Dans le futur quartier Vélodrome, le mastodonte commercial patauge

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Rémi Baldy
11 Juin 2013 9

Une nouvelle fois, le chantier du Vélodrome a alimenté les débats du conseil municipal, ce lundi. Une nouvelle fois, il a été question des gros sous du financement public. Brièvement. "Tant que je n'ai pas la subvention de l'État, je ne vous répondrai plus", a répondu Jean-Claude Gaudin à l'opposition. Mais ce n'est pas le seul objet des rapports soumis au vote du conseil. Ils portent également sur le "quartier Vélodrome" qui doit pousser dans la foulée du nouveau stade. Pour l'heure, le chantier ne ressemble pas à grand chose. Côté programmes de logements, on n'en est qu'à la pose de la première pierre. Celle-ci a été posée jeudi au cours d'une cérémonie où les costards cocktails en main naviguent à proximité des truelles et casques de chantier. Pas trop près, l'ouvrier qui donne la main pour poser la pierre est gentiment mis à l'écart le temps de la photo.

Le centre commercial en question

Le chantier global représente 775 logements répartis coté Teisseire et coté Huveaune, auxquels la Sogima, qui dépend de la ville, participe pour un quart. Outre des résidences intergénérationnelles, l’offre propose des logements en PLI – prêt locatif intermédiaire, la catégorie au-dessus des logements sociaux – et en locatif libre. La livraison de l’ensemble est prévue pour fin 2014 et début 2015. Des logements qui "ne souffrent pas de recours, précise Roland Blum, ces recours qui ne servent qu’à empoisonner la vie".

Une référence au centre commercial Prado dont l'avenir repose encore sur une grosse interrogation. Les travaux sont suspendus, la faute à un recours devant le Conseil d’Etat déposé par En Toute Franchise. Cette association qui se veut comme un défenseur des petits commerces a déjà plusieurs centres commerciaux sur son tableau de chasse.

La présidente, Martine Donnette, reproche à la construction du "Massalia shopping mall" de s'établir sur une "zone inondable aggravée" en raison de la présence de l'Huveaune, fleuve côtier, dont le lit est à quelques mètres à peine. "Quand il y a des fortes pluies les matchs sont annulés parce que l’eau arrive jusqu’au 4e rang", assure-t-elle. Même si de tels niveaux sont rarement atteints, la responsable associative a l’impression que les risques ne sont pas pris à leur juste mesure : "On nous dit qu’il n’y a jamais d’accident avec les inondations, mais les matches sont annulés. Dans un centre commercial ça sera différent. On ne peut pas le fermer à chaque pluie". Il y a un an tout juste, la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) avait émis des réserves en faisant références à des prescriptions précises liées à l'inondabilité.

Le dossier à ce stade ne fait pas apparaître les dispositions prises pour assurer le respect de ces prescriptions notamment en ce qui concerne les aménagements en sous-sol de parkings (…) Enfin l'aménagement d'une moyenne surface alimentaire en R-1, même n'étant pas formellement proscrit par le POS (plan d'occupation des sols, ndlr), pose question au regard du risque inondation identifié. 

Or, Martine Donnette évoque un parking souterrain qui s'enfonce sur sept niveaux. Entre temps, les commissions départementale et nationale d'aménagement commercial (CNAC) ont validé le projet. Saisi par En toute franchise, le Conseil d'Etat devra trancher dans les mois qui viennent. 

"un petit accroc en terme de délais"

Du côté du promoteur, on prend donc son mal en patience en poursuivant la commercialisation des lots. Pour Doughty Hanson, la société qui construit le centre commercial et loue les espaces, "ce n’est qu’un petit accroc en terme de délais. Nous sommes très confiant sur l'issue de ce recours" explique-t-on sous couvert d’anonymat. Le discours se veut optimiste malgré la forte concurrence entre les différents centres commerciaux qui sortent de terre au même moment : le Centre bourse termine sa mue en coeur de ville, Bleu Capelette est en cours d'achèvement, les Terrasses du port devraient livrées en 2014. Et si le projet du stade était le centre commercial de trop ?

En tout cas, aucune signature d'enseignes n'est validée "tant qu’on n’a pas réglé le recours, on ne veut pas s’engager mais nous voulons des enseignes que l’on ne trouve pas sur Marseille". Or, le centre commercial du Prado n'est pas la supérette du coin : en plus des 2000 m2 de supermarché en sous-sol, le projet comporte un vaste grand magasin de 8 500 m2, deux commerces de loisirs, trois de services à la personne et, pour couronner le tout, une galerie marchande de 40 boutiques. Certes, le vent qui souffle dans les voiles du projet porte le doux nom de l'OM. De quoi balayer les craintes d'une difficulté à remplir les espaces. C'est ce qu'on assure du côté du commercialisateur, fidèle de la méthode Coué"Nous avons reçu des lettres d’intérêts pour 150% de la surface", sans craindre la concurrence et ce malgré les centres commerciaux se multiplient dans le centre ville : "Dans le Sud il n’y a pas grand-chose à part Bonneveine".

Même les commerçants du quartier semblent se réjouir de ce mastodonte voisin. Une idée relayée par Yvette Rochette, présidente du CIQ De Saint Giniez, "quelques commerçants ont eu des craintes au début mais c’est normal. Ce n’est jamais allé très loin. Je pense que c’est parce que les enseignes qui vont arriver ne sont pas les mêmes que les commerçants du quartier". Pour l'heure, tout le monde est content. Surtout que si le projet de centre commercial prend l'eau, la société Arema qui gère l'ensemble du projet a protégé ses arrières en signant un crédit dit "de stand by". En cas de flop, c'est encore dans la poche des contribuables marseillais, qu'on trouvera de quoi éponger le manque à gagner. 

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