Demandeurs d’asile : l’État officialise un squat emblématique de ses manquements

Actualité
le 14 Oct 2022
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Ce jeudi 13 octobre, le préfet à l'égalité des chances Laurent Carrié s'est rendu au squat conventionné de la rue Saint-Bazile aux Réformés. Il a reconnu l'initiative comme une solution reproductible pour l'hébergement des demandeurs d'asile. Les associations impliquées n'ont pas manqué de rappeler les responsabilités de l'État à ce sujet.

Le préfet à l
Le préfet à l'égalité des chances Laurent Carrié avec les résidents du centre d'hébergement autogéré pour demandeurs d'asile des Réformés. Photo : PID.

Le préfet à l'égalité des chances Laurent Carrié avec les résidents du centre d'hébergement autogéré pour demandeurs d'asile des Réformés. Photo : PID.

“C’est le genre de projet qu’il nous faut soutenir. Ça nous permettra de trouver des solutions”. Laurent Carrié, le préfet délégué à l’égalité des chances est enthousiaste. Ce jeudi 13 octobre, il est venu officialiser un lieu d’hébergement autogéré pour demandeurs d’asile au 25, rue Saint-Bazile, du côté des Réformés. “Résidence temporaire” indique une plaque fabriquée pour l’occasion et tenue à côté du préfet par l’un des habitants du lieu.

Ces derniers préfèrent l’appeler “CADA autogéré”. Reprenant l’anagramme des centres d’accueil de demandeurs d’asile, structures agréées par l’État pour l’hébergement et l’accompagnement des personnes dont la demande d’asile est en cours d’instruction. En théorie, les demandeurs d’asile ont tous droit à y être accueillis. Mais beaucoup de places manquent et beaucoup d’entre eux dorment à la rue ou se débrouillent dans des squats souvent insalubres. Selon Alieu Jalloh le président de l’association des usagers de la PADA (la plateforme d’accueil des demandeurs d’asile), sur 5900 personnes enregistrées à la plateforme, “4000 n’ont pas de toit”. Son association organise la vie de ce squat conventionné avec le soutien des associations Just, Habitat alternatif social (HAS) et de la fondation Abbé-Pierre.

Modèle reproductible

Le moment est symbolique. Le hall d’accueil de l’immeuble déborde de gens jusque sur le trottoir. De nombreuses personnes de la galaxie des collectifs et associations pour l’habitat ou l’aide aux étrangers ont fait le déplacement. Le 25, rue Saint-Bazile est devenu un centre pour demandeurs d’asile d’un genre nouveau depuis que l’établissement public foncier (EPF), qui est propriétaire depuis 2019, a contractualisé cet été une convention temporaire d’occupation avec les 40 habitants du lieu. Ils devront rendre les clés à la fin de la trêve hivernale, le 31 mars 2023.

À la tribune, tous les partenaires louent une réussite et se remercient poliment. Les associatifs ne font pas l’économie de quelques banderilles à l’endroit de l’État. “Des lieux comme ça, on préférerait qu’ils n’existent pas. Qu’il y ait plutôt des logement décents pour tous”, tacle Francis Vernède, le directeur régional de la Fondation Abbé-Pierre. Le préfet Laurent Carrié applaudit activement à chaque prise de parole, même si elles portent des critiques. Celui-ci remercie l’association HAS pour “le risque” qu’elle a pris en endossant la responsabilité légale du site. “De quel risque parle-t-on ?, feint d’interroger Cécile Suffren, la directrice générale de l’association. On a engagé seulement 26 000 euros depuis le début de cette aventure. Qu’est-ce que cela représente si l’on compare aux prix des nuitées d’hôtel engagé par les pouvoirs publics ?” Pour elle, y compris d’un point de vue financier, l’État fait en mauvais calcul en ne proposant que de l’hébergement d’urgence.

Fermeture en mars 2023, et après ?

“Je vais peut-être gâcher l’ambiance”, prévient la directrice générale régionale de l’EPF alors qu’elle prend la parole. Pour elle, “la gestion transitoire peut être une solution importante au cas par cas” mais elle tient à rappeler que le lieu a d’abord été squatté. “C’est important aussi de ne pas sublimer ce genre d’intervention”, cingle-t-elle. Elle insiste également sur la vocation du projet immobilier dans ces murs : du logement très social. Soit “de l’hébergement pérenne, particulièrement pérenne”, juge-t-elle.

La route parait encore longue pour résoudre durablement “la crise de l’accueil” des demandeurs d’asile, selon les mots d’Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille chargée des affaires sociales. À la sortie de ce moment protocolaire, les soutiens de l’association des usagers de la PADA affichent leur satisfaction. “Le but de ce lieu c’est de prouver à des gens qui n’y croyaient pas, que c’était jouable de le faire”, expose Pierre Albouy, juriste qui accompagne la structure. Le préfet Laurent Carrié assure qu’une démarche co-construite est enclenchée : “On recense le patrimoine public ou privé qui est vacant. On mène une veille active.” Il ne reste plus qu’à transformer la volonté affichée en d’autres projets.

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Commentaires

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  1. liovelut liovelut

    Mitigé, entre le plaisir de voir un lieu autogéré s’officialiser (donc les services publics reconnaissent leurs manquements et acceptent un modèle alternatif et un mode de gestion peu habituel) et la crainte de voir ce genre d’initiative servir de prétexte à un désengagement encore plus profond de ces services publics: l’hébergement des demandeurs d’asile n’a pas à dépendre de leur auto-organisation et de la solidarité directe, on paie des impôts pour ça…

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  2. Tyresias Tyresias

    En tout cas, en terme de tranquillité publique, bien que branché sur ces questions-là, et très voisin du lieu, je ne m’étais rendu compte de rien !

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  3. Falabrak Falabrak

    “On mène une vieille active.”
    C’est qui, la vieille ?…
    Pis d’abord, on dit une personne âgée ! 😉

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    • Pierre Isnard-Dupuy Pierre Isnard-Dupuy

      Merci d’avoir pointé cette boulette… C’est corrigé.

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    • Pierre Isnard-Dupuy Pierre Isnard-Dupuy

      Merci d’avoir pointé cette boulette… C’est corrigé !

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  4. kukulkan kukulkan

    à multiplier sur les centaines de sites de l’EPF conservés vides et aux gardiens payés grassement pendant des années, sur toute la région, et que l’état pourrait facilement réquisitionner pour loger les plus précaires pendant des durées d’un à deux ans, mais bon, faudrait avoir la volonté d’éradiquer la misère…

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