Crise sanitaire en Ehpad : la justice va ouvrir une enquête sur la Résidence du palais

Info Marsactu
le 4 Juin 2020
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Selon nos informations, la justice a décidé d'ouvrir une enquête préliminaire sur la gestion de la crise sanitaire dans cet Ehpad chic du centre-ville de Marseille. Marsactu avait révélé plusieurs failles dans le dispositif mis en place par la maison de retraite.

La résidence du Palais, située à deux pas du palais de justice à Marseille. (Image LC)

La résidence du Palais, située à deux pas du palais de justice à Marseille. (Image LC)

Une quinzaine de morts en quelques jours, dont une bonne moitié officiellement déclarée comme dues au Covid-19. Une communication verrouillée y compris vis-à-vis des résidents et de leur famille. Des membres de l’équipe à qui l’on refuse le port du masque. En pleine crise du coronavirus, Marsactu avait révélé les failles dans la gestion sanitaire de la Résidence du palais, un Ehpad chic du centre-ville de Marseille, propriété du groupe Domusvi, troisième groupe de maisons de retraite en France.

Lire notre enquête : La maison de retraite chic où l’on meurt en nombre et en silence.

Deux mois plus tard, c’est désormais la justice qui va se pencher sur cette question. Selon nos informations, une enquête préliminaire est sur le point d’être ouverte par le procureur de la République de Marseille. Le périmètre de ces investigations à venir n’est pas encore pleinement défini. Elle sera menée sous l’égide du pôle santé publique du tribunal judiciaire de Marseille. Celui-ci a notamment compétence pour juger les atteintes aux personnes dans des dossiers d’une complexité importante.

Dans l’immédiat, ce sont les assistants spécialisés dans les questions de santé publique attachés à ce pôle qui ont le dossier en main. Charge à eux d’orienter les investigations du magistrat qui pilotera l’enquête préliminaire. « Ce sont des inspecteurs de santé publique à la base. Ils proposent un cadrage réglementaire et infractionnel. Cela permet de placer l’enquête sur de bons rails. Ils suggèrent aussi des auditions à mener ou des éléments à saisir », explique à Marsactu un magistrat de ce pôle.

Une plainte de l’ex député Patrick Mennucci

L’ouverture programmée de cette enquête préliminaire fait suite à la plainte du fils d’une des femmes décédées durant la période dans cet Ehpad. L’ancien député Patrick Mennucci a brutalement perdu sa mère, Clodette, à cause du Covid-19. À Marsactu, il confiait au mois d’avril : « Tous les jours, on m’a dit que ma mère allait bien avant qu’on me dise vendredi [le 10 avril, ndlr] qu’elle était morte. On ne m’a jamais dit qu’elle avait un problème respiratoire. Il semblerait qu’elle ait été mise sous oxygène et on ne me l’a pas dit non plus. » Sa tante, elle aussi malade et résidente du même établissement, avait été admise in extremis à l’hôpital.

Avec son avocat, Fabien Perez, ils ont donc choisi d’adresser une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». Dans leur adresse au parquet de Marseille, ils s’interrogent sur les mesures barrière mises en place :

« Il est surprenant d’apprendre dans l’enquête journalistique que le personnel de l’établissement démuni de matériel de protection (qui avait été jugé dans un premier temps anxiogène par la direction) a reçu comme instruction de ne pas avoir recours à son propre matériel de protection, ni à celui de l’établissement (considéré comme ne correspondant pas aux normes) alors même que le port du masque est obligatoire pour le personnel de santé depuis la crise sanitaire d’urgence et qu’il y a une pénurie de masques au niveau national. »

Interrogé sur l’ouverture programmée de cette enquête préliminaire, le groupe Domusvi n’a pas répondu à notre demande de réaction. Dans une précédente réponse à Marsactu, le groupe avait défendu sa gestion et renvoyé la responsabilité sur les autorités de santé : « Si les gens meurent dans les Ehpad, c’est parce que le 15 [le SAMU, ndlr] fait du filtrage à l’âge », avançait le groupe. Une défense qui, si elle était réitérée dans le cadre de la future enquête, devrait elle aussi être évaluée par la justice.

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Commentaires

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  1. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    L’ Or gris c’est une « opportunité » pour les « investisseurs » ;ça leur rapporte « un pognon de dingue »

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  2. François CAMILLERI François CAMILLERI

    Un placement financier très sûr, souvent au détriment de la santé mentale et physique de nos aînés. Un pays qui n’est pas en mesure de les traiter dignement n’a pas les gouvernants qu’il faudrait. Un EHPAD qui n’a pas les moyens d’en faire de même ne dispose pas des qualités humaines nécessaires …. J’ai entendu quelqu’un dire : « La santé quoi qu’il en coûte ! » Des actes Mr Le président, pas de paroles stériles électorales svp !

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  3. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    La question qui se pose pour nos enfants c’est qu’ils vont devoir compter sur la privatisation de secteurs entiers de l’économie en Europe. Ce n’est pas qu’il faut être un fervent défenseur de l’État mais en ce qui concerne les secteurs hospitaliers ou de santé peut-être faudrait-il garder ce secteur étatisé.
    Quand tout sera privé, nous serons privé de tout…!

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  4. LN LN

    « Si les gens meurent dans les Ehpad, c’est parce que le 15 [le SAMU, ndlr] fait du filtrage à l’âge  »
    C’est immonde de se défausser de la sorte et c’est FAUX (voir le lien).
    Dans le mot « ehpad » il y a un D pour dépendance et donc obligatoirement une prise en charge médicale (sinon c’est un ehpa de type foyer-logement)
    Les établissements sont « dits » médicalisés et DOIVENT assurer les soins, quels qu’ils soient, c’est leur rôle. Mais quand il n’y a qu’un médecin coordonnateur (il n’est pas là pour soigner) et qu’un infirmier pour 80 résidents et que les patients sont suivis par leur médecin traitant extérieur à l’établissement, que fait-on en cas de chutes, de malaises, de fausse route ? On appelle le SAMU qui devient le bras médical de l’établissement incapable d’assumer les soins pour lequel il est largement payé. L’infirmier assure ce qu’il peut mais il est vite débordé.
    Et puis il y a la sécurité… Des fois qu’on attaque en justice DomusVi.
    En 4 ans, mon père, patient à la résidence du Palais a passé un nombre d’heures démentiel aux urgences pour des hématomes, ou une petite plaie qui auraient dues être soignées sur place. Et donc, encombrement des urgences.
    A chaque fois qu’il tombait malade le vendredi, je le prenais en charge car je savais qu’aucun médecin ne viendrait dans le week-end et qu’il ne serait soigné que le lundi… Vous la voyez l’angoisse des familles ?
    Et donc est arrivé le tsunami Covid pour qu’on voit cette réalité qui dure depuis des années
    Il faut qu’un élu perde sa mère au « Palais » pour qu’il y ait une plainte, une enquête. Tant mieux mais on peut aussi voir du côté Korian et d’autres établissements, c’est pas mal non plus.

    https://www.silvereco.fr/le-projet-assure-sensibilise-les-ehpad-aux-alternatives-au-recourt-aux-services-durgence-pour-leurs-residents/31106130

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Tout cela dans une résidence dite « haut de gamme ». Mais « haut de gamme » pour qui ? Manifestement pas pour les résidents.

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  5. Alexandra Maire Alexandra Maire

    Enfin!! Il était temps que cette résidence fasse l’objet d’une enquête,
    en tout cas à l’heure d’aujourd’hui, cela permettra aux familles de faire un choix en connaissance de cause,
    très heureuse que ma mère en soit sortie, et pas du tout étonnée de leur « gestion », pour avoir testé du service administratif , au médical, à la direction c’est assez lamentable.
    Alexandra

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  6. Jacques89 Jacques89

    Espérons que cette affaire permette de remonter la chaîne des responsabilités à ceux qui disaient: « les masques ça ne sert à rien » ou « les tests ne sont pas nécessaires » et qui interdisaient aux toubibs de prendre en charge leurs patients…
    Ils auraient voulu trouver une solution radicale à la réforme des retraites, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

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  7. Bertrand LAVILLE Bertrand LAVILLE

    Tous ces commentaires ressemblent à une exécution sans sommation. Et comme pour tout ce qui est outrancier, cela ne correspond pas à la réalité, ou tout au moins à une partie de la réalité.

    D’un côté, il y a la gestion de « l’établissement – entreprise », qui a appliqué les consignes de sa direction centrale, mais aussi de l’ARS.
    Et effectivement, de ce côté là, il y aurait beaucoup à dire (qui a d’ailleurs été remarquablement bien dit par Marsactu dans son précédent article).

    Et d’un autre côté, il y a le personnel de l’établissement.
    Et de ce côté là, ne tirez pas sur le pianiste. Je peux témoigner du dévouement de l’ensemble du personnel d’encadrement, qui a fait tout ce qu’il a pu (même si ce n’est pas ce qu’il aurait fallu) pour apporter aux résidents tout ce qui était en leurs moyens, et leur connaissance du covid au moment où ils l’ont fait.

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