De Saména à Callelongue, la dépollution des anciennes usines sort enfin de la torpeur

Info Marsactu
le 18 Avr 2023
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Après vingt ans de péripéties techniques et administratives, le grand chantier de la dépollution des anciennes usines situées à proximité de la route des Goudes pourrait bien voir le jour. Mais il ne démarrera pas avant fin 2024, si le budget, qui a triplé entre temps, est bouclé.

Une scorie de plomb et d
Une scorie de plomb et d'arsenic dans la calanque de Saména. (Photo : JV)

Une scorie de plomb et d'arsenic dans la calanque de Saména. (Photo : JV)

Une pollution massive qui menace l’environnement et la santé dans un “secteur habité et très touristique”, en cœur de parc national des Calanques. Des “risques pour les enfants et les adultes” établis dès 2005 par l’institut de veille sanitaire. “Quelques opérations ponctuelles” au début des années 2000. Et puis plus rien. Depuis près de vingt ans, l’héritage des usines qui fabriquaient principalement du plomb dans le Sud de Marseille, dont les dernières se sont arrêtées au début du XXe siècle, peine à être soldé. En ce printemps 2023, quelques indices permettent cependant de repérer les efforts souterrains des autorités pour enfin débarrasser ces quelques kilomètres de littoral de ses sites les plus pollués.

Le mois dernier, la préfecture des Bouches-du-Rhône a mis en ligne une demande de permis d’aménager déposée par l’Ademe, l’agence nationale missionnée depuis plusieurs années sur ce dossier, pour traiter le vallon de l’Escalette. Ce vallon, voisin direct de l’usine de plomb qui portait le même nom, est recouvert de plusieurs milliers de mètres cubes de déchets industriels toxiques.

En réalité, il ne s’agit que d’un des douze sites prioritaires retenus dans le cadre d’un plan de dépollution plus vaste. “Nous avons terminé la conception technique du projet l’été dernier, il fallait ensuite solliciter de multiples autorisations réglementaires, du point de vue environnemental et de l’urbanisme. Ces procédures arrivent à leur terme”, contextualise Mélody Gros, cheffe de projet sites et sols pollués à l’Ademe. Par son ampleur, l’Escalette est le seul chantier à entrer dans la catégorie “permis d’aménager” et donc à faire l’objet d’une publicité.

Les 20 dépôts traités dans le cadre du plan sont situés autour des calanques de Saména, du Mauvais pas, des Trous, et autour des ports de l’Escalette, des Goudes et de Callelongue. (Extrait du dossier de l’Ademe).

“Silence radio” depuis 2016

Une avancée reçue très positivement par Rolland Dadena, président de l’association Santé littoral sud. Après de multiples difficultés techniques, administratives et financières depuis le démarrage de la mission de l’Ademe, en 2012, la question de la dépollution, dit-il, “sort du sommeil” où elle paraissait plongée. Il regrette cependant le “silence radio” de l’État, alors même qu’un comité de suivi existe sur ce dossier spécifique. De sources concordantes, aucune réunion n’a été convoquée depuis sa création en 2016. Et l’unique réunion publique remonte à 2012. “Toutes les informations doivent être soumises aux élus et citoyens, qui sont, je crois, désormais capables d’analyser un plan de dépollution. On sait que dès lors qu’on n’associe pas les citoyens, ils sont très méfiants à l’égard des pouvoirs publics”, abonde Christine Juste, adjointe au maire de Marseille déléguée à la lutte contre les pollutions.

“On n’est pas du tout dans une volonté de ne pas communiquer, pose Mélody Gros. Mais le programme peut évoluer en fonction des prescriptions qui nous seront faites dans le cadre des demandes d’autorisations. Nous attendions d’avoir un projet davantage consolidé pour pouvoir le présenter.” Un premier point avec les élus est prévu début mai, nous indique la préfecture, et “une réunion avec les riverains est prévue dans les prochains mois, dont le but sera de préciser les opérations de dépollution et de répondre aux questions et éventuelles inquiétudes”.

Comme à Legré-Mante, la question des poussières toxiques

Ces inquiétudes, les autorités peuvent les anticiper, après des années de débat nourri autour la dépollution de la friche Legré-Mante, exclue du programme de l’Ademe car prise en charge dans le cadre d’un projet immobilier, par un privé, donc. “Les problématiques, sur les envols de poussières notamment, sont exactement les mêmes, avec la complexité supplémentaire que nous intervenons en cœur de parc et devons donc mener les travaux en hiver, une période où il est difficile d’éviter le mistral”, détaille Mélody Gros.

La solution de traitement retenue passe cependant majoritairement par un confinement de la pollution, plutôt qu’un retrait. “Depuis 2017, les ministères concernés ont confirmé que la stratégie moderne n’était pas d’excaver, sauf pour les zones hyperconcentrées avec un risque de transfert vers d’autres zones”, approuve Rolland Dadena.

Le vallon de l’Escalette serait recouvert d’un géotextile puis d’une couche de grave calcaire. Extrait du dossier de l’Ademe.

Flambée du budget

De l’aveu même de l’Ademe, les couvertures et enrochements prévus représentent dans certain cas un défi. “Chaque dépôt a ses difficultés. Certains sont tellement proches de la mer que cela pose des enjeux de pérennité et de stabilité des ouvrages, d’autres ont servi de remblai routier, ont été attaquées par la mer…” Cette complexité, ainsi que la prise en compte plus forte d’une exigence paysagère et l’inflation de la décennie écoulée, ont fait exploser le budget prévisionnel. De 3 millions d’euros en 2015, puis 4,7 millions lors de la dernière réévaluation, il devrait dépasser la dizaine de millions d’euros.

“C’est un sujet”, confirme Christine Juste, pour la Ville, qui doit encore indiquer ce que devient sa participation d’un million d’euros, qui pesait à l’origine 20 % du total. C’est même le sujet principal de la réunion prévue début mai. “L’engagement de l’État est très fort sur ce dossier depuis le début. Le plan de financement reste à établir et c’est l’objet des discussions à venir avec les partenaires”, nous répond la préfecture. Si ce budget réussit à être bouclé et “dans le meilleur des cas”, l’Ademe prévoit un démarrage des travaux en septembre 2024. Mais tout décalage reportera l’échéance d’un an en raison de la trêve estivale. En attendant, Rolland Dadena insiste sur la communication vis-à-vis des risques. “Nous recevons régulièrement des questions d’habitants qui viennent d’emménager ou de visiteurs, dont les enfants se roulent dans les dépôts…”

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Commentaires

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  1. PierreLP PierreLP

    Ce serait intéressant de connaître le plan de financement entier et les intentions des partenaires, et de ne pas se limiter au cas de la seule ville de Marseille.Il y a aussi l’ État, la Métropole, la Région…

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  2. Marc13016 Marc13016

    Il semble qu’une autre opération de dépollution soit “endormie” elle aussi : le site industriel de Rio Tinto, Khulman et autres productions chimiques à l’Estaque. ( https://www.google.fr/maps/@43.3616071,5.2993582,2082m/data=!3m1!1e3).
    Va t elle se réveiller comme celle des Goudes ?! ça ferait du bien ! Et ça permettrait peut être d’utiliser cette zone. On a vu passer des projets divers et variés, allant de l’aquarium géant à une citée de la Mer, en passant par une zone artisanale, peut être un parking relais à cette entrée de la Ville.
    Mais ça dort on dirait, pour le moment !

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  3. Richard Mouren Richard Mouren

    En fait, il a toujours été de notoriété publique que Saména était complètement polluée. Dès que j’ai été en âge d’aller me balader et me baigner dans les calanques, début des années 60, mes parents m’avaient mis en garde en m’interdisant même de pénétrer dans la calanque et ses environs.

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  4. LOU GABIAN LOU GABIAN

    Ca fait 30 ans que j ‘entends cela
    ET ca fait 30 ans que j attends qu on fasse payer les pollueurs

    Ces entreprises se sont goinfré d’argent et maintenant se sont les contribuables qui paient

    J ai entendu dire les entreprises ont disparu, ou mais les gérants sont la ou leur descendants
    A mon sens et sauf erreur ils ne sont pas au Baumettes mais a Cassis

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  5. bernie73 bernie73

    Encore un dossier qui erre pendant des années entre les administrations. De réunion en réunion, ça n’avance jamais.

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