De l’usine au conseil municipal, la transition écologique de Sandy Poletto le métallo

Portrait
le 15 Juil 2021
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Il siègera ce jeudi pour la première fois au conseil municipal d'Istres. Représentant de la CGT chez l'industriel Arcelor-Mittal à Fos, c'est sous une étiquette écologiste que Sandy Poletto a choisi d'entrer en politique.

Suite au désistement d'un élu de sa liste, Sandy Poletto fait son entrée ce jeudi au conseil municipal d'Istres. (Photo : VA)

Suite au désistement d'un élu de sa liste, Sandy Poletto fait son entrée ce jeudi au conseil municipal d'Istres. (Photo : VA)

“Ne me faites pas passer pour un OVNI !”. Difficile de répondre favorablement à la requête de Sandy Poletto. Outre son prénom original, l’homme sort clairement de l’ordinaire. Pour la faire courte, on pourrait le qualifier de “métallo écolo”. Métallo, parce qu’il est depuis 25 ans salarié et aujourd’hui secrétaire général CGT chez ArcelorMittal à Fos. Cette usine du leader mondial de la sidérurgie est considérée comme l’un des plus gros pollueurs du département. Écolo, parce que ce jeudi, il siègera pour la première fois au conseil municipal de la ville voisine d’Istres, sur les bancs de l’opposition avec une liste Europe écologie-Les Verts. Âgé de 48 ans, Sandy Poletto voit bien le paradoxe. Mais sous ses airs candides, il fait sans peine le lien entre sa vie d’ouvrier syndiqué et son nouveau costume d’homme politique écolo.

“Quand tu milites dedans, ça te démange de militer dehors, explique celui qui estime avoir sa place dans l’hémicycle d’Istres où il a grandi. Je pense que c’est important qu’un mec qui a fait les 3×8 siège au conseil municipal”. Un désir aujourd’hui rendu possible par une défection récente sur la liste de Michel Caillat, longtemps socialiste aujourd’hui écolo. Ce dernier avait approché Sandy Poletto avant les municipales en 2019, pour qui une place s’est donc libérée. L’année dernière, la liste EELV a remporté trois sièges au sein du conseil municipal à la tête duquel François Bernardini trône depuis des années. Sans que personne ne puisse l’en sortir malgré une première condamnation et une enquête toujours en cours pour des faits présumés de corruption.

Capital sympathie

“Monsieur Poletto a un capital sympathie important, c’est un représentant intéressant. Il est libre, a un certain courage, des valeurs syndicales de défense de la population”, décrit Michel Caillat, qui concède avoir été plus attiré par le personnage que par ses valeurs écologistes. Avoir un représentant des salariés d’ArcelorMittal sur sa liste n’est pas sans intérêt, quand on sait que le sidérurgiste est l’un des plus gros employeurs du coin. “Sandy Poletto a hésité un bon moment”, se remémore l’ex tête de liste, qui a rencontré le syndicaliste lorsqu’il faisait la tournée des communes pour faire connaître les propositions de la CGT pour rendre son usine plus propre. “Je ne connaissais pas Michel Caillat, mais j’ai vu qu’il y avait beaucoup de novices sur la liste. Les réunions ressemblaient à des AG étudiantes, c’était le foutoir, rien à voir avec la vieille politique, ça m’a plu”, se remémore-t-il.

Finalement, le métallo a fini par dire oui. Et compte bien exporter son combat. “Contrairement à ce que pense Bernardini, la pollution d’Arcelor ne s’arrête pas aux frontières istréennes. Je sais de quoi je parle quand il est question d’industrie”, prévient-il. Pour lui, l’exposition médiatique et l’information constituent un levier d’action important pour convaincre l’industriel de faire des investissements qui ne rapportent pas, mais limitent l’impact sur l’environnement et la santé.

L’acier vert n’existe pas, mais il faut faire le plus possible pour essayer de rendre cela acceptable.

Mais un métallo peut-il être vraiment écolo ? “L’acier vert n’existe pas, mais il faut faire le plus possible pour essayer de rendre cela acceptable, répond le nouveau conseiller municipal. Certains extrémistes disent qu’il faut fermer. Et on délocalise dans des pays où les normes environnementales n’existent pas avant de ramener l’acier avec des cargos ? Tant qu’on aura besoin d’acier, il faudra se battre et nous, on sait où il faut agir”, défend-il.

Opportunisme ou combat perdu d’avance ?

Quelques années avant lui, Richard Gasquez a eu la même réflexion. Celui qui fût jadis secrétaire CFDT du comité d’entreprise d’ArcelorMittal siège aujourd’hui au conseil municipal de Fos, sous l’étiquette PS. “Il y a un moment où tu ne veux plus rester le petit homme dans sa grande usine”, retrace ce dernier qui concède cependant qu’il s’agit d’un “combat bizarre”. “D’un côté, tu sais que l’usine salarie 84 % de la population et d’un autre, que c’est elle qui pollue. L’équilibre politique et syndical est compliqué, tu es tout le temps sur le fil du rasoir. Tu te dis que tu vas faire la part des choses, mais dans les faits, tu ne peux pas.” 

“Fos est entre le marteau et l’enclume, Istres est plus libre par rapport à l’industriel”, analyse de son côté Sandy Poletto en référence au nombre d’emplois respectifs sur les deux communes. Informer les élus locaux et la population de ce qui se passe dans l’usine, des réels chiffres concernant la pollution, des investissements, et puis quoi ? En réalité, les moyens pour influer sur les choix de l’industriel sont peu nombreux, et encore moins à l’échelle locale. Si Sandy Poletto compte bien profiter de son nouveau statut pour muscler au maximum son bras de fer contre Arcelor – qui reste à ses yeux son premier combat – il envisage aussi désormais l’opposition à Bernardini. “Si je peux lui rappeler que le concept d’opposition existe, même en principauté d’Istres, ça sera pas mal”, se prépare-t-il.

J’ai juste des claques à ramasser et ma seule récompense, c’est de pouvoir dire ce que je pense.

Dans le milieu politique local, certains voient dans cette entrée en politique de “l’opportunisme”. “Les Verts n’ont pas de ligne directrice, ils n’arrivent pas à s’entendre, la politique ne peut pas fonctionner comme cela”, glisse un observateur de gauche depuis une commune voisine. Forcément, Sandy Poletto ne voit pas les choses sous cet angle. “Je n’ai aucune ambition politique, assure-t-il. Je n’ai même pas négocié ma place sur la liste. Je me suis présenté dans une ville où la majorité écrase tout, j’ai juste des claques à ramasser et ma seule récompense, c’est de pouvoir dire ce que je pense.

Un habitué des bras de fer

Car si Sandy Poletto a une réputation, en tout cas au sein de l’usine, c’est de ne pas avoir sa langue dans sa poche. “Il est toujours au combat, il fait avancer les choses. Il est honnête, a des grandes convictions et même s’il a quelques défauts, je le respecte”, glisse un collègue de la CFDT. “Il dit parfois les choses un peu brutalement”, complète un autre. Face à l’indéboulonnable Bernardini, Sandy Poletto a déjà en tête quelques dossiers. “Il se dit écolo parce qu’il a posé trois leds”, raille le métallo écolo qui compte bien s’opposer à la bétonisation grandissante de la ville, ou encore à la privatisation d’équipements publics. “Il privatise les crèches et municipalise les bowlings, ce n’est pas acceptable, s’emporte celui qui est aussi père de famille. Il a même inventé le golf écologique !”

Sandy Poletto lie son combat au sein de l’usine à celui qu’il s’apprête à mener à la mairie : “que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, il faut avoir conscience de ce qu’on a envie de laisser comme avenir à nos enfants”. Et s’il ne va pas jusqu’à comparer François Bernardini à la famille Mittal – qui détient le groupe industriel, et contre qui “le bras de fer est souvent perdu d’avance”-, il a bien une philosophie qui fonctionne dans les deux cas : “Ce qui est bien quand tu te bats face à un monstre, c’est que tu peux y aller à fond. Et parfois, à se sentir trop puissant, ils se font bousculer.”

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