait fait paraître une circulaire qui indiquait la marche à suivre pour procéder à de telles interdictions.

La première reposait sur les « troubles matériels qu’un tel spectacle est susceptible d’induire ». La seconde argue du fait que le spectacle lui-même constitue « un trouble à l’ordre public, dès lors qu’il porte atteinte à la dignité de la personne humaine ». Le ministre ajoutait : « C’est précisément le cas pour les spectacles de Dieudonné ». Eric Piolle a d’ailleurs retenu cet argument.

Troubles à l’ordre public

Le premier, classique, s’appuie sur le constat que l’autorité publique ne dispose d’aucun autre moyen que l’interdiction pour prévenir les troubles matériels qu’un tel spectacle est susceptible d’induire notamment en s’appuyant sur des désordres constatés ailleurs. Le second tient au fait que le spectacle constitue en lui-meme un trouble à l’ordre public, « dès lors qu’il porte atteinte par sa teneur à la dignité de la personne humaine ». Manuel Valls soulignait ainsi que les « maires et les préfets avaient les moyens d’agir » dans le cas de Dieudonné. En 2014, le conseil d’État avait donné raison au ministère en cassant une décision du tribunal administratif de Nantes qui avait cassé un premier arrêté municipal d’interdiction.

À Marseille, quelques jours plus tard, l’humoriste avait présenté un autre spectacle Asu Zoa, sans les propos qui avaient valu au Mur d’être interdit dans plusieurs villes. Le CRIF avait organisé une manifestation à la Joliette plusieurs heures avant le spectacle dont la tenue n’avait pas donné lieu à d’incidents particuliers.

Réaction municipale à venir

Pour La Guerre que Dieudonné a rodé cette été dans sa salle parisienne de La Main d’or, la polémique intervient très en amont. Du côté de la Ville, on assure ne pas « avoir reçu officiellement la demande du CRIF. Nous réagirons dans les jours à venir ». Le temps d’étudier toutes les possibilités juridiques d’une annulation pure et simple de la date sans passer par une interdiction. Celle-ci risque d’être aussitôt attaquée devant le tribunal administratif. Joint par nos soins, le promoteur de la société de production de Dieudonné n’a pas répondu à nos sollicitations dans nos délais de parution.

Du côté du Dôme, on indique que Dieudonné est toujours, pour l’heure, « programmé à la date prévue en novembre ». Même si le cahier des charges de la salle municipale permet à son directeur de refuser de louer la salle sans justifier son choix, « je n’avais pas de raison de refuser sa venue, explique Jacques Valente, le directeur du Dôme. Il est programmé dans toute la France. Pour le reste, ça me dépasse. » Il est probable que dans les jours qui viennent l’intéressé reçoive un coup de fil lui indiquant d’ôter l’affiche de Dieudonné des spectacles à venir.

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commentaires

  1. julijo julijo

    Pourquoi cette polémique….récurrente ?
    Je suis tout à fait sensible aux propos de Payan : « …Ce monsieur a été condamné de nombreuses fois, condamnation confirmée par la Cour européenne des droits de l’Homme, il n’y a pas de raison que de l’argent public, qu’une scène municipale l’accueille à Marseille. »
    Il a parfaitement raison.
    Quand donc il sera définitivement compris en France que le racisme et l’antisémitisme ne sont pas des opinions, mais des délits !?
    Et ce « dossier » dieudonne ressort à chaque spectacle….
    Il avait été question de l’attaquer au porte monnaie….ça a sûrement été fait, avec la diligence des tribunaux que nous connaissons. Peut être cela aboutira dans…quelques mois.
    C’est un sujet qu’on ne devrait plus avoir à aborder.
    Et la « nullicipalité » étudie les possibilités ??? On rêve là !
    Et au Dôme ils n’ont pas vu de raisons de refuser !!! mais ils vivent où ces gens là ?
    Tout ça est bien inquiétant dans notre démocratie.

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    • Antoine de Meria Antoine de Meria

      Pas du tout amateur de cet individu et de son soi disant humour ,mais cela n’est pas aussi simple .la Convention Européenne des Droits de l’Homme. dans son article 10 édicte que « la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière ».On retrouve d’ailleurs ce principe dans toutes les démocraties d’Europe.
      La Démocratie , c’est du Droit.
      Par contre si effectivement l’ordre public se trouve menacé (ce qui risque d’être le cas) alors il est possible de faire jouer l’article 212 du Code des collectivités territoriales qui permet d’annuler ou suspendre une manifestation publique . C’est du Droit et de la Démocratie , aussi.
      Voilà , vous avez la solution mesdames et messieurs de la mairie!

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  2. neomars neomars

    Pas en faveur de l’humoriste non plus, mais s’il a pu jouer son spectale à Paris, pourquoi le censurer à Marseille ? Et en plus le débat lui fait de la publicité…

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