Des avions continuent de survoler l'Estaque

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Benoît Gilles
24 Juil 2013 10

En mai dernier, ils n'avaient pas célébré cela à grands renforts de cymbales. Après près de 15 ans de survol quotidien par les avions en approche de Marignane, les habitants de l'Estaque, du Verduron ou de Saint-Henri ont fini par être sensibles au bruit. Pourtant il y avait quelque chose à fêter car, après un ardent lobbying, la direction générale de l'aviation civile (DGAC) annonçait qu'une nouvelle trajectoire d'approche de l'aéroport allait être mise en place dans les semaines suivantes.

Les Estaquéens avaient peut-être raison de ne pas manifester trop fort leur soulagement. Près de trois mois après cette annonce, rien n'a changé ou presque. "Au début, les autorités nous ont dit dans 15 jours, et puis encore 15 jours et puis rien, constate Marie-Blanche Apercé qui, avec son mari Christian, est à la pointe de ce combat pour la qualité de vie. Même son de cloche(tte) du côté d'Odile Richard, secrétaire de l'association Estaque Environnement. "Je suis très sensible au bruit et oui, nous avons constaté qu'il y a encore beaucoup d'avions qui passent au-dessus de nos têtes. Certes, il y a une amélioration globale mais on s'attendait à beaucoup mieux".

Jibrayel écrit à Cuvillier

Sur le site Flightradar24, on peut suivre en direct les avions qui décollent et surtout atterrissent à Marignane. Et le site participatif donne une illustration implacable des lenteurs dans le changement. Quand on suit les avions, la majeure partie continue de privilégier l'approche au-dessus des zones habitées de l'Estaque et n'emprunte pas le nouveau couloir aérien qui passe au-dessus de la mer. "La DGAC nous avait bien dit que le passage des avions par ce couloir dépendait en grande partie des conditions météo, précise Odile Richard. Mais, bon, en ce moment, on ne peut pas dire qu'il ne fasse pas beau".

Soucieux de voir les promesses d'amélioration se réaliser, Christian Apercé a aussitôt saisi le député socialiste de la circonscription, Henri Jibrayel. Toujours prompt à relayer ce combat comme il l'avait fait en servant d'intermédiaire entre les habitants et le ministre des transports Frédéric Cuvillier, à l'automne dernier, il a donc profité d'une séance de l'Assemblée nationale pour en toucher deux mots au ministre, ce qu'il a ensuite formalisé par une missive dans la foulée. Le tout est venu alimenter l'actualité de son blog : 

A ce jour, certains avions continuent d’emprunter l’ancienne trajectoire aérienne malgré les directives du ministre, même lorsque les conditions climatiques sont réunies. L’ensemble des riverains, des associations et CIQ sont aujourd’hui perplexes. En effet, un sentiment d’injustice grandit avec l’impression que le changement annoncé n’est pas respecté  comme il devrait l’être.

Dans l'hémicycle, le ministre lui aurait alors assuré qu'il allait aussitôt saisir la Direction générale de l'aviation civile. Joint par nos soins, le directeur de l'aviation civile, Philippe Guivarc'h assure qu'il n'a pas encore eu de coup de fil de Paris. Concernant le survol de l'Estaque et la mise en oeuvre du nouveau couloir d'approche, il a des éléments d'explication à son rendement modéré. "Je viens d'avoir des premières données. Ce ne sont pas des statistiques mais des additions de trajectoires, ce que nous appelons dans notre jargon des échantillons chevelus. Elles indiquent qu'en journée, plus de 50% des avions, presque 60, utilisent la nouvelle trajectoire". A coup de verre d'eau vide ou plein et par temps gris, cela ne diffère que peu de l'ancien régime.

Et si ces chiffres paraissent plus modérés que ceux que les riverains espéraient, là encore, Philippe Guivarc'h a une explication. "Cette procédure est limitée. D'ailleurs, c'est ce que nous avions dit aux riverains. Elle n'est applicable qu'en journée et dépend notamment de la météo et des conditions de vent". Or, toujours, d'après le directeur de l'aviation civile, "l'aérologie de l'Estaque est un peu particulière. Si le vent est trop fort à cet endroit, les pilotes sont obligés de remettre les gaz et faire deux tours ce qui n'est pas très bon pour l'environnement. Nous sommes donc obligés de limiter l'usage de cette procédure en fonction du vent à Marignane, la limite étant de 10 noeuds (soit 18,5 km/H, ndlr)". C'est en fonction de ces conditions particulières à Marignane que les contrôleurs aériens orientent les pilotes vers telle ou telle procédure d'approche. Tant que les analyses des vents ne sont pas plus fines, notamment sur les crêtes au-dessus de l'Estaque, la procédure restera exploitée dans ces limites. "Cela n'a rien de miraculeux mais nous avions prévenu les riverains que cela serait le cas. Pour l'heure, les effets ne sont tout de même pas négligeables". Il donne rendez-vous à la fin de l'année pour des résultats plus concrets.

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