Dans le parc des Calanques, les timides débuts de la régulation de la fréquentation

Reportage
le 16 Août 2021
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Cette année, en concertation avec le Parc national des Calanques, l'office de tourisme tente de réduire les visites estivales dans les plus belles criques. Quarante-cinq saisonniers ont été embauchés pour conseiller les touristes et tenter de les diriger vers des lieux moins fréquentés.

La calanque d'En-Vau est surchargée sur le temps du midi en été / Photo LB

La calanque d'En-Vau est surchargée sur le temps du midi en été / Photo LB

A l’heure du pique-nique, la plage n’est quasiment plus visible. La foule s’est agglutinée dans la calanque d’En-Vau, proche de Cassis. Les serviettes forment des rangées à travers lesquelles les estivants se frayent un chemin pour aller à l’eau. Dans l’air flotte l’odeur de la crème solaire avec un léger parfum de vanille. “On se croirait plus dans un Club Med que dans un parc national !” compare un éco-garde du Parc national des Calanques, présent sur place pour soumettre un questionnaire aux vacanciers.

Les roches blanches qui environnent la côte se sont polies au fil du passage des mains des baigneurs. “Il y a toujours eu du monde“, rappelle Maxime Tissot, le directeur de l’office de tourisme métropolitain. Mais l’an passée, avec trois millions de visiteurs, les calanques ont connu une affluence record, avec des pics de 3000 personnes par jour à Sormiou par jour et 1000 à En-Vau. Et la saison 2021 semble partie sur des bases similaires.

Contre la surfréquentation des calanques et ses conséquences sur l’environnement, le parc a entamé une campagne de “démarketing”. Une opération de communication qui a pour but de rappeler que la carte postale n’est pas toujours paradisiaque. “Cela consiste à dire que l’eau est froide et que l’accès est difficile“, résume Zacharie Bruyas, directeur de la communication du parc. Il voit dans cette démarche “un acte de transparence” à l’égard du public.

Ces éléments de démarketing sont encore peu présents dans la communication du parc. Seuls quelques posts Facebook et Twitter soulignent la quantité astronomique de déchets récoltés sur les sites. D’autres illustrent la difficulté d’accès aux parkings pour les voitures. Mais ce n’est pas suffisant pour écorner l’image de rêve que renvoie le plus grand parc péri-urbain d’Europe. “C’est un travail d’équilibriste entre protéger le lieu et montrer ses merveilles“, admet une porte-parole de l’office de tourisme.

Cette année, pour la première fois, des agents saisonniers ont été embauchés par l’office de tourisme pour accueillir les arrivants sur les principaux sites touristiques marseillais. Leur mission : présenter des endroits moins connus pour empêcher que les lieux emblématiques comme les calanques soient pris d’assaut.

Bien que les promeneurs soient nombreux sur le chemin vers la plage, rien ne laisse présager de la foule en arrivant. /Photo: LB

On est là pour rappeler que les calanques, ce n’est pas une plage facilement accessible.

Un agent

On est là pour rappeler que les calanques, ce n’est pas une plage facilement accessible“, lance Olivier Gouiran, le responsable du dispositif de saisonniers. Pour atteindre les calanques d’En-Vau à partir du parking du lieu-dit des Logissons, il y a 1h40 de marche sur un terrain caillouteux, dans la garrigue. Nombreux sont les visiteurs peu informés sur le site qui viennent avec des chaussures inadaptées, ou avec trop peu d’eau pour la randonnée. Ils sont accueillis et sensibilisés sur les mesures de précaution à prendre pour leur trajet.

“Vous avez de l’eau ? Six litres seulement ? Ça ne suffira pas pour toute la famille !“, s’exclame le chef de l’équipe. Une maman tente de compenser en sortant le biberon de son enfant, qui fait la balade dans un porte-bébé. “On a ça en plus“, blague la jeune femme. Après réflexion, le groupe de sept personnes décide de se séparer. Deux hommes vont compléter leurs réserves tandis que le reste de la petite troupe se dirige vers la côte.

À d’autres, Olivier Gouiran conseille de se rendre vers Cassis, où se trouve le commerce le plus proche. “Éventuellement, on renvoie les arrivants vers d’autres sites, quand ils se rendent compte qu’ils ne veulent pas marcher longtemps ou qu’ils n’ont pas de chaussures adaptées, par exemple”, reprend le conseiller de l’office de tourisme. La présence des visiteurs est quantifiée mais n’est pas limitée. “On ne leur dit pas de partir, ou que les calanques sont surchargées“, assure Olivier Gouiran, avant d’échanger en allemand avec deux touristes. Cette démarche n’est pas forcément conforme avec l’annonce du directeur de l’office de tourisme, Maxime Tissot, qui avait déclaré lors du lancement de la saison estivale vouloir “réorienter” les visiteurs vers d’autres sites touristiques moins fréquentés.

calanques pluie écogarde
Une éco-garde présente les différents sites des calanques à des marcheuses. Photo: LB

C’est très difficile de faire partir un randonneur venu avec son sac-à-dos pour aller dans les calanques.

Maxime Tissot

“C’est très difficile de faire partir un randonneur venu avec son sac à dos pour aller dans les calanques“, reconnaît le directeur de l’office de Tourisme de Marseille. Il y a bien une volonté de répartir les visiteurs, mais cet équilibrage est opéré en amont du parc des calanques. Les agents de l’office du tourisme sont présents sur douze sites, notamment dans les endroits les plus fréquentés du centre-ville. “Un touriste venu visiter Notre-Dame-de-la-Garde et qui prévoit de rester quelques jours à Marseille, recevra des explications indiquant que les calanques sont saturées et qu’il y a d’autres lieux intéressants à visiter”, assure Maxime Tissot. Une influence douce, qui vise à informer plus qu’à contraindre.

Depuis l’année dernière, le parc réfléchit à restreindre l’accès à ses sites remarquables.  Une expérimentation de réservation préalable sera menée en 2022. Pour l’instant, seule la calanque de Sugiton est concernée. Dans celle d’En-Vau, les éco-gardes font le tour des serviettes avec leurs questionnaires pour recueillir l’avis des baigneurs. Comment ont-ils vécu leur expérience du jour ? Faut-il restreindre l’accès, ou au contraire le rendre plus praticable ? Une des questions évoque la possibilité d’une entrée payante pour tester la réaction des visiteurs. Une hypothèse que le parc n’envisage pas, pour l’heure.

Actualisation le 16 août à 19h10: modification de la citation de Maxime Tissot.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Dire qu’il y a quelques années, un projet (très contesté alors, heureusement. Ils débarquaient alors dangereusement) des bateliers de Cassis voulait bâtir un débarcadère à En Vau pour y débarquer les touristes ! L’appât du gain n’a pas de limites

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  2. Jean Peuplus Jean Peuplus

    Des budgets qui stagnent ou diminuent, l’Etat et les Collectivités qui ne peuvent plus mettre la main au porte-feuille alors que reste t-il comme solution pour alimenter les caisses?trouver des ressources et faire payer les usagers . Ce qui du reste ne va pas tarder, une sélection par l’argent en quelque sorte.
    https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20Parcs%20nationaux%20%20quelles%20pistes%20de%20financements%20additionnels.pdf

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  3. Mars1 Mars1

    “Un touriste venu visiter Notre Dame du Mont” , ce ne serait pas plutôt ND de la Garde ?

    Bien timide effectivement cette tentative de régulation de la fréquentation, pourquoi ne pas limiter l’accès à partir d’un certain nombre de visiteurs, pour des raisons de sécurité simplement ?

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    • Loréna Bordiec Loréna Bordiec

      Effectivement, bien vu ! Merci de votre remarque. J’ai actualisé l’article en modifiant la citation en question. C’est bien à Notre-Dame-de-la-Garde que sont présents les agents de l’Office de tourisme.

      Bonne soirée à vous!

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