Dans les quartiers populaires, les clubs sportifs manquent de recrues

Décryptage
le 6 Juil 2019
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Selon une récente étude de l'Agence d'urbanisme de la métropole marseillaise (Agam), seulement 8% des habitants des quartiers prioritaires pratiquent une activité sportive en club. C'est deux fois moins que dans le reste de la métropole. Manque d'infrastructures, difficultés économiques, tout concourt à ce que cette situation ne change pas.

« Les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont deux fois moins nombreux à pratiquer un sport dans un club fédéral que les habitants hors des QPV », constate l’Agam. À l’échelle de la métropole, un cinquième de la population possède une licence de sport contre moins d’un dixième dans les quartiers prioritaires de la métropole.

Ce chiffre, proche de la tendance nationale, est de mauvais augure pour Thibault Cerboni, directeur du comité olympique des Bouches-du-Rhône (CDOS 13) qui chapeaute l’ensemble des fédérations sportives du département dans la perspective des Jeux olympiques de Paris 2024. « Il va falloir des gens pour aller gagner les 80 médailles prévues et c’est maintenant qu’il faut recruter ceux qui vont y participer », prévient-il. Autant dire que le vivier sportif des quartiers populaires, en particulier à Marseille est plutôt exsangue pour les prochains Jeux. Un problème pour le prestige local qui se double d’un souci pratique pour le mouvement sportif. « Le licencié, c’est le moyen de développement d’un club », expose-t-il. Une situation qui n’est pas près de changer au vu des nombreux blocages qui contraignent la pratique sportive encadrée dans les quartiers populaires. Revue des quatre principaux éléments qui éloignent les habitants des clubs de sport.

Le prix du sport freine la pratique en club

Bien qu’une adhésion dans un club soit deux à trois fois moins cher qu’une salle de sport, le sportif doit tout de même mettre la main à la poche. Les difficultés économiques amènent parfois à des entraînements en dents de scie. « C’est plus dur de demander une cotisation à l’année complète. On fait donc au mois par mois. Mais avec ce système, on a des petits qui viennent pendant deux mois, mais qui ne reviennent pas pendant 6 mois », observe Romain Berton, encadrant bénévole du club de boxe « B.C. Saint-Louis » situé dans le quartier de la Cabucelle (15e arr.). « 200 euros, cela reste quand même dur à sortir pour certaines familles, même s’il y a des facilités de paiement », confirme Thibault Cerboni.

L’équation financière pourrait se résoudre prochainement pour les collégiens, grâce à la récente mise en place de la carte « collégien de Provence » donnant une somme de 150 euros à chaque collégien, dont une partie peut être utilisée pour payer leur licence ou la cotisation à un club sportif. Pour les 6-10 ans en revanche, l’aide de la Ville de Marseille reste limitée à un financement de 25 euros pour l’achat de la première licence sportive. Un dispositif qui n’a bénéficié qu’à seulement 700 enfants l’année dernière, un faible résultat à mettre en regard des nombreuses formalités administratives pour toucher la petite somme.

Un trou dans la raquette urbaine

Quand bien même certaines disciplines prennent en compte le facteur prix, les équipements de sport et les clubs ne suivent pas. « Nous dans le 15-16, on a deux terrains de tennis pour 225 licenciés. Cela nous pose problème », constate Marc Habadou, le président de l’association de tennis « Fête le mur ». Fondée par Yannick Noah en 1997, elle vise à démocratiser la pratique du tennis dans les quartiers populaires en proposant des tarifs attractifs. « On fait payer autour de 70 euros l’année en fournissant les raquettes, les balles avec l’école de tennis comprise. Dans n’importe quel autre club, le prix serait quatre fois supérieur. Mais quasiment tous les jours de la semaine, nos terrains sont utilisés », expose le bénévole qui souhaiterait un développement des cours de tennis dans le quartier (voir notre article).

Ce manque d’infrastructure qui est loin d’être cantonné au tennis. « Tous les clubs de football à Marseille manquent de stades », estime Jean-Claude Cappello, le président du district de Provence de football. Malgré l’implication de la mairie dans la rénovation et la création de stades, cela reste une gageure pour l’ensemble des clubs de foot marseillais de trouver des créneaux d’entraînements sur les terrains municipaux. Une situation « ingérable » selon le président qui, cas unique dans le département, a choisi de confier il y a trois ans le calendrier des entraînements des clubs locaux à la Ville de Marseille tant la tâche était complexe.

Une gestion encore plus problématique lorsque les rénovations de stades s’y ajoutent. Le club de football de Félix-Pyat (3e) en a fait les frais. Depuis la fermeture du stade à proximité en 2015 pour cause de rénovation, le club a dû délocaliser ses entraîinements dans les 13e et 14e arrondissements. « On est passé de 280 licenciés en 2015 à 145 l’année d’après », explique Linda Christi, la coordinatrice du club de football.

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Vous pouvez basculer entre gymnases, piscines, terrains de sport ou de tennis en utilisant le menu déroulant « visible layers ». Données publiés en juin 2018 par le ministère des Sports et le CGET.

« Les gens se découragent très vite dès lors qu’ils ne sont pas à un quart d’heure de marche ou de transport en commun. À Marseille, il y a un problème de manque de métro et d’infrastructures. Cela rend complexe le fait d’avoir une pratique structurée », analyse Alexandre Caribone, délégué départemental de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT), dont 25 % des 16 000 adhérents estimés viennent des quartiers populaires.

Seulement 20 % des licenciés sont des femmes

Les femmes restent encore sur le banc de touche dans les quartiers populaires. Les femmes représentent 20 % des sportifs dans les quartiers populaires rappelle l’AGAM, contre 30 % dans l’ensemble de la métropole. Comme le rappelle l’ouvrage Le sport fait mâle (2016, ed. pug) de la sociologue Carine Guérandel présenté par le site Métropolitiques, l’offre sportive des quartiers populaires cible principalement les garçons, tandis que les pratiques féminines sont moins valorisées. Une politique sportive à deux vitesses qui se lit très bien dans les aménagements dont l’usage reste masculin. Stades et autres terrains de foot représentent 31 % des aménagements sportifs dans les quartiers prioritaires de la métropole selon l’AGAM, loin devant les salles multi-sports (16 %) et les terrains de basket (8 %).

D’autant que l’absence de diversité des infrastructures sportives les touche en priorité. « Chez les femmes, 50 % des pratiquantes le sont dans une quinzaine de sports différents« , note l’AGAM. Les clubs omnisports proposant plusieurs disciplines captent un quart des femmes licenciés des quartiers populaires. Un taux qui n’est pas près de bouger tant l’accès à d’autres sports est compliqué. « Les grands clubs multisports de Marseille sont concentrés dans les quartiers Sud et il n’y a pas les mêmes géants associatifs dans les quartiers Nord« , explique Alexandre Caribone.

Le sport hors du club est toujours d’actualité

Une grande partie des amateurs de sport ne pratiquent pas dans une association sportive. « 80 % de la population françaises dit faire une activité physique régulièrement, mais on en retrouve que 30 % dans les clubs », constate Thibault Cerboni, le directeur du CDOS 13. « Il y a pleins de gens qui ne pratiquent pas en club, qui courent, qui jouent au foot. Ceux qui font du sport en club, ce sont aussi ceux qui ont envie« , estime Richard Miron, l’adjoint au sport de Marseille.

Une réalité quotidienne pour les jeunes en bas de la cité Félix-Pyat. « Ça ne me gêne pas qu’ils prennent plaisir, qu’ils ne soient pas dans le trafic de drogue, observe Jimmy Zamani, entraîneur au club de foot voisin. Pour autant, c’est mieux de les sortir de là et de leur donner un message éducatif par le foot ».

 

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