Des écoles aux services administratifs, la Ville de Marseille ne recycle plus le papier

Actualité
le 5 Déc 2022
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Les bacs bleus, destinés à recueillir les déchets papiers des administrations et des écoles, se font de plus en plus rares et les quantités de papiers collectées ont chuté drastiquement en deux ans. La municipalité prévoit de réorganiser sa collecte, mais pas dans l'immédiat.

Dans les écoles marseillaises, les bacs de tri du papier ont commencé à disparaître. (Photo : BG)
Dans les écoles marseillaises, les bacs de tri du papier ont commencé à disparaître. (Photo : BG)

Dans les écoles marseillaises, les bacs de tri du papier ont commencé à disparaître. (Photo : BG)

À l’école Busserine (14e), le papier se noie dans les déchets ménagers depuis deux ans. C’est devenu la norme depuis qu’un matin, les bacs bleus, dans lesquels étaient déposés les déchets papiers, ont été retirés par les agents de la métropole. “Ils nous ont dit qu’ils récupéraient le bac car les tournées étaient trop galère à organiser. Au final, en sept ans d’existence, on n’a quasiment jamais eu de ramassage papier. C’est honteux, au vu de notre consommation”, s’énerve Olivier Dracius, directeur de l’école Busserine.

“Comment peut-on nous demander de sensibiliser les enfants au tri sélectif, alors qu’on ne peut même pas leur en donner l’exemple ?”

Olivier Dracius, directeur de l’école Busserine

Au-delà de l’impact écologique de cette décision, son aspect symbolique questionne le directeur d’établissement. “Comment peut-on nous demander de sensibiliser les enfants au tri sélectif, alors qu’on ne peut même pas leur en donner l’exemple ?” La principale cause de ce couac se trouve derrière la gestion des bacs bleus, destinés au déchets papiers, devenus de plus en plus rares dans les établissements publics du territoire métropolitain.

Initialement, ces bacs avaient été installés par la métropole afin de se conformer à la loi des 5 flux, qui oblige le producteur à trier et valoriser papier, cartons, métaux, plastique et verre, s’ils produisent 1100 litres ou plus par semaine. L’institution est en train de se décharger de cette mission, à laquelle elle n’est légalement pas tenue. “Les agents les enlèvent au fur et à mesure qu’une collectivité se prend en charge. C’est le cas des écoles de Marseille, dont la collecte est prise en charge par la Ville”, explique la métropole Aix-Marseille.

“La métropole a retiré énormément de poubelles bleues, notamment dans les écoles. En réalité, sa seule obligation légale c’est la collecte des déchets ménagers. Elle s’est justifiée par le fait qu’ils n’étaient que très peu utilisés, donc que ça faisait des tournées pour rien pour les agents”, note pour sa part Christine Juste, adjointe au maire de Marseille déléguée à l’environnement et à la propreté de l’espace public.

12 000 agents, pas de tri du papier

La Ville de Marseille, qui s’occupe de la collecte des déchets de ses écoles depuis janvier 2021, n’a pas pris le relais sur le papier. Aucune solution n’a été mise en place, car le prestataire privé auquel la Ville fait appel ne le collecte pas. La consommation de papier des 470 écoles marseillaises et des 12 000 agents municipaux permanents n’est donc ni collectée, ni triée, ni recyclée. Le tri des papiers est pourtant une obligation légale depuis le 1er juillet 2016 pour les administrations de plus de 20 personnes et les entreprises de plus de 100 salariés. Un oubli notable, sachant que, d’après l’ADEME, chaque salarié consomme l’équivalent de 3 ramettes de papier par mois, ce qui représente 75 % des déchets du bureau en moyenne.

Pourtant, au-delà des raisons organisationnelles, la volonté d’un meilleur tri sélectif était une des raisons qui ont poussé la Ville à s’affranchir de la métropole et de sa redevance spéciale. “La métropole souhaite clairement se désengager des déchets professionnels. Entre la gestion des plus gros producteurs de Marseille et les irrégularités fréquentes de volume, elle arrive à saturation”, remarque Christine Juste.  

L’élue concède que “très peu d’établissements se sont émus de la disparition des bacs bleus. Dans les faits, les agents ne font absolument aucun tri sélectif. Et c’est un problème.” Un rapport de la métropole montre par ailleurs qu’entre 2019 et 2021, la quantité de papier collectée dans les administrations du territoire de Marseille-Provence est passée de 363 à 62 tonnes, soit une chute de 83 % en deux ans.

Un nouveau marché lancé dès janvier

C’est entre autres pour cette raison qu’en novembre, la Ville de Marseille a décidé de lancer un nouveau marché. Et de reprendre à zéro sa gestion, qu’elle sait défaillante. Le prestataire désigné pour effectuer l’assistance à maîtrise d’ouvrage, viendrait l’aider à définir et piloter la nouvelle organisation de gestion des déchets. “Le marché que nous avons ne permettait pas le tri sélectif. Tout était un peu à repréciser. Alors nous avons mis un coup d’accélérateur sur ce sujet-là. Mais on agit pas à pas”, commente Christine Juste. La mairie souhaite développer progressivement le tri sélectif dans tous les établissements de la Ville, en commençant par les écoles. “Dès début 2023, on va procéder à la sensibilisation et la formation des agents, on va vérifier le traitement et le tri des déchets, on va étudier les besoins et on installera de nouveaux bacs. C’est tout un chantier !”, souligne l’élue

À l’aboutissement du projet, l’élue aimerait avoir sept flux de déchets différents. “Il faut arriver à faire que les volumes triés deviennent supérieurs aux ordures non valorisables”, ambitionne-t-elle. La Ville de Marseille, en tant que collectivité, produit 16 300 tonnes de déchets par an. À titre de comparaison, l’incinérateur du territoire Marseille-Provence traite chaque année environ 400 000 tonnes d’ordures ménagères. Christine Juste s’alerte : “Il faut agir, car ça déborde. Oui, valoriser le papier c’est mieux que de le brûler. Mais le vrai objectif, c’est de n’en avoir que peu à traiter”.

À court terme, la Ville doit d’abord se mettre en conformité pour le tri des biodéchets d’ici 2024.

Mais à court terme, aucune solution n’est prévue pour les déchets papiers. Dans un premier temps, la priorité sera tout de même mise sur le traitement des biodéchets. La Ville doit se conformer à la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC), qui l’oblige à trier et valoriser les biodéchets dès le 1er janvier 2024. Dans cette optique, la municipalité prévoit d’installer des tables de tris dans tous les selfs et d’instaurer une tournée de collecte dédiée aux biodéchets le lundi, mardi, jeudi et vendredi. “La collecte du papier dans les écoles pourrait être l’étape d’après, avec, je l’espère, une mise en place dans le courant de l’année”, prévoit l’adjointe. Une perspective aussi vague que lointaine pour les tonnes de papier qui ne seront probablement pas recyclées d’ici la fin de cette année scolaire.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Je trouve le titre trompeur. L’article montre que la ville, suite à une décision de la métropole de retirer les bacs de tri, cherche une nouvelle organisation pour assurer elle même la collecte du papier. Ce n’est pas la même chose que ce que suggère le titre.

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    • Lisa Castelly Lisa Castelly

      Bonjour, le départ des bacs bleus a démarré il y a plusieurs mois et la réorganisation ne devrait pas intervenir avant la fin de l’année (il n’y a même pas de calendrier fixé). Il ne nous semble donc pas du tout mensonger de dire qu’actuellement, et pour une durée vraiment longue, la municipalité ne recycle pas son papier.

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    • MarsKaa MarsKaa

      Oui tout à fait, l’article le dit bien, mais dans le titre il est écrit “ne recycle plus”… comme si c’était le cas avant… et qu’une decision venait de tomber pour ne plus recycler.
      Je n’ai pas dit “mensonger” mais trompeur 🙂 et je ne pensais pas “intentionnellement”, c’est juste une formulation, maladroite selon moi. L’article est lui très clair sur la situation.

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  2. Juliette Souchon Juliette Souchon

    Les tribunaux non plus ne trient pas. Et n’ont jamais trié. Faute de moyens (!)…

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  3. MarsKaa MarsKaa

    Et en ce qui concerne les collèges (Département) et les lycées (Région) y a t-il une collecte du papier ?

    Je m’interroge aussi pour la suite de la filière : sait-on qui récupère et qui recycle ledit papier dans la région ? Mettre dans un bac de tri n’est que la 1ere étape…

    J’ai toujours trié mes déchets, mais j’ai des scrupules aujourd’hui que l’on sait qu’une grande partie est entassée dans des entrepôts qui debordent puis brûlent (affaire de Miramas) ou envoyée dans des pays du Sud (reportages divers sur l’Indonésie, le Ghana…).

    La mairie de Marseille, seule, peut-elle agir mieux ? Quels leviers, quels moyens, quels partenaires a-t-elle ?

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    • julijo julijo

      grande question ! (merci de l’avoir posée !) et la réponse est nébuleuse, brumeuse… impossible ?

      pendant des années sur la ville, il y a 20 ans, nous avons avec attention rempli des poubelles de tri jaunes pour apprendre qu’elles filaient directement avec toute la collecte à l’ancienne gare du prado…..

      c’est pas seulement le tri et le ramassage qui est important, et ça l’est, mais c’est qu’est ce qu’on en fait après ,

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      J’habite à proximité d’un collège… dont je vois le bac jaune dans la rue en moyenne deux fois par an… Le reste de l’année, toute la production de déchets de l’établissement passe par ses poubelles noires, sans l’ombre d’un tri par conséquent.

      Ce n’est qu’un exemple isolé. Mais personnellement il me choque : où est l’exemplarité ? Comment sensibiliser les jeunes aux bons gestes si les adultes leur montrent que le je-m’en-foutisme, c’est OK ?

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  4. Patafanari Patafanari

    Le principal c’est que les écoliers continuent à croire au tri sélectif . Sinon autant leur avouer que le Père Noël n’existe pas.

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  5. Alain Tessier Alain Tessier

    La situation de cette pauvre ville de Marseille sur la question des déchets et du tri est vraiment navrant.
    La plupart constatent que c’est une ville sale. Poubelles dans l’espace public: il faut vraiment chercher, alors : on jette.
    En terme d’exemplarité, c’est aussi inexistant dans les écoles. Je corrobore les constat mentionnés dans cet article. Oui, il faudrait éduquer les jeunes générations, mais les éducateurs eux-mêmes sont souvent laxistes.

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    • Andre Andre

      La Ville devait tout de même être au courant du désengagement de la Métropole. Elle aurait pu anticiper pour prendre le relais dans de meilleurs délais. Une fois de plus, on peut pointer l’amateurisme de cette équipe municipale.
      Pour reprendre les réflexions de certains commentateurs, il serait sans doute très intéressant que Marsactu enquête sur le traitement en aval du tri sélectif par la Métropole. Il est vrai que beaucoup s’interrogent.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      @Andre : donc si la Metropole ne fait pas son boulot, la mairie est en tort, c’est ça ?

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    • Andre Andre

      Sachant que, à tort ou à raison, la Métropole se desengageait, le Ville ne pouvait rester inactive comme elle l’a fait.

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  6. Alceste. Alceste.

    Pour information La Poste a un excellent service de récupération des papiers.
    Mon entreprise a fait appel à ses services avec satisfaction durant des années.
    Nos amis postiers ont des ressources insoupçonnées.
    Quand on veut on peut sans chercher midi à quatorze heures

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  7. Marielle Cantillon Marielle Cantillon

    Je lis dans l’article que selon l’élue “très peu d’établissements se sont émus de la disparition des bacs bleus. Dans les faits, les agents ne font absolument aucun tri sélectif. Et c’est un problème.”
    Sachez, chère élue, que dans plusieurs écoles, comme la mienne, nous avons réagi à la disparition des poubelles bleues et que depuis, ce sont les enseignant.e.s qui vont vider leurs poubelles “papier” dans les containers que l’on trouve dans la rue. En attendant mieux.

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  8. Citoyen-ne-s-de-marseille.fr Citoyen-ne-s-de-marseille.fr

    Nous nous souvenons qu’à l’époque le marché avait été pris au pas de course dans la moiteur de l’été : résultat un seul prétendant qui a bien entendu remporté le marché, mal ficelé, nous ne sommes même pas certains que la ville ait été obligé de prendre son propre marché, nous considérons que le volume de déchet doit être calculé à l’école et non pour l’ensemble des écoles, le règlement métropolitain est assez clair sur les notion d’établissements et de producteurs. Résultat nous avons eu Pizzorno… Faut savoir que la tonne de déchet non triés est plus chère que la tonne de déchets triés. Bref … Nous avions mis en doute ce marché. La métropole a enlevé ses bacs parce qu’elle n’était plus responsable du ramassage des ordures. https://www.facebook.com/CollectifEcolesMarseille/posts/pfbid02t9Rf3ThQ1a9zGiWqkDSeGtnmz5ShA7ozP4rzzoKHwX3ERksFacEsQSCgu89Tbb6nl

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  9. aurélie guermonprez aurélie guermonprez

    Au delà du problème du tri à l’échelle locale, il y a aussi le problème du recyclage lui-même. Pour en avoir discuté avec un professionnel de la gestion des déchets, il n’y aurait plus en France aucune entreprise de recyclage du papier.

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